Les polémiques, les altercations répétées entre les députés suscitent davantage d’interrogations et d’indignation qu’elles n’apportent de réponses à une situation hors de contrôle !… Une  image brouillée s’est imposée à l’hémicycle quand celle de la majorité des acteurs est entachée d’un dérapage évident. Ainsi, le Parlement est-il aujourd’hui loin d’être moral ? Une chose est sûre : il héberge, voire chérit, des parties emblématiques. Des dérapages, aussi cruels soient-ils, participent à lui donner une certaine insipidité. 

C’est une institution qui vit sa propre crise, faute de pouvoir reposer sur un objectif : les a priori semblent plus qu’évidents dans le bras de fer qui oppose les différents blocs parlementaires. Samia Abbou, du Bloc démocratique, qualifie la Coalition Al-Karama de « branche politique d’organisations terroristes ». Le parti Echaâb accuse aussi la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement d’être à l’origine du blocage des propositions visant à améliorer le budget de l’Etat 2021.   

Mais l’opacité des faits laisse en suspens une question majeure : n’avait-on pas contribué, aussi bien par choix électoral que par maladresse, à l’installation de ce climat conflictuel et d’accusations réciproque à l’ARP ? Les éclats, que ce soit dans les coulisses, ou sous la Coupole du Bardo entachent de plus en plus l’image du Parlement. C’est le règne de l’énigme et de la confusion. La controverse et la défiance font la belle, draguent les esprits, serrent les cœurs et scellent les langues dans les bois. On entend et on voit de tout dans une étrange cacophonie. Si on parle, c’est comme sans savoir, et si on sait, c’est surtout sans parler. Laissant la place libre aux humeurs des uns et aux rumeurs des autres. Sans faire de parallèle, on peut tout de même penser que les instances concernées, et tout particulièrement le Président de la République, devraient participer à calmer les esprits. La situation est grave et risque d’entraîner de lourdes répercussions sur tout le paysage politique. Il y a tout un travail de prévention à mener. Mais encore faudrait-il se donner les moyens d’agir…

Reconnaissons cependant que les prémices de cette dégénérescence s’étaient manifestées de manière assez nette depuis quelque temps et que rien n’a été entrepris pour y faire face. Le discernement, la cohabitation et le respect de l’autre avaient commencé à pâlir et personne ne voulait en convenir. Par peur ? Par aveuglement ? Nous déplorons qu’il n’y ait eu personne pour l’avertir avant et pour rappeler à l’ordre après. L’institution parlementaire est beaucoup plus grande que tous les députés et tous les partis.

La relation entre élus du peuple s’est sensiblement dégradée. On ne saurait suffisamment l’exprimer, mais les rapports qui les unissent sont entrés dans une phase de décomposition. Les différentes parties s’amusent à se renvoyer l’ascenseur et à fuir ainsi leurs responsabilités. Pire que le désaccord et la guerre médiatique, c’est une stratégie de faiblesse, un aveu d’incompétence. Autant que cette perte sèche, c’est l’enclenchement pernicieux d’un mécanisme incontrôlable qui semble de plus en plus inopportun.

La politique d’enfermement et la fuite en avant des députés renvoient l’image d’un Parlement en rupture avec le peuple. On ne fait plus honneur à une institution qu’on semble de plus en plus gâcher sans y prendre garde. Ils sont tous allés trop loin. Mais ce n’est malheureusement pas une surprise. L’institution parlementaire s’est ainsi malheureusement entraînée dans une spirale à multiples facettes: morale, éthique, humaine. Et c’est dans les coulisses ouvertes à tous les vents autoprotecteurs que cela se passe.

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