Illustration: Gal ROMA / AFP


Par Abdel Aziz HALI

Rien ne sert de courir; il faut partir à point, disait Jean de La Fontaine. La fable de La Fontaine devrait servir comme point de repère pour la course à la Maison-Blanche 2020.

Les instituts de sondage prévoyaient une victoire confortable pour le candidat Joe Biden Joe. On donnait l’ex-vice-président de Barack Obama vainqueur dans 89% des scénarios, selon FiveThirtyEight.com, qui analyse également les enquêtes d’opinion. Tandis qu’on parlait d’une victoire avec un peu plus de 300 grands électeurs, contre un peu plus de 200 pour Donald Trump, d’après le site RealClearPolitics.com.

Et pourtant, jusqu’à l’écriture de ces lignes, le résultat de l’élection reste inconnu. Le «landslide» aux allures de vague bleue de Joe Biden paraît désormais irréaliste voire exagéré.

Le président sortant a su pour le moment déjoué tous les pronostics et tenir la dragée haute à ses détracteurs.

Selon les résultats partiels rendus publics hier après-midi, le magnat de l’immobilier, 213 grands électeurs, dont ceux de quatre « Swing States » (États pivots) — Texas (38 grands électeurs), Floride (29 grands électeurs), Ohio (18 grands électeurs) et Iowa (6 grands électeurs) — contre 238 grands électeurs pour l’ex-sénateur fédéral pour le Delaware de 1973 à 2009.

Certes, Joe Biden mène dans ce duel très serré et ne lui manque que 32 grands électeurs pour atteindre la barre des 270 sur un collège électoral composé de 538 grands électeurs et devenir le nouveau président des Etats-Unis, mais certains indicateurs peuvent encore donner des ailes à Donald Trump.

Primo, dans l’histoire de la présidentielle américaine, le vainqueur dans l’Ohio (un État clef qui donne un aperçu sur la tendance nationale-Ndlr) a toujours gagné les élections.

Il est vrai que le candidat démocrate a réussi l’exploit en remportant les 11 grands électeurs de l’Arizona, un autre « Swing State » (la dernière victoire d’un candidat démocrate à la présidentielle remonte à 1996 avec le triomphe de Bill Clinton-Ndlr), mais l’échec en Floride et au Texas va être mal digéré.

Secundo, dans les États encore indécis (87 grands électeurs), le dépouillement partiel des votes donne une certaine avance pour le président en exercice: en Pennsylvanie (20 grands électeurs, le locataire du 1600 Pennsylvania Ave NW, à Washington, a plus de dix points d’avance, sur 75% des bulletins), en Géorgie (16 grands électeurs, Trump a deux points d’avance, sur 92% des bulletins), au Michigan (16 grands électeurs, les deux adversaires ont moins d’un point d’écart, sur 90% des bulletins), en Caroline du Nord (15 grands électeurs, le président sortant est légèrement en tête « 1,4% » sur 95% des bulletins), au Wisconsin (10 grands électeurs, Biden et Trump ont moins d’un point d’écart, sur 97% des bulletins), au Nevada (6 grands électeurs, les deux candidats ont moins d’un point d’écart, sur 86% des bulletins) et en Alaska (3 grands électeurs, Trump est largement en tête sur des résultats très partiels, soit moins de 50% des bulletins).

Nul doute, Joe Biden attend avec impatience les résultats des votes par courrier qui lui sont favorables: 47 % des pro-Biden affirmaient avoir l’intention de voter par correspondance contre seulement 11% des pro-Trump, et 30 % des électeurs en tout envisageaient de voter par courrier, selon un sondage diffusé en août par « NBC News » et le « Wall Street Journal ».

Pour rappel, 64 millions d’Américains avaient voté par voie postale avant le jour de l’élection, un chiffre qui a doublé par rapport à 2016, lit-on dans le très sérieux « New York Times ».

Or, les votes par correspondance pourraient mettre plusieurs jours à être comptabilisés. Un retard déjà contesté par Trump qui a brandi l’épouvantail d’une éventuelle fraude électorale et menacé d’avoir recours à la Cour suprême des États-Unis pour stopper le décompte des bulletins des votes par courrier.

Bref, en attendant les résultats définitifs de ce scrutin, rien ne peut exclure un épilogue semblable au scénario de la présidentielle de 2016 (Donald Trump vs Hillary Clinton) voire même à celle de 2000 (George W. Bush vs Al Gore).

Et comme dans la fable de La Fontaine, le lièvre avait une confortable avance sur la torture mais lentement la tortue a su remonter la pente pour enfin… gagner la course.

A.A.H.


*Post-scriptum (mise à jour):

  • Ce commentaire a été rédigé et mis sous presse pour la version papier du quotidien La Presse de Tunisie du 05/11/2020 avant l’annonce, hier soir, de la victoire de Joe Biden dans le Michigan et le Wisconsin.
  • Le candidat démocrate compte désormais 264 grands électeurs contre 214 pour Donald Trump et se rapproche encore un peu plus de la Maison-Blanche: il ne lui resterait donc en théorie que 6 grands électeurs à rafler pour que les médias américains le proclament vainqueur.
  • L’équipe du président sortant a demandé un recomptage dans le Wisconsin et la suspension du dépouillement en Pennsylvanie et dans le Michigan.
  • « Je suis venu vous dire que, quand le dépouillement sera terminé, nous pensons que nous allons gagner », a déclaré Joe Biden lors d’une brève allocution, cette nuit, dans son fief de Wilmington, dans le Delaware.
  • Donald Trump a répété, en début de nuit, que ses avocats allaient intervenir pour contester les résultats de l’élection.

 

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