La Tunisie et d’autres pays africains et sud-américains étaient dans le collimateur d’une société israélienne visant à influencer le débat politique et manipuler les élections, et ce, à travers la création de faux pages et comptes Facebook. Ce réseau mondial, qui a dévoilé cette affaire, annonce avoir désactivé 265 pages et comptes pilotés, tous, par cette société baptisée Archimedes Group.

«Certaines pages se présentaient comme étant la création d’acteurs locaux, voire comme des médias des pays concernés, et publiaient de prétendues informations confidentielles sur des hommes et des femmes politique», a précisé Facebook dans un communiqué largement relayé par la presse internationale, pour mettre en garde contre l’activité douteuse d’un grand nombre de pages et comptes voulant influencer le débat politique dans plusieurs pays dont la Tunisie.

Les contenus de ces 265 «faux comptes», qui ont été d’ailleurs supprimés par le réseau de Mark Zuckerberg, concernaient, en effet, la vie politique des pays visés, annonce Facebook, en pointant les «comportements inauthentiques» de leurs créateurs localisés «en Israël».

Le modus opérandi de ces faux utilisateurs est simple. Se faire passer pour des médias locaux et publier de soi-disant fuites concernant des personnalités politiques pour orienter et influencer le débat politique dans les pays concernés, dont la Tunisie, rappelons-le. «Ces différents comptes étaient liés à une entité commerciale israélienne, Archimedes Group qui a de façon répétée falsifié son identité et enfreint d’autres règles», a expliqué, dans ce sens, Nathaniel Gleicher, premier responsable de la cybersécurité à Facebook. «Cette firme israélienne et toutes ses filiales sont désormais bannies de Facebook», a-t-il poursuivi.

812.000 dollars dépensés

Toujours selon l’enquête menée par ce premier réseau mondial qui compte plus de deux milliards d’utilisateurs, les contenus incriminés se concentraient sur le Nigeria, le Sénégal, le Togo, l’Angola, le Niger et la Tunisie, mais touchaient également des pays d’Amérique latine et  d’Asie du sud-est. Ces contenus mettaient en avant des informations liées aux élections des différents pays, critiquant diverses personnalités politiques. D’ailleurs, environ 812.000 dollars ont été dépensés depuis 2012 pour des publicités liées à ces contenus, par le biais du service de sponsoring. «Nous avons identifié ces comptes et pages grâce à des enquêtes internes. Nous travaillons constamment pour détecter et stopper ce type d’activité, car nous ne voulons pas que nos services soient utilisés pour manipuler l’opinion», a encore indiqué Nathaniel Gleicher, cité par plusieurs agences de presse mondiales

Peu d’informations sont disponibles autour du groupe Archimedes Group, spécialisé dans le marketing politique. Mais selon le journal Le Monde, il s’agit «d’un groupe plutôt discret, voulant se présenter comme société fournisseuse d’outils électoraux, vendant notamment une suite logicielle, Archimedes Tarva, conçue pour la gestion de campagnes de masse sur les réseaux sociaux ou encore les opérations nécessitant un nombre illimité de comptes».

«Son PDG, Elinadav Heymann, a longtemps travaillé dans la politique. Après un passage dans l’armée de l’air israélienne, il a dirigé de Bruxelles le lobby pro-israélien European Friends of Israel, inactif depuis plusieurs années, et également travaillé comme consultant politique», a-t-on encore expliqué. Et d’ajouter qu’il a à plusieurs reprises défendu «les positions d’Israël sur la lutte contre le terrorisme et contre les appels au boycott de produits israéliens». En mars, il participait à l’Aipac Policy Conference, le grand rassemblement politique pro-israélien prisé par les conservateurs américains».

En Tunisie, l’enjeu est double 

Même si l’affaire ne concerne pas seulement notre pays, en Tunisie l’enjeu est double, étant donné qu’on s’y apprête à organiser les élections législative et la présidentielle. Quel est le nombre de faux pages et comptes qui s’activaient en Tunisie ? Quels contenus ont-ils diffusés ? Pour quel compte travaillaient-ils ? Quelles sont les parties politiques que cette société israélienne voulait appuyer et celles qu’elle entendait saboter ? Tant de questions mais peu de réponses. Le réseau mondial n’a pas fourni des données propres à chaque pays, mais s’est contenté de donner les grandes lignes de cette affaire qui s’annonce complexe.

Mais selon le journaliste américain Andy Carvin, ancien responsable à National Public Radio, principal réseau de radiodiffusion non commercial et de service public des États-Unis, il est question notamment de la page «Stop à la désinformation et aux mensonges», qui se présente comme un groupe de surveillance des médias luttant contre la désinformation en Tunisie. Il s’agit également de la page «les parasites de Tunis», créée en janvier dernier et suivie par 37 mille personnes. «Son principal objectif semblait être l’appel à la lutte contre la corruption».

Ces pages ne représentent, semble-t-il, qu’une partie limitée des ambitions et des plans voulant influencer le débat politique et les élections en Tunisie, à l’approche du scrutin électoral. Le contrôle des réseaux sociaux s’avère une simple illusion au vu du grand nombre de leurs utilisateurs et des données qui y circulent, mais leur régulation est exigée, d’autant plus que le défi est de taille : préserver les élections et éviter la manipulation des électeurs dans un pays en transition démocratique.

Il est à noter que selon les spécialistes en information et communication, les réseaux sociaux cachent une grande face de manipulation à travers la diffusion de fausses informations et de rumeurs, comme en témoignent les dernières élections américaines. Fin mars dernier, Facebook avait également annoncé la fermeture de milliers de pages «trompeuses» liées à la Russie et à l’Iran. Début mai, le groupe californien avait également supprimé plus d’une centaine de pages, groupes et comptes en Russie.

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