Il fut un temps où il était facile d’attribuer à la Tunisie une valeur, ou encore des actifs évalués. Sa popularité grandissante après l’indépendance et pendant de longues années provenait tout particulièrement de la politique d’enseignement qu’elle a menée en dépit de toutes les contraintes pour donner à ses enfants l’arme de l’instruction. Avec notamment pour objectif de leur garantir l’acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de culture générale, mais surtout d’élever leur niveau de formation.

Aujourd’hui, les choses ont pris une tournure complètement différente. On n’a plus réellement le même potentiel qui fait de notre pays un modèle, une référence. L’implication de responsables, les moins indiqués, dans la plupart de ce qui est entrepris est souvent synonyme de déception et surtout d’impuissance.

Comment et pourquoi le décrochage scolaire s’est-il imposé dans le champ des politiques éducatives tunisiennes ? Pourquoi n’avait-il pas constitué un problème durant les années qui ont suivi l’indépendance ? En quoi est-il aujourd’hui un problème ?

Quand on investit à fonds perdus, le résultat ne se fait pas attendre : un nombre important de manifestants dans les troubles nocturnes sont des mineurs. L’information, révélée par le ministre de la Défense présent à la plénière à la demande du Chef du gouvernement pour mener le dialogue avec les députés, peut heurter le bon sens. Mais le constat est là : le décrochage scolaire et la déscolarisation, ces maladies qui se sont développées depuis 2011, se télescopent aujourd’hui dans la société tunisienne. La Tunisie est en train de payer cher l’échec de sa politique d’enseignement. Le phénomène est d’autant plus préoccupant que ses répercussions risquent de s’étendre sur la durée et le long terme. L’accompagnement des jeunes s’est fortement dégradé. On y perd plus qu’on y gagne. On sait désormais ce que cela coûte, ce que cela génère. Mais on ignore toujours ce que vaut un investissement dans la jeunesse. Des jeunes de plus en plus désocialisés, de futurs chômeurs. Plus grave encore : de possibles terroristes.

Le décrochage scolaire résume au fait l’ensemble des manquements de l’école, mais aussi des responsables à leurs véritables missions. Les décideurs qui se sont succédé ne se sont jamais réconciliés avec les jeunes, encore moins avec l’école. Et comme aucun travail sérieux n’a été fait au préalable, ce serait une illusion de s’attendre aujourd’hui  à une prise de conscience. Que ce soit sur le plan de la fiabilité, ou d’ordre structurel, l’enseignement tunisien n’a plus la même crédibilité. Depuis des années, l’on ne cesse de parler de réforme, de relèvement de niveau. Mais l’on n’arrive toujours pas à faire face aux dérapages de tous les jours, de tous les instants. Plusieurs éléments ont convergé et le danger est bien réel. On risque de voir dans le décrochage scolaire un phénomène facilement transposable et sans avertissement d’un contexte sociétal à un autre.

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