Actuellement, plus de 169 vaccins candidats contre le Covid-19 sont en cours de développement, dont 26 en phase d’essai chez l’homme. Le futur vaccin ne sera pas disponible de sitôt en Tunisie. Il faut attendre encore des mois tout en misant sur la prévention.

En Tunisie, comme ailleurs dans le monde, tous les regards se tournent vers les grands laboratoires mondiaux qui se penchent actuellement sur la fabrication d’un futur vaccin contre le coronavirus. En effet, si la pandémie est bien partie pour rester parmi nous encore plusieurs mois, voire des années, la seule issue à cette crise n’est autre que la distribution à grande échelle d’un vaccin efficace contre ce virus. Mais la commercialisation de ce vaccin, toujours en phase d’essais préliminaires, n’est pas prévue pour demain, notamment dans les pays du Sud, on devra toujours compter sur la prévention et les mesures barrières.

Vaccins américain, chinois, britannique ou autres, les Tunisiens se perdent entre les nouvelles informations issues des quatre coins du monde, mais aussi entre les déclarations des décideurs et responsables qui avancent parfois des données et projections contradictoires. D’ailleurs, même pour les pays développés, nul n’est en mesure de connaître exactement la date de la distribution des premiers lots du premier vaccin contre le coronavirus. C’est en tout cas ce que ne cessent de répéter les responsables des différentes commissions scientifiques installées dans la majorité des pays pour lutter contre cette pandémie.

Actuellement, plus de 169 vaccins candidats contre le Covid-19 sont en cours de développement, dont 26 en phase d’essai chez l’homme. Récemment, c’est le laboratoire américain Pfizer qui annonçait que son vaccin, conçu en collaboration avec l’autre laboratoire allemand BioNtech, assurait une efficacité estimée à plus de 90% contre les charges virales du coronavirus, selon des essais préliminaires. Une annonce qui a donné espoir au monde entier de voir le vaccin disponible prochainement, sauf que le chemin est encore plus long. En effet, ce vaccin est peut-être le plus avancé mais il est confronté à plusieurs défis, dont notamment son mode de transport. Sa particularité «embêtante» est qu’il aime le grand froid, pose, en effet, d’énormes défis au niveau de son transport et exportation. Pour éviter que le vaccin ne se détériore, il doit être conservé sous la barre des -70 degrés Celsius. Une température que très peu de congélateurs peuvent atteindre. Une telle technologie n’existe que dans le biomédical et les pharmacies n’en sont pas équipées.

D’ailleurs, c’est exactement pour cette raison que le ministre de la Santé, Faouzi Mahdi, a annoncé, dernièrement, que le vaccin ne sera pas bientôt disponible en Tunisie et qu’il faut attendre encore plusieurs mois. Le ministre a estimé que l’arrivée du vaccin contre le coronavirus en Tunisie est prévue pour le mois de mai ou juin 2021. «Ce vaccin est soumis à certaines procédures, car il doit être transporté et conservé à moins 70 degrés, ce qui n’est pas possible en Tunisie», a-t-il expliqué.

Même son de cloche chez la commission scientifique de lutte contre la pandémie. L’épidémiologiste et membre de ladite commission, Mohamed Chahed, explique à cet effet qu’en dépit des efforts que déploie actuellement la Tunisie pour assurer les premières doses de vaccin, son importation ne se fera qu’au milieu, voire vers la fin de l’année prochaine. «L’équipe de travail chargée de suivre la production d’un vaccin contre le coronavirus est entrée en contact avec plusieurs laboratoires internationaux qui sont en train de développer ce vaccin», a-t-il ajouté. Et d’affirmer que la Tunisie a déjà atteint des stades avancés au niveau de ses négociations avec le géant américain Pfizer pour avoir les premières doses de son vaccin s’il s’avère efficace.

Sauf que la porte-parole du ministère de la Santé, Nissaf Ben Alaya, s’est montrée plus optimiste quant à la livraison des premières doses de vaccin à la Tunisie. Elle qui rappelle que le vaccin américain a présenté un taux d’efficacité de 90 %, estime qu’il pourrait arriver en Tunisie au premier trimestre de 2021.

A quels prix ?

Une fois efficace et disponible en Tunisie, ce vaccin sera-t-il à la portée des Tunisiens ? La réponse à cette question qui préoccupe plus d’un nous parvient du directeur de l’Institut Pasteur, Hechmi Louzir, qui affirme que le vaccin contre le Covid-19 sera commercialisé en Tunisie à un prix abordable et sera moins coûteux que le test de dépistage du Covid-19.

Louzir, qui confirme que la Tunisie est en négociations avec plusieurs laboratoires internationaux pour acquérir ce vaccin, estime que «son prix sera compris entre deux et 2,5 dollars américains en cas de passage par le Covax qui est une initiative lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour offrir un meilleur accès aux vaccins et aux médicaments aux pays en développement». Sauf qu’en cas de recours direct aux laboratoires, «le prix sera largement supérieur et pourrait atteindre même cinquante dollars américains», a-t-il ajouté.

En effet, l’OMS travaille actuellement en collaboration avec des scientifiques, des entreprises et des organisations mondiales œuvrant dans le domaine de la santé en vue d’accélérer la riposte à la pandémie. Lorsqu’un vaccin sûr et efficace aura été trouvé, le mécanisme Covax, dirigé notamment par l’OMS, sera mis en œuvre pour favoriser un accès et une distribution équitables des vaccins, l’objectif étant de protéger les populations de tous les pays. La priorité sera donnée aux personnes les plus à risque.

Sauf qu’en dépit des efforts de l’OMS pour garantir un accès équitable à ce vaccin, une étude réalisée par Global Justice Now, une organisation basée au Royaume-Uni qui fait campagne sur les questions de justice mondiale et de développement dans les pays du Sud, révèle que Pfizer aurait déjà vendu 82% des premières doses de son vaccin contre le Covid-19 au profit de certains pays riches. D’ailleurs, la Commission européenne et Pfizer ont trouvé un accord pour la livraison de 300 millions de doses du futur vaccin contre le Covid-19. La même étude a révélé que les États-Unis peuvent acquérir jusqu’à 600 millions de doses dans le cadre de l’accord conclu avec Pfizer. Le Royaume-Uni a pré-commandé 40 millions de doses, tandis que le Japon et l’UE ont obtenu respectivement 120 millions et 300 millions de doses.

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