Il y a des moments dans la vie des peuples et des nations où il survient des événements qui constituent des faits marquants ou des tournants décisifs dans leur parcours civilisationnel à même de rectifier les erreurs, de corriger les errements et de replacer les expériences dans la trajectoire qui leur sied.

Ainsi, le rapport de la Cour des comptes sur le financement des campagnes électorales relatives à la présidentielle de 2019 et aux législatives de la même année est-il venu inviter — de par son contenu, les révélations fracassantes qu’il comporte et peut-être les retombées qu’il suscitera au plan judiciaire — l’ensemble du paysage politique et civil national à s’engager dans un débat libre et sérieux qui va au-delà de la stigmatisation des contrevenants à la loi électorale en vigueur et du dévoilement des manquements commis par certaines parties qu’elles resteront impunies quelles que soient la nature ou la gravité des violations et des infractions dans lesquelles elles  pourraient être impliquées.

Aller au-delà des dénonciations et des appels à ce que la justice dise son mot et à ce que les contrevenants reçoivent les sanctions qu’ils méritent veut dire se mobiliser sérieusement et surtout dans une atmosphère de consensus général pour que ce qui s’est passé en 2019 (qui constitue, en fait, la continuation logique de ce que le pays a vécu en 2014 et aussi en 2011) ne se reproduise plus à l’avenir. Car il s’agit, en effet, de la responsabilité de tout le monde de préserver l’expérience démocratique et de la sauver du danger du périclitement au cas où les dysfonctionnements, les abus et les violations se poursuivraient et qu’ils seraient perçus comme des comportements ordinaires et s’inscrusteraient dans nos habitudes comme des événements accompagnant généralement les élections, qu’elles soient législatives, présidentielles ou municipales, en  attendant les régionales.

Ceux qui pressent la Cour des comptes de prendre les sanctions pénales que ses attributions lui permettent et ceux qui dénoncent les erreurs commises par certains candidats à la députation et aussi au palais de Carthage réagissent, en réalité, en visant des intérêts partisans très restreints ou même des agendas personnels en oubliant que l’objectif derrière lequel ils devraient s’aligner est bien de trouver une solution définitive qui mette un terme au risque réel menaçant l’ensemble de l’expérience démocratique et l’exposant au danger d’un échec que beaucoup de parties et de régions lui prédisent. 

Charger plus d'articles
Charger plus par Abdelkrim DERMECH
Charger plus dans Editorial

Laisser un commentaire