En accueillant 2020, les Tunisiens ne savaient pas qu’ils allaient vivre l’une des années les plus exceptionnelles sur tous les plans. Pourtant, ils espéraient voir le pays se remettre sur les rails du développement, de la prospérité et de la stabilité. Sauf que, malheureusement, les mauvaises surprises étaient sans fin. Les Tunisiens étaient livrés au stress, à la peur et au désespoir. La crise sanitaire n’étant pas la seule cause.

Dès les premières semaines de l’année écoulée, les mauvaises nouvelles se succédaient, à commencer par la découverte du premier cas de coronavirus sur le sol tunisien et le début d’une situation pandémique, arrivant au déclenchement d’une crise économique sans précédent, passant par les informations portant sur des morts tragiques de plusieurs jeunes partis à la fleur de l’âge.

En effet, la Tunisie a connu des temps si difficiles en 2020 qu’à certains moments, on s’impatientait pour accueillir la nouvelle année dans l’ambition qu’elle soit nettement meilleure. Mais, sans aucun doute, cette année était lourde à porter à cause d’une pandémie qui a mis à mal le monde entier. Le deuil de ces centaines de milliers de morts du Covid-19 nous attristait tous, aucun leader mondial n’a su trouver les mots pour l’exprimer. La Tunisie n’échappait pas à ce contexte pandémique mondial, si elle a su éviter les lourdes conséquences de la première vague de la crise, la deuxième était tellement puissante que les morts et les cas de contamination sont comptés par milliers. Certes, cette crise a bouleversé le monde entier et a conduit au débordement des systèmes hospitaliers, mais en Tunisie, l’enjeu était double. La pandémie a déclenché une crise économique inédite, le gouvernement Mechichi était presque dans l’incapacité de faire adopter la loi de finances pour l’exercice 2021.

Instabilité sociale

Cette crise économique a à son tour déclenché une situation d’instabilité sociale. La colère dans les régions était palpable, les grèves générales régionales se succédaient, alors que l’Etat se trouvait, et l’est toujours, dans l’incapacité à répondre aux aspirations d’une population au bord de la révolte.

La crise d’El-Kamour, résolue au nom de la paix sociale,  était l’exemple frappant d’une situation sociale le moins qu’on puisse dire précaire. Si le gouvernement a pu mettre fin à cette prise d’otage de sites de production pétroliers déguisée en sit-in réclamant l’emploi, il n’a pas pu anticiper une vague de sit-in adoptant le même modus operandi paralysant la production nationale.

Car en effet, comme l’attestent plusieurs rapports d’organisations mondiales, les écarts constatés en termes d’éducation, de santé, de pauvreté, d’infrastructures ou encore d’accès à l’emploi ne cessent de s’amplifier entre, d’un côté, les régions côtières où se concentrent les compétences et opportunités économiques et, de l’autre, les régions intérieures peu industrialisées et cumulant les difficultés, ceci maintient la situation sociale du pays en perpétuelle tension.

Au fait, cette année était celle de toutes les protestations sociales. Ce ne sont pas seulement les chômeurs qui descendaient dans la rue. Plusieurs corps de métiers ont protesté tout au long de cette année, à commencer par les ouvriers de chantiers, arrivant aux juges et avocats passant par les médecins, journalistes, instituteurs et ingénieurs; bref, tout le monde exprimait son ras-le-bol au fil des jours d’une année qu’on veut tous oublier.

Querelles et tensions politiques

En présentant ses meilleurs vœux aux Tunisiens, le Président de la République, Kaïs Saïed, a reconnu que cette année 2020 était celle des querelles politiques interminables. Si pour lui, «la situation ne peut plus continuer de la sorte et qu’il était nécessaire de vacciner le système politique tunisien, en vue de répondre aux aspirations du peuple», pour les Tunisiens, la tension politique, parfois gratuite, enfonçait le clou. Et ce sont surtout les images d’un Parlement effrité livré à la violence et aux conflits qui ont choqué le plus. On se souvient, d’ailleurs, tous de ces images désolantes de sang coulé sous la coupole du Bardo lorsque des députés en sont venus aux mains.

Cette situation politique tendue trouvait son origine dans les négociations entravées portant sur la formation du gouvernement. Après l’échec d’Ennahdha à former son gouvernement, le gouvernement Fakhfakh est également tombé dans le cadre de soupçons de corruption et d’abus de pouvoir qui concernent l’ancien chef du gouvernement Elyes Fakhfakh. Depuis, et même avec l’installation du gouvernement Mechichi, la tension politique était palpable et l’absence de consensus et d’entente entre les trois présidences ne faisait qu’exaspérer les choses.

Ce contexte politique de divergence aurait également favorisé le retour de la menace terroriste et le passage à l’acte des terroristes. En effet, si la situation sécuritaire s’est nettement améliorée par rapport aux années antérieures, l’attentat terroriste d’Akouda à Sousse et la décapitation d’un jeune berger à Kasserine nous ont rappelé que la menace terroriste était toujours de mise.

Des morts tragiques, si douloureuses

Outre cette crise pandémique qui a mis à mal tout le pays, après avoir provoqué une situation socioéconomique déplorable, les Tunisiens ont été lourdement attristés, durant cette année, par des morts tragiques de jeunes partis à la fleur de l’âge. Certes, l’accident tragique d’un ascenseur ayant mis fin aux jours d’un jeune résident à l’hôpital de Jendouba nous a tous choqués, au point qu’on ne pouvait pas croire à une telle tragédie. On se souvient également de la mort d’une fille engloutie par une bouche d’égout à La Marsa. Quelques semaines après, une jeune étudiante avait trouvé le même sort à Enfidha à Sousse. A Sbeitla, un homme était également enterré vivant dans un kiosque où il dormait et que la municipalité avait décidé de démolir la nuit. Et à quelques jours de sa fin, 2020 a également emporté un jeune de 30 ans dont le véhicule était tombé dans un trou rempli d’eau, à Tunis.

Les drames se suivaient malheureusement et se ressemblaient tous dans un pays qui traversait une crise morale sans précédent. Bouches d’égouts, cage d’ascenseur, trous béants, des jeunes ont soudainement trouvé un sort tragique en 2020, une année à oublier. Pourvu que 2021 nous fasse vite oublier cette année douloureuse.

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Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
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