La trentaine à peine, Bassem Naïfar lance «El Platform», un espace digitalisé, accessible en ligne, principalement via Facebook. Une ambition de jeunes entretenue en groupe, et qui abordera différents aspects principaux liés à la Ville
de Hammamet spécifiquement : politique, culture, social, sport et économique.
A travers leur projet, le noyau aspire à redynamiser la ville, lancer le débat et aspirer à un vivre-ensemble plus prometteur pour les prochaines générations à venir. 

Pourquoi avoir fondé « El Platform» pour la Ville de Hammamet spécifiquement ?

On voulait créer une plateforme virtuelle locale (comme son nom l’indique) pour Hammamet, qui traite de plusieurs sujets : politique, culturel, sport, social. Nous la voulons spécifique à la région. Hammamet est une très belle ville, plaisante, où il fait bon vivre. Elle est dotée de standards qui lui permettent de rivaliser avec une ville européenne ou autre, tout aussi agréable. Elle est exceptionnelle grâce à ses caractéristiques. Notre but est de permettre l’émergence d’une nouvelle génération de leaders, pas que politique, bâtir une génération éduquée, qui prendra la relève, qui apprend de ses prédécesseurs. On a pensé au format podcasts au départ. Grâce aux feedbacks, on commence à cerner les attentes du public, de l’audience. Cette plateforme, on la veut interactive. Grâce à leurs retours, leurs remarques, on pourra accorder aux habitants de la ville ce qu’ils veulent.

Où réside la nécessité de lancer «El Platform» à l’échelle locale ?

D’une part, sur le point local, il n’y a pas beaucoup d’incompatibilité, ou d’affrontements à caractère politique, partisans. Le travail peut, donc, se faire plus facilement sans se heurter et encore moins se plier à une idéologie/courant politique quelconque. L’émergence de problèmes à caractère politique ne nous empêchera pas de la lancer, au contraire. D’autre part, la ville est connue pour son tourisme et le sera à jamais : une population importante vit directement du tourisme. Les partis politiques présents, localement, ne sont pas dans le refus d’«El platform» : ils l’adopteront même, avec le temps. En outre, comme j’ai passé 8 ans de ma vie aux Etats-Unis, je me suis inspiré du modèle américain, qui est ancré à l’échelle locale: d’où l’union sentie des citoyens américains et leur solidarité. Les citoyens en ont marre des affrontements sur le plan national: autant les pousser à agir au moins sur place, dans leurs périmètres, et tout commence par la libération de la parole et l’interaction que nous créons. Lancer le débat sur son quartier, ses problèmes, les acteurs politiques de la ville, la vie socioculturelle, etc. une plateforme à la portée des citoyens. Ces derniers, avouons-le, sont de plus en plus méfiants à l’égard des médias, en général.

Comment une plateforme, comme la vôtre, peut-elle concrètement faire changer les choses ?

«El Platform» peut rapprocher des points de vue, chasser les divergences, se comprendre mieux entre citoyens issus d’une même ville, tendre la main aux jeunes qui prennent la relève. L’ancienne génération doit céder la place. «El Platform» fera la chasse au «Qu’en dira-t-on», des discours vagues, des rumeurs, fera appel aux responsables, afin d’éclaircir tel ou tel point… Ce projet favorise la transparence entre responsables et citoyens : une transparence absente et un accès à l’information scellée pour l’instant.

Vous vous êtes déjà heurté à la réticence de certains invités. Pourquoi ?

Il y a trois catégories d’invités : la première concerne ceux qui disent qu’ils ne connaissent pas trop le concept : il vaut mieux voir les premières émissions avant d’accepter. Ils veulent tâter le terrain avant parce qu’ils ont peur. Il y en a aussi qui ne veulent pas du tout parler. La deuxième catégorie, c’est celle qui ne veut pas du tout s’adresser aux gens : ils zappent, ignorent nos appels. La troisième craint la diffamation, ou craint de voir son discours mal interprété ou utilisé à d’autres fins. Ils nous perçoivent comme des manipulateurs en quelque sorte, alors que nous ne faisons pas de montage et nous ne comptons sûrement pas le faire. Notre crédibilité est en jeu.

«El Platform» se veut sociopolitique pour l’instant. Allez-vous vous ouvrir sur d’autres thématiques ?

La première émission, qui passe tous les jeudis pour l’instant, est politico-sociale, en attendant de pouvoir nous agrandir. On a été contacté par de nombreux jeunes : chacun y participera à sa manière en traitant de musique, de cinéma, de culture, de sport, de comédie. Ce projet, on le voudrait pour tout le monde. Personnellement, j’ai choisi le politico-social pour commencer et parce que c’est mon domaine.

Qu’est-ce qui vous différencie d’un média ordinaire?

On agit localement. Les habitants de la ville sont notre cible première. On est beaucoup plus décontractés, on ne s’empêche pas de parler de la manière la plus aisée possible, d’aller contre le système. Actuellement, en ce qui concerne le couvre-feu, par exemple, «El Platform» est contre cette décision et le fait savoir, parce qu’il s’agit d’une décision qui va à l’encontre des besoins de la ville et de son économie. Elle affame les citoyens.

L’idée d’«El Platform» a vu le jour quand vous viviez aux Etats-Unis. Qu’est-ce qui vous a fait dire qu’il nous faut un projet pareil pour Hammamet ?

Il y a ce qu’on appelle «The Young Turcs», les jeunes Turcs, une plateforme web qui a pris et analysé la politique américaine différemment, d’une manière décalée, lançant ainsi plusieurs personnes. Ils sont allés ainsi à contre-pouvoir, contre les médias classiques et leur contenu. Ils décortiquent l’actualité autrement, sans bombarder l’audimat, loin des informations people et légères. On a pensé aux podcasts au début pour un contenu plus à la portée, facilement consommable, mais il se trouve, qu’actuellement, on fait plutôt «Plateau télé», et cela plaît au public qui nous suit et qui s’agrandit de semaine en semaine. On compte bien nous améliorer à la longue, en nous alignant sur les feedbacks.

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