Le déficit en eau pluviale, la terre de plus en plus sèche, coïncidant avec le début de la saison agricole, constituent les points noirs de cette période critique où l’eau du ciel vient à manquer cruellement…

Une fois n’est pas coutume, la météo prend des couleurs en Tunisie avec un faible niveau de précipitations une année sur l’autre, mais pas que. Le paysage offre un soleil éclatant et une atmosphère printanière en plein hiver, ce qui n’est pas un bon signe. On parle d’une baisse de 50% de la pluviométrie par rapport aux moyennes de l’an dernier, ce qui présuppose une nouvelle période de sécheresse. Les moyennes saisonnières sont supérieures à la normale de 1 à 2°C. Quelles sont les raisons de ce changement climatique ? Quel sera l’impact sur les barrages et les cultures céréalières ? Quelles vont être les conséquences de cette absence de pluviométrie en plein mois de novembre, connu pour son flot de précipitations ?

M. Hamadi Hbaïeb, directeur général du bureau de la planification et des équilibres hydrauliques (Bpeh) au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et professeur d’hydrologie à l’Institut national agronomique de Tunis, revient sur le manque d’apports en eau de pluie et la situation des barrages, avant de donner ses prévisions pour la période à venir. Le tarissement des ressources en eau pointe le bout du nez à force de cumuler un déficit pluviométrique et une baisse des apports en eau… Selon la définition, «le tarissement est un événement de l’hydrogramme où le débit d’un cours d’eau est en phase décroissante. Pendant cette phase, le débit des cours d’eau est un débit de nappe, il est réduit au vidage des nappes d’eau souterraines». On n’est pas encore là de l’avis des experts mais…

L’année hydrologique se déroule de septembre de l’année N à août de l’année N+1. Ainsi, de septembre 2019 à août 2020, les apports en eau se sont élevés à 791 millions de m3 (des barrages), ce qui est bien en-deçà de la moyenne annuelle de 1.780 M m3 depuis la fondation des barrages et par rapport à l’an dernier fastidieuse en eau de pluie. «Avec une baisse inédite des apports en eau de 44%, cela constitue une année sèche». Toutefois, le ministère de tutelle affirme avoir anticipé les retombées néfastes en ayant assuré une programmation adéquate pour la distribution de l’eau d’irrigation et de l’eau potable. M. Hbaïeb poursuit son raisonnement : «Il n’y a pas eu d’incidence négative, puisque la programmation a pu se faire malgré le manque d’apport en eau. Du reste, les barrages sont connectés en permanence avec un transfert de l’extrême-nord vers Tunis, le Cap Bon, Sousse et Sfax» .Un satisfecit à ce niveau malgré les contraintes soit, mais jusqu’à quand cette situation va perdurer vu le stress hydrique que connaît le pays ? La pluviométrie est très basse malgré le rendement exceptionnel de l’année de septembre 2018 à août 2019.

Déficit pluviométrique

Un bilan a été posté et rapporté par M. Hbaïeb, qui dresse le constat suivant : «La saison écoulée a été caractérisée par un déficit pluviométrique par rapport à la moyenne, en particulier dans les gouvernorats du Nord et du Centre-Ouest où sont situés les barrages et les installations de transfert les plus importants. Les apports dans les barrages sont faibles, ils ne représentent que 44% des apports moyens (calculés depuis la mise en eau des barrages). Les stocks dans les barrages à la fin de l’année hydrologique 2019-2020 sont faibles».

Ils représentent 44% de la capacité des barrages, soit une diminution de 445 millions de m3 par rapport à l’année dernière. Mais grâce à la bonne coordination et à la coopération entre toutes les parties, et grâce à l’adoption d’une méthodologie basée sur la programmation de la demande, la saison a été sécurisée, que ce soit pour l’approvisionnement en eau potable ou l’irrigation des périmètres. En revanche, il y a lieu de noter l’importance des réserves stratégiques qui s’est confirmée par le transfert des eaux des barrages de Sidi Barrak et de Barbara, qui ont permis le contrôle et la bonne gestion du stock du barrage de Sidi Salem». En effet, de septembre 2018 à août 2019, on a enregistré un volume des apports en eau de 2.573 millions de m3 contre 791 millions m3 en 2020, soit une baisse de 1.782 M m3. On remarque également que les apports en eau des trois années qui ont précédé l’année hydrologique 2018/2019  sont inférieurs par rapport à ceux de cette période qui a été exceptionnelle sur le plan hydrologique. Au niveau des stocks de réserves en eau, une baisse de 445 M m3 a été constatée. Le volume de ces derniers est passé de 1.450 millions de m3 au 1er septembre 2019 à 1005 millions de m3 au 1er septembre 2020. La programmation de distribution a concerné un volume de 718 M m3, dont 454 M m3 pour l’eau potable et 264 M m3 pour l’eau d’irrigation. De septembre 2020 au 16 novembre, on décompte un volume d’apports en eau de 104 millions de m3 contre  une moyenne de 236 millions m3, durant la même période, au cours des années précédentes. Ce qui représente une baisse de 44% des apports en eau. Les régions côtières, si elles ont l’avantage de connaître une forte pluviométrie, ne disposent, traditionnellement, pas de barrages, donc il n’y a pas d’apports en eau, une partie de l’eau se déversant directement dans la mer. Ces dernières semaines, il y a un contraste, puisque les villes de Kairouan, Sousse et Mahdia ont eu une pluviométrie au-dessus de la moyenne nationale, tandis que Jendouba et le Nord-Ouest bien en-dessous.

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