L’Exposition « Culture solidaire » est une initiative qui donne vie à l’expression artistique au temps du confinement. Dans une époque où le virus nous éloigne les uns des autres, cette exposition nous réunit et soude les pratiques artistiques. Elle s’inscrit dans le dynamisme d’une culture nouvelle.   

Dans un monde où le coronavirus a imposé son règne, dans un monde où le confinement a mené à l’anxiogènité, l’art a été pour certains une bouffée d’air frais. Dix-sept artistes se sont résolus à nous raconter leurs histoires, leurs expériences, leurs vécus, durant la période du confinement, à travers des œuvres qui relatent leurs quotidiens respectifs. Ces œuvres sont réunies dans l’exposition « Culture solidaire », organisée par la fondation Kamel-Lazaar qui montre son soutien aux artistes tunisiens en ces temps durs. L’exposition se tient à la galerie « B7L9 Art station » du 23 octobre au 20 décembre 2020.

La scénographie oriente le visiteur d’une création à une autre, de l’univers d’un artiste à un autre. Malgré que la thématique générale soit la même, à savoir le confinement, les œuvres se distinguent toutes les unes des autres d’un point de vue esthétique et technique selon l’approche, le vécu et l’expérience de chaque artiste.

Le labyrinthe de l’exposition

Le labyrinthe de l’exposition commence avec Wadi Mhiri qui capture, par le biais de la photographie, un monde parallèle, déformé, mais bien ancré dans la réalité, dans son œuvre « Moi et mon autre moi ». Il utilise des surfaces réfléchissantes pour prendre en photo son reflet qu’il définit comme son autre lui. Un personnage se trouvant dans une autre dimension et qui lui a tenu compagnie tout au long de son confinement. Si l’artiste Wadi Mhiri cherchait à capturer les instants de son propre quotidien, Othman Selmi dévoile la réalité de celui des citoyens tunisiens. Mêlant politique et société, il dénonce, avec une touche d’humour, les bêtises humaines en temps de crises et les faits relatifs à la période du confinement, dans son œuvre « L’abécédaire (non raisonné) du Covid-19 en Tunisie ». Cette œuvre, qui décrit avec humour un chaos, est destinée à « égayer un quotidien morose », comme le mentionne l’artiste.

Persona-Zeineb Henchiri (2020) -Photographies et installation

Capturer l’existence 

Dans une approche pluridisciplinaire, Ghassen Chraïfa associe la photographie, la vidéo et le son pour insister sur l’importance de l’appréciation du présent et de la recherche du bonheur dans les moments simples. Son œuvre présente un assemblage de fragments de vidéos filmés avant et après le confinement. L’artiste nous suggère à travers « Fragments » de savourer les bons moments qui peuvent nous paraître insignifiants, mais qui, pourtant, s’avèrent être de grande valeur et nous propose de ce fait, de « célébrer l’arrêt sur le temps présent ».   

De son côté, Zeïneb Henchiri remet en question la définition de l’existence, associant la photographie, l’installation et le collage. Elle se réfère au phénomène de la distanciation sociale et met l’accent sur la frontière entre le monde réel et le monde virtuel en nous racontant l’histoire d’un personnage fictif. A travers l’œuvre « Persona », l’artiste problématise l’existence et la simulation de l’existence à travers les réseaux sociaux.

Vue submergée et pensée emportée

« Culture solidaire » nous amène à voir, lire et entendre 59 œuvres créées pendant le confinement et qui portent la trace, les émotions et la propre expérience de chaque artiste exposant. Une sensation d’empathie et de compassion nous submerge à la vue de ces créations qui relatent un vécu  qui, au final, n’est pas si différent du nôtre et qui nous renvoie à nos propres souvenirs. Un déjà-vu ou déjà-vécu. En effet, nous arrivons à nous retrouver dans ces créations. Certaines provoquent en nous la nostalgie, tandis que d’autres nous poussent à remettre en question nos propres priorités. Ces créations laisseront peut-être une empreinte sur l’histoire de l’art de la Tunisie au temps de la pandémie du Covid-19. Une pandémie qui s’avère être un contexte propice à l’inventivité artistique.

Faudrait-il se demander alors quelles seront les conséquences de cette période de crise sur l’art en Tunisie ? Ces œuvres marqueront-elles la fin d’une époque et le début d’une autre ? Cette exposition témoigne-t-elle de la naissance d’une nouvelle forme d’art ? Seul l’avenir nous le dira.

Inès Hambli

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