Farah Hached, juriste, a fondé au lendemain de la Révolution le Labo’ démocratique, une ONG qui a beaucoup réfléchi sur la gestion des archives du passé. Elle a présenté une communication pertinente sur la nécessité d’une véritable politique publique mémorielle en Tunisie au cours du séminaire sur « La mémoire comme garantie de non-répétition » organisé les 15 et 16 décembre par le Pnud, le Centre international de la justice transitionnelle et le Haut-commissariat des droits de l’homme des NU (voir La Presse d’hier).

Farah Hached fait un constat quant aux actions officielles décousues en rapport avec la mémoire observées depuis 2011, tel que le «Livre noir» de Moncef Marzouki, une compilation des archives de la présidence, ou le retour de la statue de Bourguiba sur l’artère centrale de Tunis au temps du président Béji Caïed Essebsi.

«On assiste à une fragmentation de la mémoire, avec l’émergence de plusieurs cultures mémorielles transmises dans les familles, certains partis politiques et plusieurs cercles sociaux, un morcellement, qui persiste, y compris après la fin des travaux de l’IVD», affirme Hached.

Et si la juriste appelle à la mise en place d’une politique publique mémorielle, c’est pour donner une lisibilité et une homogénéité aux différentes représentations du passé et non pas pour imposer une lecture partielle et partiale des violations et faits anciens. D’ailleurs, pour accomplir une telle mission, les autorités, préconise-t-elle, doivent revenir au travail de l’IVD mais également se faire aider par les victimes, leurs descendants, les « entrepreneurs de la mémoire », à savoir les ONG qui s’activent à propos de ce sujet, les spécialistes de la communication et de l’événementiel.

«Une politique publique mémorielle crée un environnement propice à la libre expression de toutes les mémoires. Car il y aura toujours des mémoires concurrentes, ce qui est normal en démocratie», préconise Farah Hached.

Pour la présidente du Labo démocratique, cette politique doit être portée par une autorité officielle, tel un ministère des Droits de l’homme, capable de dédier des ressources et des structures pour mettre en place une stratégie-mémoire. Deux aspects composent ce pilier de la justice transitionnelle, selon Hached : «Une partie statique qui veut graver une mémoire à travers des musées, des mémoriaux, l’accès aux archives et la révision des manuels scolaires. Et une partie dynamique, qui insufflerait des événements dans les sites de mémoire.

L’exploitation des archives d’une manière culturelle et artistique, à travers des expositions par exemple, et le développement de l’esprit critique dans la lecture et l’interprétation chez les écoliers font partie de cet aspect dynamique de toute politique publique mémorielle», explique la juriste.

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