Certaines statistiques affirment que 80% de la population jeune en Tunisie vivent le célibat. Un secret de Polichinelle tant les jeunes, hommes et femmes confondus, repoussent indéfiniment l’âge de mariage pour le plus tard possible prenant la forme d’une « punition »…Pour quelles raisons donc?

La Journée mondiale des célibataires, célébrée tous les ans  le 11 novembre, tente de redorer le blason du célibat et l’image qu’on se fait du célibataire. Il est généralement admis que le célibataire souhaite se mettre en couple ou se marier et vice-versa ce qui est propre à l’homme, éternel insatisfait. Pourtant, chaque année, le débat repositionne les hommes et les femmes face au mariage. On a sondé l’avis et les sentiments de célibataires endurcis pour mesurer l’impact psychologique du célibat. La décision de ne pas s’unir ou se mettre en couple pour de très longues années leur incombe mais semble « une pilule difficile à avaler ». Du reste, sur les plateaux télé et les ondes radio, on glorifie le célibat en Tunisie comme un acte de bravoure ce qui contraste avec les chuchotis qui se trament dans les maisons où il est plus vécu comme une honte ou un drame, notamment au sein de la gent féminine.

Ainsi, on parle de « vieille fille » pour la femme qui tarde à nouer une liaison pour la vie avec l’homme de son choix dès lors qu’elle franchit le cap de la trentaine. Du côté des hommes, le décor n’est pas plus reluisant. Le célibataire endurci a souvent mauvaise réputation. Bien souvent il est considéré comme célibataire endurci à cause d’un sale caractère, de l’envie de séduire toutes les femmes, d’un excès d’indépendance ou d’un ego surdimensionné. Pour mieux connaître la réalité du célibat en Tunisie, on a recueilli des témoignages de jeunes, toutes classes sociales confondues, qui ont du mal à sauter le pas, par la force des choses et bien malgré eux parfois…Comment est-il vécu et quelles sont les raisons qui empêchent les jeunes, actifs ou non, à s’engager avec un partenaire pour la vie ? Eclaircissements.

Engagement incertain et aventure risquée

Pour de nombreux hommes, se marier nécessite beaucoup de temps avant de choisir le partenaire idéal. La décision de « se passer la corde au cou » ne saurait être prise sans une longue et mûre réflexion à cause du risque d’échec et de divorce avérés. L’heure est malheureusement aux séparations, ruptures et divorces pour de nombreuses raisons. Mehdi M., jeune trentenaire habitant à Riadh el Andalous, vient de rompre avec sa partenaire de longue date, après huit ans de relation ce qui met un terme à l’étape du mariage. Il passe aux aveux : « On ne se comprend plus vraiment l’un  l’autre et nous ne voyons plus les choses de la même manière. Je ne peux m’engager pour l’heure car je me trouve encore jeune et j’ai envie de garder ma liberté ».

Borhen S., jeune cadre supérieur tunisien qui approche la quarantaine, n’arrive pas à se décider sur l’élue de son choix. Il tempère ses ardeurs : « Ma famille me fait subir une forte pression afin que je m’engage, vu l’instabilité sentimentale dans ma vie, mais ce n’est pas une raison pour que je passe la bague au doigt à la première venue non plus ! ».

Dans les deux situations, l’indécision prime sur  toute considération. Un autre son de cloche provient du témoignage de Kaies H., 42 ans (Oued Ellil) taximan ,qui désespère de se marier avec son premier amour. Il raconte passionnément : « J’ai rompu il y a quelques mois avec ma dernière fiancée à cause de désaccords et de sa mauvaise attitude envers moi. Comme par magie, le contact avec mon amour de jeunesse a repris de plus belle et avec toute sa flamme. Je ferai  tout pour qu’elle accepte de se marier avec moi, d’ici un an ou deux. C’est mon plus grand souhait et mon dernier espoir».

Du reste, ne pas être en couple est parfois dû à une attitude désobligeante. La présence permanente des amis au cours des activités qui devraient se produire en amoureux, mais aussi dans les conversations minent à terme la relation de couple.

 Comme le décrit l’écrivain français Fréderic Beigbeder dans son roman autobiographique « l’amour dure trois ans » paru en 1997, la relation de couple est amenée à se faner dans le temps en majorité, hormis les rares exceptions. La romance du début de la relation laisse nécessairement place à la routine et au train-train de la vie quotidienne pour tuer le couple à petit feu et éteindre la flamme. Le thème de l’histoire que raconte le livre est résumé ainsi : « Au début, tout est beau. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible — pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos amis célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon, en vous retenant de regarder les passantes? La troisième année, vous regardez les passantes. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous évite de parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse, puisque vous êtes tombé amoureux d’une autre. Vous commencez un nouveau livre. » Une réalité pour beaucoup d’hommes mariés qui ne fait que décourager ceux qui ne le sont pas encore, les éternels célibataires qui ont du mal à se caser, en fin de compte.

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