laLe « Simpaticuni » (1911-1933)  est considéré comme l’un des rares journaux italiens de type régional dans le paysage journalistique de l’époque. La date de parution du « Simpaticuni » est le dimanche 18 juin 1911, un journal dialectal humoristique, satirique, littéraire. Son siège  se trouvait au 31,  rue Bab Souika à Tunis.

Les premières quatre parutions du journal sont en sicilien et en italien, selon les sujets traités : les chroniques, les poésies, les contes, les textes théâtraux, en sicilien, l’information politique, l’économie et les problèmes sociaux, en italien.

On fait souvent référence aux quartiers habités par les Siciliens et notamment la Petite Sicile de Tunis et de La Goulette, ou encore Gabagi grande et Gabaci biccoulo (en italien  Capaci grande et Capaci piccolo).

Le « Simpaticuni » s’impose donc comme l’expression de la communauté sicilienne de Tunisie, celle-ci  formait le contingent le plus nombreux de toute la collectivité italienne.  Une sorte de collectivité dans la collectivité, train d’union entre le colonisateur et le colonisé, s’exprimant dans une langue mixte de sicilien, tunisien, français et italien.

Le journal sera tout d’abord publié tous les quinze jours et ensuite il devient hebdomadaire et publié tous les samedis. En 1914, le journal est vendu à plus de sept mille exemplaires  et il s’impose parmi les journaux italiens de Tunisie les plus lus de l’époque. Entre 1914 et 1915, outre à l’italien et au sicilien, on retrouve des chroniques écrites dans une langue mixte, une sorte de sabir ou de lingua franca, la langue propre aux Siciliens de Tunisie. Ces chroniques sont signées par Kiki Fartas, pseudonyme de l’auteur. En haut de la première page du journal, on pouvait lire toujours la même phrase humoristique en sicilien qui annonçait déjà la couleur, « I manuscritti nun si restituiscinu mancu a lignati », les manuscrits ne se rendent même pas sous les coups !

Ces chroniques sont les plus intéressantes d’un point de vue linguistique, car elles reflètent la vraie langue de la communauté sicilienne, un langage assez prolétaire qui se mélange aux expressions grossières utilisées dans les marchés, bars, cafés et restaurants populaires.

Cette langue assez particulière, le Siculo-tounsi ou Siculo-tunisien ( voir à ce propos mon article publié sur La Presse en 2019), fait partie du patrimoine identitaire de la communauté sicilienne de Tunisie et il est le miroir de toutes les composantes multiethniques durant la période du Protectorat où plusieurs ethnies, cultures, langues et religions se croisaient et cohabitaient les unes avec les autres. Le journal « Simpaticuni », à travers sa publication et sa langue, s’était imposé pas seulement comme l’affirmation de la présence sicilienne en Tunisie, mais aussi comme le témoin de la fracture culturelle et sociale au sein de la collectivité italienne.

Les textes écrits en sicilien, de par la langue et les thématiques traitées, reflétaient le statut et le positionnement social de cette collectivité. Nul ne peut nier, d’ailleurs, que le Sicilien était beaucoup plus proche du Tunisien que de l’intellectuel Italien ou encore du Français, même si, bien évidemment, des exceptions existaient bel et bien. Nous retrouvons beaucoup de Siciliens habitant les quartiers populaires de la ville dénommée à l’époque arabe pour bien la différencier de la « ville européenne », partageant la vie quotidienne, la cuisine, la langue et les traditions avec l’autochtone. Ces rencontres fructueuses d’un côté comme de l’autre, nous les retrouvons dans la langue des Siciliens de Tunisie et également dans celle du « Simpaticuni ». Ses textes représentent une vraie richesse linguistique et historique pour mieux comprendre l’histoire de la communauté sicilienne de Tunisie.  Aux siculophones, je propose la lecture de cet hilarant extrait « Ziti ammucciuni », fiancé en cachette.

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