La pénurie d’huile végétale subventionnée constatée depuis des années risque de s’accentuer les prochains jours. Les premières victimes de cette situation sont les ménages à revenus modestes qui ne trouvent plus dans les points de vente ce produit de première nécessité.

Il est 9h00. En sillonnant les allées du Marché central et à proximité des épiciers situés à Bab Jazira à Tunis, on a rencontré des consommateurs qui se plaignent de la pénurie d’huile végétale. M. Naoufel, couffin à la main, est désespéré  de trouver de l’huile végétale subventionnée. Quotidiennement, il passe des heures et des heures à la recherche de cette denrée devenue rare, mais en vain.

Il souligne d’un ton amer : «Les citoyens à revenus modestes ne peuvent pas s’approvisionner en huile végétale de bonne qualité car elle coûte cher. Ils peinent à trouver cette huile subventionnée dans les points de vente. Cette pénurie a été constatée dans plusieurs gouvernorats du pays et pas seulement dans le Grand-Tunis. Les commerçants préfèrent vendre cette huile aux restaurants et aux pâtisseries».

Un casse-tête pour les responsables…

Moncef, septuagénaire, se plaint du déficit des denrées de base subventionnées, à l’instar du sucre, de la farine et de l’huile. Cette pénurie qui perdure depuis plusieurs mois commence à exaspérer de plus en plus les consommateurs. Cette insuffisance serait  due à plusieurs raisons. L’approvisionnement des points de vente en huile végétale subventionnée représente un casse-tête pour les responsables du ministère du Commerce dès lors que cette denrée, destinée aux catégories à revenus modestes, est finalement revendue, par les points de vente au détail, au plus offrant, en l’occurrence les pâtisseries-boulangeries, les restaurants… qui l’achètent sous le manteau.

Il ne suffit pas d’injecter de grandes quantités sur le marché pour résoudre le problème, il faut que les épiciers la vendent aux consommateurs ordinaires. De son côté, Mlle Houaida, la trentaine, habitant dans un quartier défavorisé, a affirmé que rien n’a changé depuis des années. Au contraire, la crise de ce secteur s’amplifie. Il est devenu presque impossible pour les consommateurs de trouver une bouteille d’huile subventionnée à 900 millimes chez les commerçants. Certains les vendent aux professionnels alors que c’est interdit. Ces produits sont destinés aux ménages. 

Circuits parallèles actifs

Le président de l’Organisation de défense du consommateur (ODC), Slim Saâdallah, a indiqué que suite aux efforts fournis par le ministère, le produit devrait être disponible dans les marchés locaux en quantités suffisantes. «L’huile subventionnée se fait rare sur le marché. Profitant de la situation, certains vendeurs sont en train de l’écouler à un prix qui a atteint 2 à 4 dinars 500 millimes alors qu’elle doit être écoulée à 900 millimes. Ce produit est compensé à hauteur de 200 millions de dinars », a-t-il révélé.

Un autre problème a été évoqué par notre interlocuteur, à savoir celui des circuits parallèles. En effet, d’après les études élaborées, 40% des produits sont commercialisés sur les circuits officiels, tandis que les 60% restants le sont hors des circuits officiels de vente. Par ailleurs, l’Organisation de défense du consommateur (ODC) a signalé, à plusieurs reprises, la pénurie de l’huile végétale conditionnée. Elle met en cause notamment la spéculation et les circuits de distribution parallèles. Pour sa part, Eya, la soixantaine, appelle « les services de contrôle relevant du ministère du Commerce à organiser des campagnes pour savoir où sont passées ces quantités d’huile et sanctionner les contrevenants», a-t-elle conclu.

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