Débrayage et cafouillage au Palais de Justice à Bab Bnet, dans la capitale, suite à la grève prolongée des magistrats tunisiens. Les tribunaux de la République ont été fermés depuis plus d’une semaine, jusqu’à satisfaction des revendications. Quoi qu’il en soit, cette situation n’a pas laissé les avocats indifférents. Hier, depuis leur quartier général à Bab Bnet, ils ont lancé un cri de détresse, appelant le pouvoir judiciaire, avec ses ailes et auxiliaires, à faire prévaloir la voix de la raison. « Et que les pendules de la justice soient remises à l’heure pour sortir le secteur de la crise», ainsi s’exprimait Brahim Bouderbala, bâtonnier de l’Ordre national des avocats, lors d’une conférence de presse intitulée «Paralysie de la justice et ses retombées sur la situation générale, les droits et libertés dans le pays».

Partenaires associés à l’édification de la justice, les avocats se sentent les plus grands perdants, ceux qui ont dû subir les contrecoups d’un secteur complètement en panne. «Une crise qui perdure dont on ne sait pas l’issue et dont seuls les citoyens et les justiciers vont payer le lourd tribut», prévient-il, sans pour autant oublier de rappeler que la corporation ne baissera pas les bras. «Et là, nous nous adressons aux magistrats sages pour qu’ils reviennent à la raison et défendent la profession, afin que ce pouvoir judiciaire ne soit pas un fonds de commerce pour des intérêts étriqués», lance-t-il. Face à cette situation périlleuse, où tout pourrait basculer, le bâtonnier Bouderbala s’est dit inquiet de voir sacrifier un tel acquis historique sur l’autel du corporatisme et du populisme. Quand les avocats parlent des magistrats, c’est tout le secteur de la justice qui devrait sortir gagnant. «Nous soutenons, en partie, vos revendications  légitimes, à savoir la réforme judiciaire, l’indépendance de la justice et l’amélioration de l’infrastructure des tribunaux», affirme-t-il, en s’adressant aux magistrats grévistes.

Appel au dialogue national

N’empêche, la justice comme pouvoir en tant que tel doit être au-dessus de tout soupçon, loin des surenchères politiques. Et partant, le bâtonnier n’a pas mâché ses mots pour dire ses quatre vérités. Quelle solution à proposer en ces temps de tension professionnelle et sociale ? Maître Bouderbala pense que seul un dialogue national l’emporterait sur toute forme de divergences. C’est pourquoi, indique-t-il, l’Ordre des avocats avait appelé à tenir un dialogue national qui soit rassurant et rassembleur, regroupant toutes les parties concernées pour sortir le pays de l’impasse.  «La situation actuelle menace de ruiner des fondamentaux de la justice, ce secteur qui demeure en proie à la corruption», renchérit son collègue Hatem Mziou, secrétaire général de l’Ordre des avocats, ajoutant que du fait de la fermeture des tribunaux, les droits des justiciers sont gravement menacés. Aujourd’hui, on est en droit de connaître la vérité de l’assassinat des deux martyrs Belaïd et Brahmi, insiste-il. «Le pays est à la croisée des chemins. Il y a risque d’explosion sociale, ce qui influe sur la sécurité nationale», avertit-il, disant qu’une telle situation ne peut pas continuer. Sur cette lancée, Me Hassen Toukabri, membre du Conseil de l’Ordre des avocats, a fait appel au Conseil supérieur de la magistrature pour qu’il assume ses responsabilités.

Il devrait ouvrir une enquête sérieuse sur l’affaire de l’assassinat des martyrs, mais aussi sur les accusations portées contre Bechir Akremi, ancien procureur de la république près le tribunal de première instance de Tunis, a-t-il encore demandé.

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