Le diabète est une maladie silencieuse et chronique qui peut toucher tout le monde, hommes comme femmes, jeunes et enfants et peut apparaître à n’importe quel moment de la vie. S’il est plus «facile» pour une personne adulte de pouvoir «accepter», gérer et vivre avec une maladie qui l’accompagnera durant tout le reste de sa vie, ce n’est pas toujours le cas pour les enfants diabétiques qui
nécessitent une prise en charge particulière et d’ordre psychologique, mais aussi l’implication totale de la famille et de l’entourage scolaire afin de faire apprendre et d’aider ces derniers à mieux vivre avec une maladie incurable (jusqu’à présent)….

Quand on parle de diabète, on évoque souvent ses deux formes, à savoir le diabète de type 1, qui touche les enfants et les jeunes adultes âgés de moins de quarante ans et le diabète de type 2, qu’on diagnostique le plus souvent chez les adultes. En Tunisie, la prévalence du taux des personnes affectées par la maladie, toutes formes et âges confondus, s’élève à plus de 10% sur l’ensemble de la population. On note que 90% des cas sont affectés par le diabète de type 2 et 10% par le diabète de type 1.

Quelles sont les caractéristiques du diabète de type 1, qui touche principalement les enfants, quels sont les traitements médicaux adéquats pour traiter la maladie et éviter ses complications à long terme et quel rôle jouent l’entourage, la famille, le corps médical… pour aider l’enfant à accepter, gérer et grandir avec sa maladie chronique ?

Dans ce sens, nous avons contacté Dr Nejib Raboudi, pédiatre diabétologue de libre pratique à Tunis, ancien assistant-professeur au Massachussetts Général Hospital Boston (USA) et président de l’Association tunisienne d’aide aux jeunes et enfants diabétiques (Atajed), pour nous apporter un éclairage sur cette maladie chronique qui touche les enfants et les jeunes.

Le médecin nous a précisé, tout d’abord, qu’en Tunisie le nombre global de personnes atteintes de diabète des deux types 1 et 2 est estimé à 1 million 200 sur une population qui compte 12 millions de personnes. «Sur l’ensemble des enfants touchés par le diabète de type 1, on enregistre 90% de cas sporadiques, c’est-à-dire des enfants ayant une prédisposition génétique sans qu’il y ait un cas de diabète détecté dans la famille alors que les autres cas (qui représentent un pourcentage de 10%) sont des cas héréditaires, c’est-à dire qu’il y a des antécédents familiaux de diabète», note-t-il.

Un déficit de fabrication d’insuline et non pas une «maladie»

Le pédiatre diabétologue précise, également, que le facteur déclencheur de la maladie chez les enfants est souvent méconnu. «C’est une maladie auto-immune, son déclenchement se fait à l’occasion d’une infection virale. A ce moment-là, le système immunitaire va attaquer le pancréas et non pas le virus, d’où la manifestation de la maladie», explique-il. Et de poursuivre, «Ainsi, le corps ne sera plus capable de sécréter de l’insuline, une hormone qui joue un rôle important dans le métabolisme, car elle permet l’entrée du sucre dans toutes les cellules du corps pour que ces derniers peuvent fonctionner normalement. A défaut de sécrétion d’insuline, une accumulation du sucre dans le sang s’observe et les cellules du corps ne disposant pas de sucre comme source d’énergie vont chercher une autre source d’énergie au niveau du tissu graisseux. La génération de cette réaction chimique engendre une accumulation d’acétone (produit toxique) pour le fonctionnement normal des organes et provoque une soif intense chez l’enfant touché (ces enfants peuvent ingérer jusqu’à 13 litres d’eau par jour), un excès d’urine, surtout quand l’enfant se lève pendant la nuit pour boire ou uriner, ainsi qu’une perte de poids. Tous ces signes doivent alerter les parents pour aller consulter».

Notre interlocuteur note également qu’une fois le diagnostic posé, le seul et unique traitement consiste à administrer de l’insuline pour équilibrer le taux du sucre dans le sang. Les doses doivent être administrées avant les trois repas principaux pour éviter une hyperglycémie (élévation du taux de sucre dans le sang). «Il n’y a pas d’autres alternatives, en qui concerne le traitement, comme chez les patients de diabète de type 2 puisque l’insuline ne peut être administrée que par voie sous-cutanée. La prise d’insuline par voie orale dénature celle-ci, la rendant inefficace. Les injections répétées et la rigueur de ce traitement en plus du régime alimentaire sont primordiaux pour traiter le diabète infantile de type 1», conseille le médecin.

L’implication de la famille et du soignant est nécessaire

Outre le traitement médical, une prise en charge psychologique de l’enfant diabétique, dans le milieu familial et scolaire, s’avère nécessaire, car l’annonce du diagnostic du diabète est vécue de façon très stressante pour l’enfant et pour les parents. «C’est l’orage dans un ciel bleu ! La prise en charge psychologique de toute la famille donc est primordiale pour accepter la maladie et avancer dans la vie.

Les parents sont appelés aussi à réorganiser leur mode de vie concernant l’alimentation et leur disponibilité pour assurer au mieux la rigueur et la discipline qu’impose le traitement. C’est au médecin diabétologue également de préciser que le diabète n’est pas une maladie et d’expliquer que le diabète est un déficit de fabrication d’insuline par l’organisme auquel il faut pallier avec une bonne hygiène de vie. On peut donc avoir parfaitement une vie normale et productive en étant diabétique surtout quand on adhère rigoureusement aux exigences de la maladie. Une non-observance du régime alimentaire et de l’insulinothérapie conduit inévitablement aux complications. Dans ce cas-là, ce n’est plus une maladie, mais des maladies», avise Nejib Raboudi.

Quant à l’intégration de ces enfants en milieu scolaire, elle doit impliquer le corps enseignant et les autres camarades de classe. «L’élève diabétique ne doit en aucun cas être considéré comme étant condamné à vivre avec des complications perçues comme étant très graves par son entourage, en particulier le milieu scolaire. L’implication des parents et de tout l’entourage doit être aussi considérée pour ne pas imposer un régime alimentaire restrictif uniquement à l’enfant diabétique. Dans ce sens, toute la famille doit être logée à la même enseigne. Les aliments riches en sucre rapide (jus, cake, bonbons….) sont à éviter. Afin de bénéficier d’une meilleure prise en charge pour maîtriser la maladie et pour mieux la gérer, les consultations chez le médecin diabétologue traitant devraient par ailleurs être périodiques (environ tous les trois mois), et la disponibilité du diabétologue traitant à tout moment est primordiale également», conclut le médecin.

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