Par Abdelmajid SAHNOUN(*)

Le 14 janvier, la Tunisie fêtera les 10 ans de son entrée en démocratie, alors que le pays traverse une des plus graves crises de son histoire contemporaine. Un triste anniversaire avec déjà des milliers de morts par le virus Corona, auquel viendra s’ajouter, si l’on ne réagit pas rapidement,  un désastre économique plus grave encore, susceptible d’emporter le pays tout entier. Appréhension injustifiée, diront les plus optimistes, mais la situation n’est guère rassurante pour la plupart des Tunisiens, d’autant que les informations sur les dispositions prises par les autorités compétentes pour y faire face, sont délivrées avec parcimonie et souvent avec une certaine imprécision.

Une insuffisance de transparence qui nourrit l’inquiétude, préjudiciable pour l’image d’une démocratie naissante unique dans son genre, bien qu’elle soit due à des circonstances exceptionnelles.

Pour autant et si le principe de la vaccination que nous avons appelé de nos vœux (in «La Presse du 3/12/2020) ne fait plus de doute, c’est la mise en œuvre qui pose désormais problème.

Un contrat a été récemment signé entre la Tunisie et les laboratoires Pfizer et BioNtech pour l’acquisition de deux millions de doses avec le premier et quatre millions de doses avec le second. Les premiers lots seront importés en Tunisie «au cours de l’année 2021  après obtention de tous les accords nécessaires», ou, selon certaines sources, «Le plus tôt possible, à une date qui varierait entre le printemps et l’été 2021».

Compte tenu de la population à vacciner, on observe en premier lieu que les quantités commandées sont insuffisantes, si l’on tient compte des délais nécessaires pour être livrées. Par ailleurs, le contrat contient semble-t-il des clauses de livraison conditionnelles avec des dates de livraison imprécises, alors que nous sommes dans l’extrême urgence pour mettre sans délai les Tunisiens à l’abri de ce terrible virus et pour permettre à l’économie de redémarrer au plus vite.

Sur la mise en place de la stratégie de vaccination à proprement parler, s’est tenue le 8 janvier 2021, sous la  présidence du ministre de la Santé, M. Faouzi Mahdi, une réunion avec en particulier les représentants du secteur privé, au cours de laquelle il a été précisé qu’un centre de vaccination sera créé dans chaque gouvernorat, le but étant de vacciner 50% de la population.

Des informations qui montrent que les choses progressent, mais à un rythme qui, selon les prévisions les plus optimistes, laissera le virus poursuivre sa course mortifère au moins encore une année, avant que la vaccination ne soit réalisée et produise ses effets.

Difficile de dire dans quel état sera alors la Tunisie tant au plan sanitaire qu’économique. Nous sommes certes tributaires des laboratoires qui produisent les vaccins et qui doivent honorer les nombreuses commandes passées antérieurement à la nôtre.

«Le premier par le temps est le premier

par le droit»

Peut-être payons-nous nos hésitations, mais en politique rien n’est jamais perdu d’avance. Les démocraties occidentales (Europe-USA) qui se sont prévalues de la révolution du jasmin comme d’un exemple pour le monde arabe ; la Chine, la Russie et tous les pays amis de la Tunisie ne seraient-elles pas en mesure de prêter main forte à notre pays pour accélérer les choses et aider la Tunisie à sortir de ce mauvais pas sans  tarder ?

Peut-être alors que le prestige et l‘autorité de notre Président pourraient influer sur ces pays pour y parvenir, afin que ce dixième anniversaire de la révolution soit le dernier à être de tristesse et d’angoisse. Tel est l’objet de la mission confiée vendredi soir par le Président au ministre des Affaires étrangères.

(*)Ancien haut fonctionnaire

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Un commentaire

  1. MaRx

    12/01/2021 à 07:14

    Encore une fois, une guerre en retard ! Les vaccinations ont ou vont commencer partout dans le monde et même au Moyen-Orient

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