Le commerce parallèle a la peau dure. Malgré les rondes de contrôle effectuées par les services compétents, les vendeurs à la sauvette sont presque partout en Tunisie. Ils font entrer des marchandises en provenance de Libye notamment – mais fabriqués dans les pays asiatiques – pour les écouler sur notre sol. Leur cible préférée est la classe moyenne qui est toujours à la recherche d’un produit à la portée de la bourse. Pour pouvoir acheter leur marchandise, les contrebandiers ont besoin de devises qui sont échangées avec le dinar tunisien souvent d’une façon clandestine et non autorisée. C’est pour cela, d’ailleurs, que le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a appelé, récemment, à mettre en œuvre la loi relative aux crimes de change, et ce, dans le but de lutter contre l’économie parallèle qui a investi tout le territoire tunisien et se développe à vue d’œil.
Les industriels tunisiens et les commerçants se sont toujours plaints du commerce parallèle vu ses effets néfastes sur le tissu économique. En plus, ils ne contribuent nullement à la croissance dans la mesure où ils ne paient pas d’impôts qui sont la base des fonds propres de l’Etat. Ils détiennent, par-dessus tout, une importante quantité de devises obtenues de façon détournée, sans passer, en tout cas, par la BCT. Les avoirs en devises détenus par la Banque Centrale sont maigres et la valeur du dinar ne cesse de se déprécier par rapport au dollar et à l’euro, nos principales devises d’échange avec l’extérieur.

4 milliards circulent dans la rue !
Le volume des échanges financiers en dehors des circuits formels est estimé à 4 milliards. Ce montant aurait pu être injecté dans le commerce organisé pour en faire profiter l’économie nationale, mais les contrebandiers ont décidé de travailler dans le circuit parallèle pour fuir le fisc et les diverses charges à payer dont celle de la sécurité sociale. En fait, les travailleurs dans ce commerce parallèle sont livrés à eux-mêmes, ne bénéficiant d’aucun avantage, ni couverture sociale. Ils sont payés en fonction des efforts déployés et des résultats obtenus par la vente des produits de consommation.
En décembre 2018, la BCT avait publié une circulaire relative aux établissements de paiement qui sont les mécanismes stratégiques pour absorber l’argent du secteur informel. Encore faut-il encourager les opérateurs du commerce parallèle à s’intégrer dans l’économie formelle pour qu’ils régularisent leur situation fiscale et pratiquent une concurrence loyale dans le cadre de la transparence. Il n’est pas normal, en effet, que les industriels et les commerçants du secteur formel paient plusieurs charges alors que les autres, qui travaillent en toute impunité dans le noir, ne déboursent pas un millime au profit des services publics.
Fayçal Derbel, conseiller auprès du chef du gouvernement chargé de la fiscalité, ne dit pas autre chose lorsqu’il soutient que la préservation de l’équilibre économique et la pérennité de l’entreprise passent forcément par l’imposition d’une fiscalité équitable donnant les moyens à l’entreprise d’être plus compétitive. L’objectif consiste aussi à lutter efficacement contre le secteur parallèle même s’il fait travailler de nombreux jeunes sans emploi.

Partir sur des bases solides
Mustapha Kamel Nabli, ex-gouverneur de la BCT, a aussi son mot à dire au sujet de l’équilibre de l’économie tunisienne et la lutte contre le commerce parallèle. Pour assainir la situation, selon ses dires, il est nécessaire d’avoir une vision prospective basée essentiellement sur la réforme politique, l’amélioration de la gouvernance et la valorisation des compétences. Il a lancé un appel en vue d’instaurer un pacte national sur les choix et les grandes réformes économiques et sociales à engager pour atteindre les objectifs fixés. A notre sens, la diminution de la pression de la fiscalité qui doit être étendue à tous les secteurs et activités pourrait inciter les chefs d’entreprise à s’acquitter de leur devoir envers la direction des impôts en payant, dans les délais impartis, leur contribution fiscale.
D’ailleurs, Mongi Rahoui, président de la commission des finances à l’Assemblée des représentants du peuple, soutient que le climat des affaires et des finances en Tunisie doit être imprégné de transparence et de confiance entre les décideurs et les différents opérateurs économiques. D’où la nécessité d’asseoir une fiscalité équitable. A noter que l’économie informelle trouve presque chaque jour de nouveaux adeptes même parmi les agriculteurs et les éleveurs qui préfèrent vendre leurs produits directement aux consommateurs sans passer par le marché de gros. Selon eux, le transport de la marchandise vers les lieux de vente et les mandataires font augmenter les prix pour parvenir aux consommateurs avec deux ou trois fois son prix initial.
L’abattage clandestin des ovins et bovins est devenu également un fait anodin chez nous puisque plusieurs éleveurs ne se privent pas d’abattre leur cheptel à l’abri des regards indiscrets et dans des conditions d’hygiène douteuses pour vendre leur produit sur les routes à des prix moins chers que ceux pratiqués par les bouchers du secteur formel.
Du travail reste donc à faire pour rappeler à l’ordre les opérateurs du secteur informel et les inviter à prendre leur place dans le secteur formel pour rendre le marché plus réglementé conformément à la loi en vigueur et dans l’intérêt de tout le monde, à savoir le producteur, le commerçant, l’administration et le consommateur.

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