Au bord de l’implosion, le parti Ennahdha veut-il ouvrir un nouveau front ? Si c’est le cas, le mouvement de Rached Ghannouchi doit faire tous ses calculs politiques avant de se hasarder dans une telle aventure. En effet, la tension était toujours palpable entre la Centrale syndicale et le parti Ennahdha, une situation qui s’explique par plusieurs facteurs, notamment de nature politique.

Mais aujourd’hui, la confrontation est sur le point d’être annoncée, d’autant plus que les dirigeants, des deux côtés, commençaient à s’échanger les accusations. En tout cas, nul ne peut sortir gagnant d’un tel conflit, notamment à l’approche de la tenue d’un dialogue national qui porte les espoirs de toute la classe politique, mais aussi des Tunisiens de voir le bout du tunnel de cette crise étouffante.

Au fait, la tension était toujours palpable entre l’Union générale tunisienne du travail et le parti Ennahdha sur fond de différends politiques qui remontent à 2012, lorsque le siège de la centrale syndicale avait été pris pour cible par les membres de la Ligue de protection de la révolution, un groupe proche d’Ennahdha, et dont les principales figures s’activent actuellement sous le couvert de la Coalition Al-Karama, principal allié du mouvement de Rached Ghannouchi. Donc cette tension ne date pas d’aujourd’hui, elle marque la continuité des relations peu amicales tantôt exprimées.

Sauf que depuis les incidents de violence sous la coupole du Bardo, et avec la montée en puissance d’un discours hostile à la Centrale syndicale, adopté notamment par Al-Karama, une formation politique que l’Ugtt considère comme «pare-chocs » du parti islamiste, rien ne va plus entre les deux parties. D’ailleurs, le célèbre communiqué publié par l’Ugtt sur fond des incidents de violence à l’ARP officialise cette rupture et annonce une confrontation ouverte à quelques semaines de la tenue du dialogue national, initiative de l’Union de Farhat Hached. Haussant le ton face à ce qu’elle appelait la protection de la Coalition Al-Karama, l’Ugtt avait ouvertement accusé Ennahdha de couvrir politiquement le « bloc des bandits », appelant les différents partis soutenant cette coalition à assumer leur responsabilité concernant leur appui tacite à la violence.

Echange d’accusations 

Mais aussi du côté d’Ennahdha, on a opté pour l’escalade. Récemment, ce sont les propos de Abdelkrim Harouni,  président du conseil de la Choura d’Ennahdha, qui en disent plus. En effet, s’exprimant dans des déclarations médiatiques, Harouni a accusé, implicitement, l’Ugtt d’être à l’origine de l’actuelle perturbation sociale, l’appelant à « suspendre toutes les grèves et donner la priorité au dialogue national ». Autrement dit, pour Harouni, l’Ugtt doit en finir avec le parrainage des protestations sociales et notamment des grèves régionales en vue de créer un climat propice à ce dialogue national.

Sauf qu’avant de penser au climat social, dans lequel doit se tenir cette initiative de dialogue national, il faut aussi se pencher sur l’atmosphère politique qui précède ce rendez-vous qui s’annonce crucial pour tout le pays. Or, dans cette ambiance d’échange d’accusations, entre les différentes parties impliquées, dont notamment la centrale syndicale et Ennahdha, ce dialogue national ne parviendra pas à porter ses fruits politiques, économiques et sociaux.

Mais actuellement, nous sommes très loin de l’entente politique, pire encore, tout le monde préfère opter pour l’escalade, ce qui donne lieu à une guerre médiatique. Hier, durant la même journée, Sami Tahri, deuxième figure de la Centrale syndicale, a accusé le parti de Rached Ghannouchi de vouloir carrément « infiltrer » l’Ugtt en « créant des syndicats parallèles et en lançant des campagnes diffamatoires contre la centrale syndicale ». « Ennahdha tente de créer des syndicats parallèles pour affaiblir la centrale syndicale, notamment dans les secteurs de l’éducation, la santé et la justice », a-t-il expliqué, dans des déclarations médiatiques, rappelant que les campagnes de diffamation contre l’Ugtt relèvent de pratiques anciennes et que même l’ancien régime n’a pu faire tomber l’union des travailleurs.

Ghannouchi, le double jeu ?

Pourtant, en recevant, dernièrement, le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, le président de l’Assemblée des représentants du peuple Rached Ghannouchi avait félicité la centrale syndicale pour ses efforts. En outre, il a salué la volonté de l’Ugtt de faire participer les jeunes à ce dialogue, en notant la nécessité que cela se fasse au sein de structures et d’organisations actives et efficaces sur la scène nationale, de manière à garantir la réalisation des objectifs souhaités de ce dialogue.

Mais du côté  d’Ennahdha, on ne voit pas les choses de la même manière, notamment en ce qui concerne la participation des jeunes à cette initiative, une condition posée par le chef de l’Etat, Kaïs Saïed.

En effet, Harouni, devenu le bras droit de Rached Ghannouchi, considère que certains « essayent d’instrumentaliser ces jeunes », puisqu’il s’agit « d’une occasion de permettre à ces jeunes d’adhérer aux organisations nationales, mais que les coordinations ne représentent pas le peuple ». Un pied au Bardo, un autre à Montplaisir, Rached Ghannouchi mène-t-il un double jeu politique ? Parvient-il à contrôler la prise de position au sein de sa structure politique ? Pas si sûr.

En tout cas, nul ne doute que ce contexte politique tendu entre Ennahdha et l’Ugtt ne fait qu’affaiblir les chances de voir le dialogue national parvenir à ses objectifs, d’autant plus que la situation politique dans le pays reste précaire et ouverte à tous les scénarios.

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