Dans le foisonnement intense des associations nées au lendemain de la révolution, en Tunisie, il est extrêmement difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie. Déceler celles qui font un travail utile, pertinent, ne répondent à aucun dessein caché, ne sont pas là pour l’esbroufe et le show off et se concentrent sur un domaine précis, nécessitant une aide ciblée, existent, fort heureusement, mais ne constituent pas toujours la majorité. Parmi celles-ci, nous avons rencontré Darna. Darna, association d’aide aux enfants sans soutien familial, est née du constat d’une situation, d’une faille dans la politique de protection de l’enfance et de la volonté d’un groupe d’amis ayant déjà une solide expérience du milieu associatif.
Nous avons rencontré le jeune responsable de cette association, Elyes Boussaâ. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Qui êtes- vous Elyes Boussaâ ? Quel est votre parcours ? Vos activités en dehors du monde associatif ?

J’ai 41 ans, marié et père de 2 garçons. Après le bac, j’ai fait l’école Estienne des arts et industries graphiques à Paris. J’occupe le poste de directeur de production au sein de l’imprimerie familiale, créée par mon père depuis plus de 40 ans.

Un tel engagement au profit de l’enfance requiert toujours un élément déclencheur : un penchant personnel, un événement fortuit, une expérience heureuse ou malheureuse. Qu’est- ce que cela a été pour vous ?

J’ai commencé le travail associatif avant la révolution en intégrant le Rotaract club puis le Lion’s club. En mars 2011, j’ai créé, avec un groupe d’amis, l’association 1 enfant, 1 espoir. Deux événements majeurs m’ont poussé à lancer l’association Darna, le décès de mon père en décembre 2013 et la naissance de mon premier enfant en mars 2014. Je me suis décidé alors à lancer, avec des membres de ma famille et amis, une association pour les enfants sans soutien familial.

Darna a aujourd’hui quelques années. Pouvez- vous déjà regarder en arrière et faire un bilan ?

41 bébés et 6 enfants sont passés par Darna depuis nos débuts. Les enfants accueillis depuis 2014 ont beaucoup évolué et les plus grands (17 ans) commencent à dessiner un vrai projet de vie grâce notamment à l’accompagnement de notre psychologue. Le nombre réduit d’enfants par maison nous permet un programme personnalisé pour chacun (suivi scolaire, médical, activités, etc.). Pour les bébés, ils sont également dans de très bonnes conditions de prise en charge et la sortie pour adoption, kafela ou retour chez la maman biologique se passent avec une période de passation. Une chose est sûre, on sera toujours là pour eux…

La Tunisie post-révolutionnaire compte des milliers d’associations. En quoi la vôtre parvient-elle à se distinguer ?

Je pars du principe qu’il ne faut jamais hiérarchiser les détresses et les causes pour lesquelles œuvrent toutes les associations. Et si je pouvais, j’aiderais toutes les associations. Notre modèle est particulier car nous avons fait le choix à Darna de limiter le nombre d’enfants par maison à 3 pour qu’ils développent des relations fraternelles et que leur quotidien ressemble le plus possible à une vraie famille où chaque enfant aura une place prépondérante.

Nous avons fait le choix d’accueillir les enfants de Darna dans un environnement familial protecteur, nécessaire à leur construction psychologique. Nous essayons de leur offrir les meilleures conditions possibles pour qu’ils se développent malgré l’absence des parents biologiques. La présence de la maman de substitution permet de combler le manque d’affection, d’attention et de sécurité ressenti par ces enfants fragiles.

Autre particularité de notre association : les enfants de Darna sont assurés d’être accompagnés jusqu’à leur autonomie sociale et professionnelle. Cet engagement à long terme pris par l’association est possible grâce à la disponibilité, la compétence et l’investissement affectif de chacun des professionnels qui nous accompagnent.

Darna a-t-elle entamé des accords et des collaborations avec d’autres structures et d’autres associations ? Est-elle soutenue par l’Etat ?

On travaille en étroite collaboration avec l’Institut national de protection de l’enfance avec lequel on échange souvent pour le meilleur de nos enfants.

On essaye aussi de coordonner avec d’autres associations et notamment l’association Amal pour la mère et l’enfant pour certains cas.

Darna est-elle un label spécifiquement tunisien ou existe-t-elle dans d’autres pays ?

On vient de lancer une association de droit français : Darna France qui a pour but de faire connaître Darna auprès de la diaspora tunisienne en Europe et dans le monde mais aussi auprès des institutions et ONG internationales. On compte également lancer Darna au Canada prochainement.

Vos projets immédiats?

L’objectif de Darna est d’ouvrir une nouvelle maison à Tunis pouvant accueillir 3 enfants en 2021, puis d’autres maisons dans d’autres gouvernorats, les années suivantes, grâce aux soutiens de nos parrains, donateurs et partenaires (fondations, et associations) depuis la Tunisie, la France et l’Europe

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