80% des projets annoncés au profit de la Ville des Aghlabides lors des CMR en 2015 et 2017 n’ont toujours pas  été concrétisés. Les citoyens reprochent à des lobbys de vouloir bloquer le développement dans la région afin qu’elle reste dépendante  des villes côtières, notamment dans le domaine de la santé…


Le gouvernorat de Kairouan enregistre depuis une décennie une régression de son processus de développement et tous les  indicateurs sont au rouge. D’ailleurs, les statistiques placent à la 22e position la région de Kairouan où on enregistre l’ampleur de plusieurs phénomènes, à savoir le suicide, le chômage, la pauvreté, la délinquance, l’abandon scolaire et la dépression. En effet, le taux général de pauvreté est de 34% (on compte 200.000 nécessiteux sur un total de 860.000 habitants), le taux d’analphabétisme de 35% et le taux d’abandon scolaire est de 4%. D’autre part, dans le gouvernorat de Kairouan, le taux général de desserte en eau en milieu rural est de 86%, puisque sur un total de 381.000 habitants 327.000 sont abonnés à l’eau dont 35% à partir de la Sonede et 51% à partir des groupements hydrauliques.

Toutefois, 60.000 ruraux n’ont pas accès à cette denrée précieuse et se trouvent obligés de recourir au marché illégal de l’eau avec un mode de stockage inapproprié, notamment lors de son transport.

D’ailleurs, beaucoup de villageois rencontrent des problèmes dus au payement des factures, d’où les fréquentes coupures d’eau, puisqu’il suffit qu’un seul associé ne règle pas sa quote-part dans les frais de consommation pour que les vannes soient toutes coupées.

Mouvement de protestation…

Ce tableau peu reluisant explique l’augmentation du nombre élevé de sit-in et de grèves générales. Les protestataires veulent comprendre, en effet, pourquoi 80% des projets programmés lors des CMR en 2015 et 2017 n’ont pas été concrétisés. En outre, ils dénoncent la politique d’atermoiement des différents responsables qui font la sourde oreille. Notons que tous les projets bloqués concernent les secteurs du tourisme, de l’agriculture, de l’équipement, de la santé, de l’industrie, de l’enseignement, de la culture, de l’infrastructure de base, de l’emploi, de la formation professionnelle et du patrimoine.

Si nous prenons l’exemple de la sauvegarde du patrimoine, nous apprenons que, depuis 2017, un don saoudien de 15 millions de dollars a été consacré à la sauvegarde et à la restauration des Bassins des Aghlabides, de la Grande Mosquée Okba et de la Médina de Kairouan. Or, jusqu’à présent, cela tarde à se concrétiser. C’est dans ce contexte qu’on a pu lire, au mois d’octobre 2020, sur la page Facebook de l’INP, un communiqué qui évoque le lancement d’un appel d’offres international qui vise la réalisation de l’étude de restauration et de mise en valeur de la Mosquée Okba, des Bassins des Aghlabides et de l’ancienne Médina.

Espérons que cet important projet ne tardera pas à se réaliser afin de préserver le patrimoine et l’architecture des monuments de Kairouan inscrits depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

La santé à la traîne…..

Dans le gouvernorat de Kairouan, les établissements hospitaliers se vident petit à petit de leurs compétences à cause de nombreuses défaillances et carences relatives surtout aux équipements de pointe et aux conditions de travail. En fait, l’hôpital Ibn El Jazzar, les 8 hôpitaux locaux et les 136 centres de soins de santé de base doivent faire face à une demande de soins plus élevée en nombre et plus exigeants en qualité,  d’autant plus que l’hôpital régional avec son unité chirurgicale «Les Aghlabides» enregistre une grande affluence de toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan et aussi de Mahdia (Aouled Chamekh, Souassi, Hbier), Zaghouan (Ennadhour), Siliana (Kesra), Sousse (Sidi El Heni), Gafsa et Kasserine.

C’est pourquoi tous les Kairouanais ont accueilli avec beaucoup de satisfaction le projet de construction de l’hôpital du Roi  Salmane Ibn Abdellaziz grâce à un don offert par le Royaume d’Arabie saoudite depuis 2016. Et depuis c’est la galère des réunions, des reports des études et du démarrage des travaux de construction, et ce, à cause de certains lobbys qui voudraient que Kairouan reste dépendante  d’autres villes côtières mieux nanties.

Même les projets privés

ne sont pas épargnés

Toujours dans le secteur de la santé, on pourrait évoquer la très belle initiative prise par des médecins et par des hommes d’affaires et qui concerne la création d’un centre nucléaire de traitement des tumeurs cancéreuses. Ce centre est prêt depuis un an et demi et il est équipé de matériels ultrasophistiqués et d’une machine dont le coût s’élève à six millions de dinars et qui nécessite un entretien tous les 10 jours… Or, jusqu’à la date d’aujourd’hui, on n’a pas reçu l’autorisation du ministère de la Santé pour son inauguration malgré toutes les démarches entreprises et les rencontres avec les responsables à tous les niveaux …

Pendant ce temps, un grand nombre de citoyens kairouanais, qui doivent se déplacer tous les jours vers d’autres villes tunisiennes pour se faire soigner, reprochent à des  lobbys de faire pression  pour que Kairouan continue à dépendre d’autres villes mieux nanties dans le domaine des soins et des prestations de santé… Et il est très  difficile aujourd’hui de ne pas croire à cet argument.

Vers l’édification d’une vaste cité socio-médicale à Kairouan

Dans une interview accordée à la chaîne Watania 1, le 2 février 2020, le Président de la République, Kaïs Saïed, a annoncé qu’il envisage la création d’un grand pôle médical à Kairouan qui devrait s’étendre sur 300 hectares et qui comprendra plusieurs hôpitaux dans diverses spécialités, des complexes résidentiels consacrés aux cadres médicaux et paramédicaux, un complexe culturel et touristique, des écoles, des jardins d’enfants, des espaces commerciaux et des institutions universitaires. En outre, le Président a précisé que cet important projet, qui lui tient à cœur et dont il a parlé avec de hautes personnalités étrangères, permettra d’assurer des services sanitaires adéquats aux habitants des gouvernorats du Centre-Ouest, du Sud, ainsi qu’aux touristes algériens et libyens.

Il va sans dire que la plupart des gouvernorats limitrophes et tous les Kairouanais ont accueilli avec beaucoup de satisfaction cette initiative d’un Président près du peuple et loin de l’influence des lobbys …

D’ailleurs, certains internautes et chroniqueurs prétentieux n’ont pas manqué de critiquer cette décision présidentielle sous prétexte qu’il y a d’autres régions moins développées et plus isolées… La critique est aisée, l’art est difficile !

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