Le budget du ministère des Affaires culturelles pour l’année 2021 s’élève à 358,4 millions de dinars, soit 0,68% du budget total de l’État. Contre 351 millions de dinars en 2020, et 0,74% du budget global.  Ceux qui réclamaient d’arrondir le budget de la Culture à hauteur de 1% devraient passer leur chemin.


Les débats parlementaires dédiés à l’examen du budget alloué à chaque département ministériel, dans le cadre du projet de loi de finances 2021, avancent à cadence régulière. Hier, au palais du Bardo, c’était au tour du cas problématique, autant le dire d’emblée, du ministère des Affaires culturelles. La commission parlementaire de la jeunesse, des affaires culturelles, de l’éducation et de la recherche scientifique était appelée à se pencher tant sur le maigre budget imparti que sur les mouvements sociaux qui agitent le monde de la culture et du divertissement.

Thème officiel de la rencontre : audition du ministre par intérim des Affaires culturelles, Habib Ammar, initialement ministre du Tourisme qui cumule à ce titre deux ministères. Au lieu d’un, ce sont donc deux secteurs sinistrés dont M. Ammar a la charge. Si on parle d’un cadeau…

A la Salle boisée Radhia-Haddad, a démarré ladite réunion avec presque une heure de retard, présidée par Fayçal Tahri, président de la commission, et épaulé par la vice-présidente, Samira Sayhi.

Prenant ses précautions, le ministre, prudent, est arrivé flanqué d’une importante délégation composée de 20 personnes ! Compte tenu de la conjoncture, le débat s’annonce rude. Les travées occupées par le membre de l’exécutif et son staff étaient donc pleines. On ne peut pas en dire autant des bancs réservés aux parlementaires.

Le statut de l’artiste, point litigieux

Le budget du ministère des Affaires culturelles pour l’année 2021 s’élève à 358,4 millions de dinars, soit 0,68% du budget total de l’État. Contre 351 millions de dinars en 2020, et 0,74% précédemment. Plus d’argent mais baisse en pourcentage global. Ceux qui réclamaient d’arrondir le budget de la Culture à hauteur de 1% devraient passer leur chemin.

M. Ammar a confirmé lors de son exposé introductif que 54% du budget du ministère sera englouti par les salaires, estimés à 194,4 millions de dinars. Le département emploie 50 000 personnes !  Une fois la pilule passée, le ministre était plus à l’aise pour discourir sur les projets et les objectifs. Il a précisé qu’il est du rôle du ministère de consolider la culture de la citoyenneté, de développer les infrastructures, d’investir dans la culture destinée aux enfants et de soutenir une stratégie de décentralisation. Point litigieux qui oppose depuis des années les gens de la culture aux autorités, le projet de loi relatif au statut de l’artiste. Le ministre s’est engagé à envoyer le texte de loi réglementant les professions artistiques au Parlement pour révision.

Les députés, que ce soit par des interventions présentielles ou à distance, en mode audio, ont presque tous évoqué le cas des animateurs diplômés de l’Institut supérieur de l’animation pour la jeunesse et la culture de Bir El Bey qui devraient, selon eux, être recrutés par le Ministère et dans les différentes administrations déconcentrées. 

La diplomatie culturelle

D’autres ont déploré l’état des monuments et sites historiques laissés à l’abandon et exposés au pillage. Ils ont appelé à la protection, à l’entretien et au recensement de ces sites. Certains élus ont évoqué la question de la diplomatie culturelle. Vaste programme et très porteur, s’il est bien pensé et conduit. La diplomatie culturelle peut comprendre l’histoire, la culture et les arts avec ses différentes expressions, le patrimoine vestimentaire, le terroir, atout de la gastronomie tunisienne. Une démarche en mesure de contribuer au rayonnement de la Tunisie dans le monde. Une politique stratégique qui ne peut se concrétiser sans le soutien des structures touristiques qui sont du ressort du double ministre, appelé à intervenir efficacement à ce niveau.

Certaines revendications au goût purement électoraliste n’étaient pas en reste. Puisque des élus n’ont pas trouvé mieux que d’appeler à l’installation de maisons de la culture dans leurs circonscriptions. Heureusement, vite recadrés par la vice-présidente, Samira Sayhi. Encore faut-il d’abord restaurer et équiper celles existantes qui tombent en ruine, leur lance-t-elle lors de sa prise de parole.

Habib Ammar n’a pas essayé de dissimuler les difficultés du secteur. Des failles structurelles qui le minent depuis des années : faiblesse des infrastructures, difficulté de trouver des financements pour de grands projets culturels.

Les carences du cadre législatif sont une autre difficulté qui vient s’ajouter aux précédentes.

M. Ammar n’a pu passer outre l’impact de la pandémie sur le secteur gravement touché, soulignant que le travail des artistes, caractérisé par des activités saisonnières et occasionnelles, a été doublement pénalisé.

C’est ce qui explique l’escalade des protestations. Malgré les interventions du ministère à travers la levée d’un fonds de paiement qui reste très en deçà des attentes, selon les témoignages mêmes des concernés, tombés pour certains avec leurs familles dans une totale précarité.

Au milieu de ce magma, des élus du peuple n’ont pas trouvé mieux que d’inciter le ministre à réactiver des commissions de censure, sans les nommer. Celles-ci auraient pour mission d’évaluer les productions et œuvres artistiques, non dans leur dimension artistique et esthétique s’adressant aux sens, aux émotions et à l’intellect, mais selon des normes « morales et vertueuses » et conformément à « notre identité ». Les députés ont fait part de leur incompréhension, disent-ils, de voir des activités « vulgaires et ordurières » subventionnées par le ministère, alors que d’autres en sont privées. Des postures qui rappellent un proche passé. De sinistre mémoire.

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