Le combat d’un fils

Farhat Hached, figure de la lutte nationale pour l’indépendance, a été assassiné il y a soixante-huit ans. L’Etat tunisien n’a rien fait, depuis, pour élucider son meurtre et dévoiler les commanditaires et les sbires qui ont commis ce forfait ignoble. Ni le ministère des Affaires étrangères sous Bourguiba ni le ministère de la Justice ne se sont investis pour faire la lumière sur ce crime d’Etat.      

Pourtant, tous les présidents tunisiens qui se sont succédé depuis l’indépendance lui ont réservé une commémoration et un hommage en tant que martyr. C’est tout. Motivé et galvanisé plus que jamais, son fils Noureddine a décidé de mener seul l’enquête sur l’assassinat de son père. C’est un combat qu’il mènera tout au long d’une vie. Poignant et inlassable, il est déterminé à identifier les meurtriers de son père qui l’ont achevé dans sa Simca noire, criblé de balles par la rafale d’un pistolet-mitrailleur Sten, au matin du 5 décembre 1952.  Il savait pourtant que ce n’était pas facile d’élucider un crime d’Etat dont la France refuse jusqu’à ce jour d’assumer la responsabilité. Mais lui, il ne s’arrêtera pas là. Il a continué à fouiner, à creuser dans les archives pour restaurer une mémoire qui n’est pas seulement celle de son père, mais aussi celle de tout un peuple. Aujourd’hui, il est à deux doigts de la vérité. Mais il a pris de l’âge et le déclassement des derniers dossiers classés secret d’Etat risque de prendre des années, voire des décennies. Et cela ne lui fait pas peur de mourir avant d’élucider l’affaire. Car il a transmis à ses enfants et à ses petits-enfants le devoir de continuer. Cette quête de la vérité n’est plus une mission exclusive, c’est un serment de famille. Voilà un bel engagement qui fait honneur à un martyr beaucoup plus que les commémorations. Car un martyr ne sera en paix que lorsque la vérité éclate au grand jour. De même pour Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, ce sont leurs amis fidèles et des membres de sa famille qui bataillent depuis des années pour faire toute la lumière sur leur assassinat. Ils ont apporté des preuves, donné des noms, tracé des pistes et pointé du doigt les commanditaires. Ils se sont heurtés à un système judiciaire sous la coupe d’un parti qui cherche à classer ces affaires étant donné que les exécutants ont été abattus. Mais tant qu’il y a des hommes et des femmes de la trempe de Noureddine Hached, ces martyrs finiront par connaître la quiétude car toute la lumière sera faite sur leur assassinat et les commanditaires finiront un jour par recevoir le châtiment approprié. C’est le meilleur moyen de rendre hommage à leur martyr. Et le combat de  Noureddine Hached est une leçon pour tous ceux qui sont épris de justice et de vérité.     

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