Par Abdelmajid Sahnoun *

Dans une déclaration récente à l’Agence TAP, le ministre de la Santé, M. Faouzi Mehdi, a déclaré que la Tunisie avait adressé «des demandes pour l’acquisition de 5 millions de doses», susceptibles de couvrir ses besoins en vaccin contre le Covid-19.

On doit se féliciter d’une telle déclaration qui va dans le bon sens. Il est assez probable que les choses soient détaillées dans les jours qui viennent, car en l’état, les termes de cette déclaration, d’une importance majeure pour notre avenir, sont insuffisamment précis et peuvent prêter au doute.

On parle, en effet, de «demandes pour l’acquisition de doses de vaccins». Nous aurions préféré que l’on parle de «commandes» et même «de commandes fermes».

De même qu’il n’est pas mentionné quels est le (ou les) laboratoire fournisseur, non plus que la date à laquelle la livraison pourrait avoir lieu. Rien encore sur les dispositions prises en ce qui concerne l’acheminement des vaccins et leur conservation qui nécessitent un conditionnement particulier, rien enfin sur le mode d’administration et l’organisation envisagée qui doit aller de pair avec une arrivée imminente des vaccins ; toutes indications fournies par les pays qui se sont engagés dans la vaccination de leur population.

On doit de même observer que compte tenu de ce que l’ensemble des pays d’Europe, des Etats-Unis et d’Asie notamment qui, depuis plusieurs mois, ont passé précommandes et commandes fermes et payées d’avance, avec des dates de livraison qui s’étalent sur toute l’année 2021, on ne voit pas très bien quand les demandes de la Tunisie pourront être honorées.

En toute hypothèse, avec 5 millions de doses et à raison de deux doses par personne, ce serait semble-t-il une vaccination «a minima», réservée à une seule partie de la population, on suppose essentiellement la plus âgée, avec celle atteinte de maladies mettant en péril les facultés de résistance à ce terrible mal, ces populations étant généralement prioritaires.

Cela aurait pour conséquence de laisser exposées à la maladie les forces qui contribuent le plus à la production des richesses dans les domaines de l’agriculture, de l’artisanat, de l’industrie et des services.

Mais quoi qu’il en soit, une telle décision est louable sur le principe. Il faut, en effet, comme l’ensemble des pays développés, vacciner la population, y procéder sans retard et étendre la vaccination à l’ensemble de la population.

Pour encourager le gouvernement sur cette voie, il nous faut répondre à plusieurs questions.

– Le vaccin présente-t-il des risques pour ceux à qui il serait administré ?

Aucun des plus grands scientifiques ne peut dire aujourd’hui qu’il n’existe pas de risque, en particulier sur le moyen ou le long terme.

Mais tout le monde s’accorde à dire que le risque est minime et que l’urgence de la situation nécessite que l’on intervienne sans attendre de connaître les éventuels effets secondaires à échéance de 10 ou 20 ans, car notre économie déjà en souffrance, n’y survivrait pas.

Les plus grands pays du monde ont écarté le principe de précaution, qui conduit à l’immobilisme et à faire entrer les pays, qui l’adopteraient, vers les plus grandes catastrophes économiques, et ce, de façon certaine.

– Quel est le rapport bénéfice-risque ?

Le corona est en train de tuer directement et indirectement. Et si on ne le combat pas avec la meilleure et la seule arme, celle du vaccin, il poursuivra ses ravages dans la population inexorablement.

Le risque éventuel d’effets secondaires à l’administration du vaccin est sans commune mesure avec l’effondrement assuré de l’économie, si l’on n’avait pas pris cette décision de vacciner.

Chacun sait bien que si on n’arrête pas le virus dans sa sinistre besogne, l’économie tunisienne, aujourd’hui déjà en difficulté, s’effondrera.

Le tourisme, l’un des fleurons de notre économie, ne survivra pas longtemps à pareille situation et on se demande même si ce n’est pas déjà trop tard, pour nombre de l’ensemble hôtelier.

Les relations commerciales extérieures disparaîtront à leur tour, nul ne voudra commercer avec un pays qui est soumis à une terrible pandémie et qui refuserait de se donner les moyens de l’arrêter.

Il faut savoir que, d’ores et déjà, les compagnies d’aviation exigeront un certificat de vaccination pour tous ses voyageurs.

Ainsi, sans la mise en place d’une politique énergique de vaccination, la Tunisie s’isolerait et il est à craindre que s’accentuerait plus encore la fuite de nos cerveaux et de notre jeunesse vers des pays qui, compte tenu de la situation de danger sanitaire dans laquelle ils vivraient, verraient leur demande d’asile acceptée par l’ensemble des pays de l’espace Schengen.

Si on avait laissé les choses aller, on se trouverait dans une situation dans laquelle la Tunisie aurait du mal à se relever, avec au bout, une lourde responsabilité pour les politiques qui auraient livré le pays à la misère.

-Comment financer une telle opération ?

L’Europe s’est dit prête à aider la Tunisie financièrement dans l’acquisition du vaccin. L’OMS et même les laboratoires ont indiqué que tous les pays seront couverts par la vaccination.

Ainsi à la question faut-il vacciner ? Il n’y a qu’une seule réponse possible, «oui, il faut vacciner quoi qu’il en coûte !»

C’est dans cette voie que s’est engagé le gouvernement tunisien, il doit poursuivre et développer plus encore sa décision de vacciner, vitale pour l’avenir de notre pays.

Ancien haut fonctionnaire*

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