Plus les années passent, plus études, constatations (scientifiques ou pas), théories conspirationistes infectent le web concernant  l’utilisation des écrans et des smartphones, devenus indispensables dans la vie de tous les jours. Ce qui est certain, c’est que ces engins, à la pointe de la technologie, nourissent depuis, près d’une décennie, individualisme, isolent et altèrent, voire modifient les relations humaines.

Jihed, 4 ans, est collé à son I-Pad pendant des heures, au bureau de son jeune papa Maher, la trentaine. Ce dernier, pris par le travail, doit en même temps le garder, le temps que son épouse arrive. Une scène ordinaire : le parent et l’enfant, absorbés par le tourbillon du quotidien… mais différemment. L’enfant obéit aux instructions de son papa, qui lui demande de se tenir tranquille : comment le neutraliser ? En lui ouvrant son jeu préféré sur son écran. Le petit est « envoûté » par ce divertissement le temps que le père termine ses besognes : le moyen le plus efficace, selon ce père, de contrôler l’agitation d’un enfant, à moins que ce dernier ne dorme.

Des parents qui s’inquiètent de l’utilisation de ces engins, c’est très fréquent et il le disent quotidiennement  : mais ils finissent par céder, autrement, en transmettant cette passion de la tablette à leurs gamins. Yasmine, trentenaire, le déclare : « Ça m’aide à m’occuper de la maison, à faire le ménage, à faire des courses : je surveille le contenu, bien entendu : ce que ma fille (2 ans) fait, à quoi elle joue, mais ce « truc » m’a souvent sauvé la vie. On est dans l’air du temps ! Les écrans nous envahissent. Il faut juste modérer son usage et s’adapter sans tomber dans les excès »,  se résigne la maman. Car si les enfants sont accros aux vidéos « comics » sur Youtube, à l’usage des plateformes de streaming virtuel, à des jeux comme « Hungry Bird » ou autres, les adultes peuvent aussi avoir leurs lubies virtuelles… étroitement liées aux réseaux sociaux comme Facebook et Instagram.

Des parents « tout public » 

De nos jours, on peut être « bloggueuse-maman », suivie par des milliers d’inconnus sur Instagram, précisément. Des milliers d’internautes assistent, en effet, à la naissance d’un bébé et le voient grandir chaque jour. A travers son profil, la maman s’adonne à des astuces « beauté », des conseils « bébé et enfants », fournit des adresses et coins attrayants pour son audience, interagit, et filme les premiers émois et pas de sa progéniture, et ce, 24h sur 24 en ligne. L’enfant est connu malgré lui, et devient l’enfant-public : il est exposé à différentes dérives, mais de nombreuses mamans qui vivent ainsi restent confiantes : ce qu’elles font, ce n’est pas seulement du divertissement, mais c’est en grande partie du commerce, elles en gagnent en partie leur vie, tout en faisant plaisir à des milliers de gens. N’empêche, ces mamans tombent souvent dans l’exhibition, exposent malgré elles leurs enfants à une forme de voyeurisme, mais déclarent, avec assurance,  leur bienveillance, valident aux yeux du monde entier leur rôle de parent amplement accompli, et étalent  leur présence permanente. La satisfaction à travers les écrans est amplement ressentie.

Un exemple qui casse avec les parents-bloggueurs, celui des parents normaux, qui usent des écrans, mais n’en font pas une double vie. Cela dit, ils sont inquiets quant à l’usage de leurs enfants-adolescents des smartphones : ils ont l’impression qu’ils n’en sortent pas. Sur le plan des études, sur le plan social, relationnel, divertissant, des journées entières se passent sur écran : les gamins-ados ne sortent pas, ne jouent plus dans de vrais espaces, ne communiquent pas avec les autres enfants de leur âge, usent très peu de leurs mains, sont de moins en moins dans la communication, sont empathiques, et sont souvent d’humeur  changeante, avec une concentration minimisée, y compris pendant les cours à l’école, où les écrans ne sont pas abolis. Leurs espaces sont désormais virtuels, inexistants réellement et l’impact psychologique d’un tel mode de consommation s’est révélé dangereux : il alimente dépression silencieuse et mal-de- vivre et crée de nouvelles émotions éphémères, superficielles, toxiques pour l’épanouissement de la personne.

Relativiser reste à l’ordre du jour : les écrans ont leurs innombrables avantages (on en tire bénéfice pour toutes courses quotidiennes) et rapprochent le contact. Un constat ressenti davantage récemment à l’ère de la Covid-19, des confinements et des couvre-feux qui ont eu lieu à répétition aux quatre coins du globe : travailler et étudier en ligne, faire ses courses à distance, être constamment en contact avec ses proches, faire du sport, se divertir. De 2 à 92 ans, personne ne passe désormais à côté : l’ère universelle 2.0, nous y sommes déjà et cela rime forcément avec changements drastiques des relations humaines et casse avec le mode de vie classique, moins pointu sur le plan technologique : en bien ou en mal, nous le verrons à long terme.

Charger plus d'articles
Charger plus par Haithem Haouel
Charger plus dans Magazine La Presse

Laisser un commentaire