D’après M. Faouzi Sboui, professeur d’économie, «l’économie informelle se place aujourd’hui au cœur des préoccupations économiques du travail. Il en est ainsi pour deux raisons. D’abord, parce qu’une grande partie de la population travaillant dans le pays en développement opère en dehors des cadres établis par les normes du travail et la législation fiscale. Ensuite, du fait qu’une partie importante des biens et services, et échanges dans les pays échappe à l’observation comptable».
Selon des estimations qui remontent à 2015, plus d’un million de Tunisiens exerçant dans le secteur informel, représentant 32% de la part d’emploi, et générant jusqu’à plus de 50% du PIB. Des indicateurs à la hausse depuis lors, faute d’une prise en charge intégrale et effective du secteur informel.

Un effectif important
«Bien qu’ayant été l’un des pays à avoir tenté de mesurer l’économie informelle à l’échelle macroéconomique, la Tunisie ne dispose pas de données statistiques globales permettant de l’estimer de manière directe».
Les études du Centre de recherches économiques et sociales (Cres) estime que l’emploi informel au sein de l’économie représente 32,2% de la population active, soit 1.092.000 travailleurs. «Le taux d’emploi informel qui culminait à 34% en 2005 est passé à 28% en 2010 et plus de 32% en 2015. Cette évolution montre le caractère contrat par cycle de l’emploi informel qui est réputé pour son rôle d’amortisseur de chocs dus au ralentissement et au repli de l’activité économique», précise M. Sboui.
Selon les chiffres mentionnés dans l’enquête sectorielle réalisée par M. Sboui, l’informalité de l’emploi concerne particulièrement les hommes. En effet, en 2014, le taux d’informalité chez les hommes est de 33% contre 15% chez les femmes. Les travailleurs non salariés représentent 57% de l’emploi informel total, alors que leur part dans la population active occupée n’est que de 22%.
En 2015, le taux d’informalité pour les non-salariés a atteint 61% contre seulement 21% pour les salariés. «Ce constat confirme l’une des caractéristiques de l’économie informelle dans les pays en développement, à savoir la domination du statut du travail indépendant».

Importations illégales
L’expert n’a pas manqué de rappeler qu’une baisse paradoxale du taux d’emploi dans l’économie informelle consécutive à la titularisation des travailleurs précaires dans le secteur public a été observée après la révolution. Ceci outre l’augmentation du taux de chômage dû à la non-déclaration volontaire du travail informel afin de pouvoir bénéficier des programmes de recrutement dans le secteur public (Amal). Et, «c’est à partir de 2013 que la tendance s’est retournée vers la hausse». «Les différences de taxes à l’importation et des subventions à la consommation expliquent les grands écarts de prix de certains produits entre la Libye et la Tunisie, d’une part, et entre l’Algérie et la Tunisie, d’autre part», précise M. Sboui.
En effet, la contrebande frontalière porte essentiellement sur les produits pétroliers et le tabac. La quantité de tabac importée illégalement représente 35% de l’offre sur le marché et engendre des pertes de 500 MD à l’Etat. Quant à la contrebande des produits pétroliers, elle répond à 25% de la demande sur le marché.
Outre ces produits, la contrebande frontalière importe des vêtements, des chaussures, des produits cosmétiques, des parfums, des pneus, de l’électroménager, des appareils électriques, des fruits, des légumes… et d’autres produits alimentaires.

Impact sur la valeur du dinar
«Tenant compte du chiffre d’affaires réalisé par le commerce informel transfrontalier, le manque à gagner subi par l’Etat en termes de TVA est de l’ordre d’un milliard de dinars». Le think thank «Joussour» estime que la contrebande et les importations parallèles pèsent près de 2,5% du PIB et présentent entre 15 et 20% des flux de marchandises distribuées par le commerce interne.
L’importation illégale concerne aussi les flux financiers. Ainsi, «le volume du marché noir de devises est considérable en Tunisie. Des sommes colossales s’échangent en dehors des circuits réglementaires, ce qui impacte négativement la valeur du dinar tunisien. Le manque à gagner pour l’économie tunisienne est estimé à 1602MD, soit 68% des recettes touristiques de 2015». D’un autre côté, le conseiller Faycel Derbal indique que l’évasion fiscale s’est élevée en Tunisie pour atteindre 25 milliards de dinars en 2018, causant à l’Etat un manque à gagner annuel de l’ordre de 5 milliards de dinars, soit 25% des recettes fiscales par an.
M. Sboui recommande, en ce qui concerne les activités exercées dans le secteur informel, de les aider à intégrer le secteur formel et à respecter le système fiscal et leur permettre ainsi une couverture sociale.

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