La majorité parlementaire pousse vers l’application desdites mesures. Pendant que l’opposition y voit une volonté affichée de mainmise sur les travaux de l’Assemblée. Une OPA qui vide, selon eux, la Chambre législative de ses pouvoirs, et, notamment la plénière, pour les concéder au Bureau. Lequel, à la faveur de ce nouveau protocole, déciderait de tout.


L’examen des nouvelles procédures devant organiser le fonctionnement de l’Assemblée, en lien avec la situation sanitaire exceptionnelle, s’est tenu hier au palais du Bardo, dans le cadre d’un déroulé chaotique à loisir. Une séance publique qui n’a pas dérogé à la règle, composée des ingrédients habituels. Un déferlement désordonné de points d’ordre, des prises de parole hors micro, des échanges d’insultes entre les élus et à l’endroit du président de la séance, Tarek el Fetiti. Et, enfin, des suspensions répétées. Avant de se pencher sur ce nouveau protocole, même l’ordre du jour a fait l’objet d’un bras de fer serré.

Hier, l’hémicycle est devenu le lieu d’une confrontation de tous sur tout, partant des grandes questions aux petits détails d’intendance. Ajouter de points complémentaires au menu de la séance ou bien non. Voter par groupe parlementaire ou bien tous les élus présents. Mais encore, désaccord autour de la qualification des mouvements nocturnes qui agitent certains quartiers et villes du pays. Des actes de pillage et de saccage pour les uns. Protestations légitimes, pour les autres. Audition urgente du Chef du gouvernement ici et maintenant pour les uns. Une procédure compliquée devant suivre des règles définies pour les autres. Obéir aux recommandations préconisées par le Conseil scientifique qui a inspecté le Palais du Bardo. « Rester chez soi, pendant que les Tunisiens se bousculent dans les transports publics et affrontent la mort, non et non». Dans ce brouhaha, les indépendants, au nombre de 26, ont mené de leur côté leur petite fronde, s’estimant lésés par certaines dispositions. Une impasse !

Des restrictions sanitaires très sévères partout

Après le vote avec 91 voix pour, 3 abstentions et 3 contre, le deuxième vice-président a réussi à grand-peine, usant de sa voix, du marteau et brandissant le règlement intérieur, à passer au débat général. Les présidents des groupes ont développé leurs arguments. Il en ressort que les élus de la majorité parlementaire poussent vers l’application desdites mesures. Pendant que ceux de l’opposition y voient une volonté affichée de mainmise sur l’Assemblée. Une OPA qui vide, selon eux, la Chambre législative de ses pouvoirs, et, notamment, la plénière, pour les concéder au Bureau. Lequel, à la faveur de ce nouveau protocole, déciderait de tout.

Les mesures dites exceptionnelles et détaillées dont nous avons pris connaissance organisent les travaux de l’Assemblée dans le respect d’un protocole sanitaire plus drastique, certes, mais permet son fonctionnement en mode ralenti. Le monde entier a subi de plein fouet les conséquences de la pandémie. Le monde entier applique des restrictions sanitaires sévères qui vont en s’accentuant de pays en pays. Des chefs d’Etat organisent des réunions à distance. Pourquoi pas le Bardo ?

Emporté par le virus

Sachant que l’Assemblée est devenue un moment donné un véritable cluster. Plusieurs représentants du peuple ont attrapé le Covid-19 et en sont sortis indemnes. Mais pas Mabrouk Khachnaoui qui n’a pas eu cette chance. Le député de  Qalb Tounès a été emporté la semaine dernière par le virus.

A supposer maintenant que le bureau de l’Assemblée développe une certaine propension à l’hégémonie, hormis les élus de la majorité qui le composent, on compte dans cette instance Abir Moussi, Mabrouk Korchid, Hafedh Zouari, Khaled Krichi et Samia Abbou, qui, évidemment, pour des raisons de santé, n’y siège pas pour le moment. Mais les autres, oui. Et s’ils constatent un outrepassement des prérogatives, ils ont plusieurs recours à leur disposition. Sans parler des instances de contrôle formelles et informelles dont les journalistes, la société civile et l’opinion publique.

Pourquoi tout rejeter en bloc alors que l’Organisation mondiale de la santé n’arrête pas de mettre en garde tous les pays, notamment ceux qui gèrent mal la propagation du virus, dont la Tunisie, d’instaurer des mesures plus strictes. Faute de quoi les systèmes de santé rudement mis à l’épreuve risquent de complètement s’écrouler.

Au lieu de perdre une journée, comme c’était le cas hier, à déblatérer sans résultat, il aurait fallu mesurer l’urgence de la situation. Le député indépendant Issam Bargougui s’est adressé à ses collègues en ces termes : « Vous ne voulez pas travailler à distance ? leur lance-t-il, révolté, il y a pourtant des choses à faire dans vos régions et circonscriptions. Visiter les établissements hospitaliers, écouter les doléances des citoyens, intervenir auprès des responsables, etc. »

Au-delà des divergences qui sont courantes, voire souhaitables, dans un système politique qui se veut démocratique. Il semble que la vague populiste en Tunisie est en train de tout emporter sur son passage, même le bon sens.

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