Le blocage, qui aura duré plus de trois ans et auquel les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont pu trouver de solution, a mis à mal le secteur pétrolier, causant à l’Etat tunisien un important préjudice financier. D’un simple mouvement de protestation à un état de blocage permanent et une crise sociale et économique inédite, le dossier d’El-Kamour voit, enfin, le bout du tunnel.

La délégation gouvernementale dépêchée depuis plus d’un mois à Tataouine et la représentation de la coordination du sit-in El-Kamour ont enfin trouvé une entente pour parvenir à un accord, mettant ainsi fin à une crise qui a coûté cher à la communauté nationale. Dévoilés par la coordination El-Kamour, les points de cet accord ne peuvent que satisfaire les revendications de ces jeunes protestataires mais aussi ceux de tout un gouvernorat, comme elle l’explique.

L’accord porte notamment sur le versement actuellement de 80 millions de dinars dans le Fonds du développement régional ainsi qu’une une allocation de 80 millions de dinars pour un autre fonds de développement et d’investissement dédié au gouvernorat de Tataouine. Il est également question du financement de mille projets sous formes de crédits avant la fin de l’année courante et le recrutement immédiat de 215 agents par les compagnies pétrolières en 2020 et de 70 autres en 2021, outre le recrutement de mille agents et cadres par les sociétés de l’environnement. Conformément à cet accord, la Société de l’environnement, de plantation et de jardinage doit également être classée en tant qu’entreprise publique relevant du ministère de l’Agriculture.

L’accord stipule aussi l’octroi de cent crédits d’une valeur totale de 2.2 millions de dinars pour le financement de projets au profit des jeunes du gouvernorat ainsi que des enveloppes de 1,2 million de dinars au profit des associations du développement, 2,6 millions de dinars au profit des municipalités du gouvernorat et 1,2 million de dinars au profit de l’Union Sportive de Tataouine.

A ce sujet, le porte-parole du sit-in d’El-Kamour, Tarek Hadded, a estimé que l’arrangement trouvé met un terme aux rounds de négociation qui se sont poursuivis durant trois ans et se sont concrétisés par des décisions ayant pour but d’améliorer les conditions de vie des habitants dans le gouvernorat de Tataouine. Pour sa part, le membre de la délégation régionale et représentant de l’Union régionale du travail (URT) à Tataouine, Adnène Yahyaoui, a affirmé que le dossier d’El-Kamour est désormais clos avec la signature du document final comportant les décisions prises au profit de la région en vue d’impulser l’investissement et l’emploi.

Du côté de La Kasbah, on prend les choses comme un message rassurant adressé à tous les Tunisiens. Réagissant à cet accord, le conseiller du Chef du gouvernement chargé des dossiers sociaux, Selim Tissaoui, a estimé que le gouvernement s’attache à la politique du dialogue et de négociation pour résoudre les blocages sociaux dans toutes les régions. Mais pour lui, le gouvernement ne tolérera plus la «prise en otage» des ressources nationales et des moyens de production.

Reprise immédiate de la production

Les points de cet accord ont été conclus de façon à assurer une reprise immédiate de la production pétrolière à Tataouine, comme l’a confirmé la présidence du gouvernement dans un communiqué. En effet, suspendue depuis le 17 juillet dernier à cause des mouvements de protestation, l’activité de pompage de pétrole au niveau de la station d’El-Kamour et des champs pétroliers situés dans le désert du gouvernorat de Tataouine a repris samedi. Les sociétés pétrolières installées dans le désert de Tataouine ont également repris leur activité suite à accord définitif trouvé entre le gouvernement et la délégation d’El-Kamour.

Cet accord est conclu au bon moment si l’on rappelle les déclarations du Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, lors de son dernier entretien télévisé. Evoquant le dossier d’El-Kamour, il avait affirmé que «la fermeture de la vanne de pompage du pétrole à El-Kamour coûte à la Tunisie 800 millions de dinars».

Abandon des poursuites

L’accord trouvé entre les deux parties garantit également aux jeunes protestataires d’être à l’abri de toute poursuite judiciaire sur fond de leurs formes de protestation. La coordination du sit-in d’El Kamour a salué, dans ce sens, le gouvernement pour l’adoption du dialogue au lieu de la violence, à la suite de l’annonce de l’accord tant attendu par toute une région. Khelifa Boulahouach, membre de la coordination et de la délégation régionale de négociation, a considéré les décisions prises par le gouvernement comme très importantes, en particulier le point portant sur l’abandon de toutes les poursuites judiciaires lancées de 2017 à 2020 contre un certain nombre de protestataires. Avant de parvenir à cet accord, le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, avait menacé de faire usage de la force de la loi pour libérer la production pétrolière. Haussant le ton, il avait averti que le gouvernement passera prochainement à l’application de la loi par la force, et ce, afin de réactiver la production de pétrole à Tataouine et dans d’autres sites de production.

D’une simple protestation à une crise sociale et économique sans précédent, ce dossier ne cessait de menacer la paix sociale et la sécurité nationale, comme le soulignait la Présidence de la République en septembre dernier, d’autant plus qu’il met à mal tout le secteur pétrolier. En effet, ce blocage, qui aura duré plus de trois ans et auquel les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont pu trouver solution, a mis à mal le secteur pétrolier causant de gros dégâts financiers à l’Etat tunisien. D’un simple mouvement de protestation à un état de blocage permanent et une crise sociale et économique inédite, le dossier El-Kamour voit enfin le bout du tunnel.

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