Pour certains, ces scènes de chaos ne font qu’exprimer un malaise social généralisé face à la dégradation de la situation socioéconomique du pays, alors que pour d’autres, il ne s’agit que d’actes de pillage, de violence inexpliquée et de vandalisme qui mettent en péril la sécurité du pays et la paix sociale. Perdu entre ces deux thèses, c’est le pays qui continue à payer le prix fort de politiques défaillantes.


Des nuits d’affilée, la Tunisie a connu des troubles nocturnes devenus habituels en ce mois de janvier. Violence, affrontements avec les forces sécuritaires, saccage et pillage de commerces, de grandes surfaces, d’un bureau de poste et d’une agence bancaire, dans plusieurs quartiers relevant de divers gouvernorats, des jeunes sont sortis simultanément dans la rue défiant les dispositions du couvre-feu et du confinement général décrété depuis jeudi dernier.

Les images sont presque les mêmes dans les différents gouvernorats du Grand-Tunis, de Kasserine, de Sousse, de Siliana, du Kef, de Mahdia, de Kairouan, de Béja, de Gafsa, et autres, des jeunes qui prennent d’assaut la rue et qui entrent en violents affrontements avec les forces de l’ordre qui étaient déployées sur tous les fronts.

Sous le couvert de protestations populaires, ces jeunes ont en effet occupé durant les  nuits précédentes la rue pour semer le chaos et s’attaquer à différents commerces, les grandes surfaces surtout dans leur collimateur. D’ailleurs, le ministère de l’Intérieur a été clair à ce sujet, ces troubles nocturnes n’ont aucun lien avec les protestations populaires légitimes, autrement ces jeunes n’auraient pas choisi la tombée de la nuit pour s’activer. Walid Hakima, porte-parole de la Direction générale de la sécurité nationale au ministère de l’Intérieur, a confirmé, dans ce sens, que les émeutiers visaient particulièrement les biens publics et privés. «Le ministère de l’Intérieur respecte le droit de manifester mais s’opposera fortement aux mouvements de saccage et de pillage qui ont visé des agences bancaires et des entrepôts municipaux», a-t-il martelé. Et d’appeler les familles à encadrer ces jeunes pour prévenir ce genre d’incidents qui mettent en péril la paix sociale.

Le bilan de ces nuits d’émeutes, présenté par le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khaled Hayouni, fait état de l’arrestation de 632 jeunes dont la plupart sont des mineurs, alors que dix agents de sécurité ont été blessés et une dizaine de magasins, grandes surfaces et entrepôts ont été pillés et saccagés, causant de considérables dégâts matériels. Toujours selon Khaled Hayouni, les forces de sécurité nationale et de la Garde nationale ont pu répondre efficacement aux tentatives de pillage de biens publics et privés lors de ces émeutes dans les différentes régions du pays.

Explication socioéconomique ?

Expliquer ces troubles et mouvements nocturnes simplement par ces actes de pillage et ces comportements des casseurs à condamner s’avère insuffisant. Ces violences interviennent dans un contexte de problèmes socioéconomiques, aggravés par la crise sanitaire et un contexte d’instabilité, le dernier remaniement d’envergure témoigne de ce contexte perturbé. Si une large partie de ces troubles visaient en effet le pillage des commerces et des grandes surfaces, on ne peut pas nier le fait que la population tunisienne est en effervescence face à l’aggravation  de la situation socioéconomique du pays. L’annonce d’un confinement général puis ciblé semble également avoir enfoncé le clou. De nombreux travailleurs se trouvent dans l’incapacité d’exercer leurs métiers, ce qui est synonyme de perte de revenus quotidiens.

Cette situation a fait que ces mouvements protestataires simultanés se transforment en des formes de pillage, de violence et d’affrontements avec les forces sécuritaires, la population, notamment dans les quartiers démunis et populaires qui se trouvent de plus en plus appauvris et dans la précarité. Selon une explication sécuritaire, cette situation confirme également que la Tunisie se trouve toujours dans une phase délicate ouverte à tous les scénarios, d’autant plus que la crise économique et sociale ne fait que commencer.

Cependant, pour certains observateurs, ces scènes de chaos seraient également instrumentalisées à des fins politiques. Mokhtar Ben Nasser, président de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, est de cet avis, il pense que des parties politiques qui se trouvent en dehors des cercles du pouvoir exploitent ces troubles à des fins politiques. «Les protestations légitimes doivent être organisées pendant le jour et à visage découvert, ce sont des mouvements de pillage et de vandalisme encouragés par des parties qui ne se trouvent pas au pouvoir», a-t-il expliqué.

Or pour d’autres, ces troubles nocturnes ne font qu’exprimer un malaise social généralisé qui coïncide chaque année avec la commémoration de l’anniversaire de la révolution. Dix ans après, cette date symbolique, même si elle est devenue insensée pour certains Tunisiens, explique aussi ces mouvements de troubles nocturnes. Notons également que des protestations populaires ont eu lieu récemment pendant le jour. Les Tunisiens sont, semble-t-il, nostalgiques de ces moments de déstabilisation sociale observés pendant les événements du 14 janvier.

N’empêche que durant cette première décennie post-révolution, le faible rendement de toute la classe politique en Tunisie est également à l’origine de ces crises et maux sociaux interminables qui ne cessent de surgir au moindre incident. Il ne faut pas oublier que ces troubles sociaux ont éclaté à Siliana sur fond de l’agression d’un berger par la police municipale.

Quoi qu’il en soit, les différents partis politiques et les organisations nationales étaient unanimes à condamner ces actes de vandalisme, mais pour la Centrale syndicale, c’est le mutisme des autorités face à ces événements qui inquiète le plus. Dans un communiqué rendu public hier, l’Union générale tunisienne du travail dit comprendre la colère de ces jeunes, les appelant à éviter les protestations pendant la nuit pour prévenir tout acte de vandalisme.

Pour l’Ugtt, ces événements étaient prévisibles. Elle a rappelé qu’à maintes reprises, elle a mis en garde contre une explosion sociale. L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) n’est pas du même avis. Pour elle, ces troubles n’ont aucun lien avec les mouvements de protestation pacifiques, mettant en garde contre tout risque d’explosion de la situation et appelant à appliquer fermement la loi à tous.

Notons que différents partis, dont notamment Ennahdha et le Parti destourien libre (PDL), ont également dénoncé ces actes de violence et ont appelé le gouvernement à révéler les parties qui sont derrière.

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Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
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Un commentaire

  1. aghioul

    19/01/2021 à 14:37

    Avant de donner la liberté d’expression a un peuple il faut l éduquer

    Répondre

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