Par Neila GHARBI

A la veille du mois de Ramadan, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haïca), dont les fonctions prendront fin en ce mois de mai 2019, n’a pas trouvé mieux que de procéder, le 25 avril dernier, avec l’aide des forces de l’ordre, à la saisie des équipements de la chaîne privée Nessma TV, et ce, en application d’une décision datée du 15 avril 2019. Les équipements de la chaîne détruits, les câbles du son et de l’image abîmés, la connexion internet coupée ainsi que l’électricité. Une intervention musclée qui a fait des vagues et la procédure appliquée a été jugée contraignante pour les journalistes et le personnel de la chaîne.
Sur les différentes chaînes concurrentes, les débats ont porté sur ce sujet. Les intervenants sur les plateaux de télévision sont tombés d’accord sur l’application de la loi mais sont restés sceptiques quant à la manière sauvage avec laquelle s’est déroulée l’intervention, surtout lorsqu’on sait qu’une autre chaîne privée « Zitouna » d’obédience nahdhaouie diffuse dans l’illégalité et n’a pas eu les mêmes pressions. Selon les déclarations de Nouri Lajmi, président de la HAICA, cette chaîne aurait « un soutien politique ». On a parlé de deux poids, deux mesures dans un pays qui n’a gagné de la révolution que la liberté d’expression. Certains estiment qu’aujourd’hui même cette liberté est compromise et que la manière avec laquelle a été appliquée la loi sur Nessma TV relève du politique et qu’il y a là une erreur monumentale surtout qu’il ne reste que quelques mois à l’échéance électorale.
Depuis ce malheureux événement, Nessma TV diffuse des communiqués de soutien de la part de personnalités politiques et des témoignages d’artistes ou de citoyens ayant bénéficié d’aide dans le cadre de Khalil Nessma. Le directeur de la chaîne a été également reçu par le Président de la République pour se plaindre de cet acte indigne d’un pays ayant obtenu le Prix Nobel au lendemain de la révolution. Nessma TV n’en est pas à sa première polémique, on se souvient de l’affaire « Persépolis » en 2011, qui a soulevé un tollé général et provoqué l’indignation des gens. Une tentative d’attaque sur le local de la chaîne qui a été avortée par les forces de l’ordre.
Qui a tort, qui a raison dans cette affaire ? Sans doute les deux, mais c’est encore le téléspectateur qui est pénalisé. Il est regrettable de priver le téléspectateur d’un média quel que soit son appartenance ou sa couleur politique notamment à l’approche du mois de ramadan qui constitue, par ailleurs, une aubaine pour la chaîne en termes de publicité. Il y va aussi de l’image de marque d’un pays qui s’apprête à des élections législatives et présidentielle. L’enjeu est certes de taille et l’examen de la démocratie est dur.
Outre cette affaire, le 27 avril dernier, le pays s’est réveillé sur un terrible accident de la route qui s’est soldé par la mort de 12 ouvrières agricoles. Il y a quelques semaines, « Hkayet Tounsia » présentée par Sami Fehri sur El Hiwar Ettounsi avait abordé la question des ouvrières agricoles qui travaillent souvent dans l’illégalité et sont transportées jusqu’à leur lieu de travail comme de vulgaires marchandises avec tous les dangers que cela représente, puisqu’on ne leur permet même pas de s’asseoir. Pas d’infraction pour ces transporteurs de fortune, faute d’autres alternatives de transport. Ce n’est pas la première fois que se produisent de tels accidents. Les télévisions se sont emparées de l’événement avec beaucoup d’émotion. Meriem Belkadhi a même versé quelques larmes sur le plateau de son émission « Tounes El Yaoum ». D’autres animateurs et chroniqueurs se sont mis en colère face à des invités désemparés qui ne trouvaient pas leurs mots.
Certes, l’événement est douloureux et tristes mais pourquoi un tel emportement de la part des présentateurs ? Ne faut-il pas garder son sang-froid dans de pareils cas ? Les animateurs et chroniqueurs sont tous les jours confrontés à de pareils accidents : mort des nouveau-nés à l’hôpital La Rabta, accident de la route des écoliers à Matmata, etc. S’ils devaient, à chaque fois, réagir de la sorte, la télé ne serait qu’un conclave de pleureurs. Les émotions doivent être contenues et reléguées au second plan. Le téléspectateur exige du professionnalisme et du sérieux dans le traitement de l’information et non des larmes de crocodile.
« Nûba » de Carthage + à El Hiwar
Le télé-crochet « Nûba talents» qui, comme son nom l’indique, propose de nouveaux talents dans un genre de musique populaire diffusé jusqu’à récemment sur Carthage +, a changé de cap. La semaine passée, on l’a découvert en prime time sur El Hiwar Ettounsi et on a failli ne pas reconnaître le produit tant l’habillage nouveau l’a transformé. En effet, de la tristounette émission que presque personne ne regardait sur Carthage+, « Nûba talents » a soudain pris des couleurs et de l’envergure sur El Hiwar Ettounsi, chaîne qui a du savoir-faire en matière de variété : décor, costume, présence des artistes sont réalisés avec beaucoup de professionnalisme, ce qui confère à ce télé-crochet une meilleure visibilité.
« Nous avons abandonné « Nûba talents » parce qu’il ne marche pas avec le « branding » (image de marque) de la chaîne » explique Lassâd Khedher, directeur de Carthage +. Ce qui signifie que cette chaîne privée, qui a annoncé avec fracas le démarrage de sa nouvelle grille de programmes, n’a pas bien réfléchi à ce qui convient à sa ligne éditoriale. En fait, que représente cette chaîne dans le paysage médiatique tunisien ? Quel est son apport ou son plus ? A part les habituelles émissions politiques de Moez Ben Gharbia — ce dernier officiait à Attessia avec ce même fonds de commerce — rien qui vaille la peine d’être vu sur cette chaîne dont l’audimat semble d’une pauvreté affligeante. Par conséquent, des émissions comme « Nûba talents » est une production coûteuse et mérite une meilleure visibilité.

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