Il fut une époque où les intellectuels, les producteurs et les acteurs du monde de la culture, toutes spécialités et générations confondues, dénonçaient, jour et nuit, leur étouffement par le régime déchu et s’indignaient, haut et fort, du clientélisme et de la corruption qui distinguaient la scène culturelle nationale et entravaient l’émergence des compétences créatrices et l’éclatement des talents qui représentaient réellement et effectivement le génie tunisien et l’esprit de la civilisation tunisienne vieille de plus de trois millénaires.

Et  avec l’avènement de la révolution du 17 décembre – 14 janvier, la liesse, le bonheur et l’enthousiasme manifestés, un peu partout, par les faiseurs de la révolution annonçaient une réconciliation, ayant trop tardé, des Tunisiens avec l’acte culturel, une réhabilitation de l’élite intellectuelle réprimée jusqu’à la moelle, élite qui allait, enfin, exercer, librement et sereinement son droit absolu à la construction du projet culturel national à même de donner les moyens à la Tunisie démocratique d’intégrer, comme un partenaire à part entière,  la dynamique internationale de progrès, de production de l’histoire et d’enrichissement de la civilisation humaine, à l’instar des nations modernes qui ont l’obligation de contribuer à la consécration des valeurs cardinales de liberté, de justice, de tolérance, de dialogue et de compréhension entre les peuples et les civilisations.

Malheureusement, dix ans après la libération des voix étouffées injustement et après près de dix gouvernements, de diverses tendances politiques, y compris ceux qui se proclament apolitiques, voire ennemis déclarés du système partisan, les Tunisiens attendent toujours d’être réconciliés avec leur élite intellectuelle, sont encore à la quête du projet culturel national que tous les politiciens promettent sans en révéler au moins deux ou trois axes et restent sur leur faim quant au rétablissement du rôle culturel que leur pays assumait sur la scène nationale et internationale et au recouvrement de son image de pôle de création et de réflexion dans les régions arabe, africaine et méditerranéenne.

Aujourd’hui, les autorités censées gérer le dossier culturel, les acteurs du paysage culturel national, les intellectuels se proclamant la voix de ceux empêchés de parler au nom de ceux qui n’ont pas de représentants et aussi les associations de la société civile spécialisées dans le suivi de la vie culturelle — si elle existe encore — ainsi que les citoyens consommateurs du produit culturel ne savent plus sur quel pied danser et comment faire face à ce déni généralisé du fait culturel, déni qui a valeur de déficit menaçant la pérennité même de l’Etat tunisien.

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