En l’espace de quelques semaines, le gouvernement s’est retrouvé écartelé entre la lutte contre le Covid avec sur les bras des dizaines de morts par jour et un système sanitaire à bout de souffle, le difficile exercice du montage financier du budget de l’Etat et de la loi de finances pour 2021 et la contestation sociale dans les régions qui s’est mise en marche après la conclusion du fameux accord d’El Kamour avec les sit-inneurs de Tataouine.

Mais de tous ces moments de tension, c’est la situation dans les régions qui interpelle le plus le Chef du gouvernement. Il sait qu’en signant l’accord d’El Kamour, il a actionné le bouton d’une bombe à retardement. Et que le compte à rebours a commencé avant que la déflagration n’emporte tout dans son sillage. Lui et son gouvernement en premier.  Coiffé au poteau par la vitesse de propagation des mobilisations dans les régions, le gouvernement cherche à calmer les ardeurs sans toutefois disposer de l’arsenal nécessaire.

C’est pourquoi le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a annoncé hier que le gouvernement optera pour une nouvelle approche de développement différente de celles adoptées depuis des décennies et qui serait basée sur la réponse aux attentes des citoyens dans les régions.

Il ne s’agit, au fait, que d’une trêve ou d’un armistice de quelques semaines pour le gouvernement : on calme le jeu, on observe et, le feu ayant cessé, on négocie le passage d’une situation à son contraire sans pour autant extirper le mal qui ronge les régions d’une façon beaucoup plus profonde.

Voilà ce qui, en vérité, révulse les observateurs et inquiète citoyens et autorités locales.  En effet, ce geste gouvernemental ne semble pas orienté vers un destin plus ordonné. Car sans plan de développement, sans stratégie ni vision, notre pays se retrouve dans une situation véritablement préoccupante. Le blocage total, le manque de visibilité, l’insécurité, la récession, le chômage galopant, la dette publique abyssale et non gérée, sans oublier le contexte régional qui exacerbe les défis intérieurs, précisément en l’absence de vision et de leadership. On a beau faire tous les discours du monde avec les meilleurs vœux de conciliation et les plus belles promesses, en l’absence de vision et de projection dans l’avenir avec des repères précis, réalistes et porteurs d’espoir et de rêve, alors on continuera à tourner en rond. Car ce n’est que quand la reprise économique se renforcera et se diffusera pour rejaillir positivement sur une région qu’elle recommencera à créer des emplois et à redémarrer les investissements. Car tant que les régions souffrent, la Tunisie ne sera pas à l’abri des troubles et des soubresauts.

Alors, ne nous voilons pas la face. Notre modèle économique s’est essoufflé et est inadapté à la dynamique des nouvelles donnes locales et internationales. Il n’est ni inclusif ni juste dans ses opportunités économiques au niveau des individus tout comme au niveau des régions. La richesse et les opportunités ont toutes été concentrées entre les mains de quelques familles autour d’un Etat-providence, interventionniste à l’extrême avant que le tout ne bascule en système mafieux. Et ce n’est pas uniquement avec le dialogue et les belles promesses sans lendemains qu’on fera bomber le torse des régions. Cela tient au déclic de ce que les historiens appellent le « second souffle révolutionnaire » pour lâcher l’anneau du confort du statu quo et se lancer avec courage et naviguer dans les mers des réformes structurelles légitimes et endogènes. Remettant ainsi en cause un modèle obsolète qui ne peut plus être porteur d’espoir et de valeur. Il n’y a pas meilleur moment que maintenant pour traduire les intentions du gouvernement dans la loi de finances. Sinon, ses nobles intentions ne seraient que de vains propos en l’air.

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