Par Khaled TEBOURBI

Comme pour la « coranique » de Regueb, comme pour les nourissons d’Errabta, la fermeture imposée à la chaîne Nessma se présente en «affaire d’Etat».L’interdiction provient, certes,de la Haica, instance « constitutionnelle » et « indépendante» de régulation de l’audiovisuel. Seule habilitéé à en décider et à en exiger l’application. Le problème, néanmoins,est que cela choque presque tout le monde, aujourd’hui. Et que, pratiquement, personne n’y croit.
Les explications divergent, bien sûr. De « légalistes » à « complotistes ». De qui défend la primauté du droit, à qui ne jure que par la liberté de la presse. Mais toutes, plus ou moins, expriment de la suspicion.
Suspicion juridique :on met en doute la légalité de l’instance même : la Haïca est comme« en prorogation » à l’heure qu’il est. Valide ou pas, on ne sait. De plus,relève-t-on,elle siège en deçà de son  quota.
Suspicion politique, surtout. La chaîne Nessma a bien contrevenu au droit depuis près de quatre années maintenant. Elle tarde à souscrire à une obligation d’autorisation. Là, en conséquence, elle subit « une sanction en retour ». Le « hic »,néanmoins, est que Nessma est « située » dans l’opposition. Le « hic », aussi, est que son fondateur et leader,Nabil Karoui,est un rival sérieux pour les prochaines élections. Le « hic », encore,est que Nessma répond d’un « passif » avec le syndicat des journalistes et cette même Haica. Le « hic », encore et encore, est que la Haica n’est pas,forcément,à l’abri de «la pression » des partis ou du gouvernement. Pour preuve ,la réponse de son président,à propos de la chaîne « Ezzitouna ». « Également fautive,mais qui a un parti en soutien», a-t-il lâché. Pire qu’une bourde : l’aveu que dans toute cette affaire il n’y a pas l’once de l’once d’un souci du droit. Il n’y a qu’un rapport de force politique qui décide de qui va être contraint à l’arrêt et de qui va continuer à diffuser, allègrement, comme il l’entend.
Rien d’une Instance constitutionnelle ou indépendante, en fait. Tout d’une institution vidée de ses attributs.
Nombre de nos confrères ont dit leur désolation devant l’image d’une descente policière affichée, « surarmée », «surchargée », « surexcitée ». Il n’y a que les adversités politiques féroces qui mènent à cela.
Mais d’autres ont dit l’essentiel. Ils ont posé la seule et unique question valable,à notre avis. Nessma TV est en faute depuis 2015. Pourquoi avoir attendu tout ce temps et pourquoi la sanctionner juste aujourd’hui ?
A quelques jours du mois de Ramadan, a observé Lotfi Laâmari : le mois de la recette publicitaire par excellence; ce qui équivaut à une mise à l’agonie !!
En début de campagne et à quelques mois des élections ,qui plus est.
On règle bien des comptes, ici. Le droit ? Une parole de bien qui vise au mal. Plutôt une « affaire d’Etat », la fermeture de «Nessma», non !

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