Une rencontre méditerranéenne cruciale se tiendra les 11 et 12 juin au cours de laquelle les grands objectifs communs à la Méditerranée, à l’Europe et à l’Afrique seront fixés.
Contribuer à la relance économique de la Tunisie constitue, pour la France, le cheval de bataille sur lequel elle doit parier afin de dynamiser un partenariat qu’elle veut en perpétuelle évolution. Loin d’être le signe d’une charité fortuite, il s’agit à vrai dire d’une nécessité à laquelle se trouve confronté ce partenariat liant les deux portes d’accès majeures des continents méditerranéens, à savoir l’Europe et l’Afrique.
La Tunisie est par définition le point d’accès aux marchés africains vers lesquels les pôles économiques se retournent. Elle demeure, indéniablement, l’un des principaux partenaires économiques de la France et de l’Europe, des indicateurs actualisés à l’appui. Aussi, et compte tenu de la fragilité économique dont souffre notre pays depuis les événements du 14 janvier 2011 et de ses fâcheuses répercussions aussi bien sur l’économie nationale que sur sa capacité et maintenir, intact, le partenariat précité, M. Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de France en Tunisie, a organisé, lundi 20 mai à Tunis, une conférence de presse au cours de laquelle il a pris soin de dresser un planning détaillé, portant sur les projets envisagés dans l’optique de booster le partenariat économique franco-tunisien.

Mieux se positionner
Un planning qui témoigne du souci de notre partenaire à hisser le niveau de l’investissement, des échanges commerciaux ainsi que de la capacité tunisienne à mieux se positionner dans la région en tant que «destination» économique favorable à l’investissement et en tant que sources de compétences confirmées, parfaitement aptes à relever les défis.
Ouvrant la rencontre, l’ambassadeur français a rappelé que la France représente le premier partenaire de la Tunisie. Et pour preuve : 20% des échanges commerciaux tunisiens sont effectués avec la France. Cette dernière se définit comme le premier client de la Tunisie, absorbant ainsi 30% des exportations tunisiennes soit un volume de l’ordre de 4,5 milliards d’euros et 34% des flux d’investissement direct étranger.
Nul ne peut douter de l’intérêt commun des deux partenaires à accéder au marché africain. Le Sommet de la Francophonie, qui se tiendra en Tunisie en automne 2020, apportera, sans doute, des perspectives nouvelles pour les deux partenaires ; les recommandations et les directives qui en découleront seront décisives pour la santé économique tuniso-française.

Présence renforcée en Tunisie
«Le partenariat tuniso-français n’est, aucunement, fondé sur le principe de la domination. Toutefois, il est judicieux de faire la distinction entre l’indépendance et le repli économique ! Pour ce, le partenariat doit, nécessairement, être fondé sur le principe gagnant-gagnant», a-t-il souligné. Et d’ajouter que si la France contribue à l’économie tunisienne via, entre autres, 1.400 entreprises implantées en Tunisie, employant 140 mille personnes, quelque 800 mille Tunisiens sont installés en France, y apportant savoir-faire, compétences et ressources humaines. «La diaspora suivra son évolution pour atteindre, selon les estimations, près de deux millions de Tunisiens résidant en France à l’horizon 2050», a-t-il ajouté.
Entrant dans le vif du sujet, M. Poivre d’Arvor a parlé de la situation économique dont fait l’objet notre pays ; une situation critique qui exige des actions d’urgence. En effet, le déclassement économique que trahit la baisse flagrante du PIB chutant de près de 80%, la dégringolade du pouvoir d’achat, l’absence de perspectives pour les jeunes diplômés —et autres non diplômés—, la fragilité des entreprises publiques et la pression fiscale qu’endurent celles, privées ; autant de gangrènes qui pèsent lourds sur un pays en phase de démocratie latente.

AFD : Appui financier ciblé
Pour apporter des réponses salvatrices —car radicales— à ces besoins, le partenaire français s’applique, via l’Agence française de développement (AFD), à injecter des aides financières annuelles de l’ordre de 250 millions d’euros. Le président de la république française a ordonné même de doubler les investissements destinés à la Tunisie pour les hisser de 700 millions d’euros (en 2018) à 1,4 milliard d’euros à l’horizon 2022. D’autant plus qu’une ligne de crédits française sera consacrée à la promotion des PME tunisiennes grâce à une enveloppe de 30 millions d’euros. L’AFD a enrichi le paysage économique et développementale de près de 300 millions d’euros depuis 2017.
Aujourd’hui, l’heure est à la planification de projets stratégiques car sectoriels, obéissant à une démarche inclusive, impliquant aussi bien les institutions nationales que les entreprises privées. La société civile a, elle aussi, son mot à dire dans l’espoir de relancer l’économie et apaiser le climat social lequel est sous tension depuis des années… L’ambassadeur a cité cinq secteurs prioritaires, nécessitant des projets d’urgence, à savoir le tourisme, le transport, la santé, le numérique et l’énergie.

Cinq secteurs prioritaires
Pour ce qui est du secteur touristique, l’orateur a rappelé qu’il est dans le besoin d’une restructuration salutaire. La Tunisie constitue la destination de près de 800 mille touristes. Elle est classée quatrième sur la liste des destinations prisées par les Européens. La promotion du tourisme passe, inéluctablement, par la mise en valeur des atouts inégalés de cette destination.
L’AFD soutient, de ce fait, la réhabilitation des médinas ; un projet européen applicable grâce à une enveloppe de l’ordre de 15 millions d’euros. Les sites naturels typiques à certaines régions, dont les sites de Kasserine, font aussi partie du chantier de la valorisation. Les manches tunisiennes et françaises se retroussent. L’objectif : compter pas moins d’un million de touristes français en Tunisie en 2019.
S’agissant du transport, l’orateur a signifié la nécessité de consacrer une subvention élémentaire à la mise à niveau urgente de ce secteur stratégique, dont 1,5 million d’euros pour le transport urbain. La Place Barcelone au centre-ville de Tunis fera aussi l’objet d’une action de réaménagement.
«Le transport rural exige également des mesures de mise à niveau et d’accompagnement», a-t-il souligné. Le transport aérien, quant à lui, sera boosté via la dynamisation des flux vers l’aéroport d’Enfidha, avec un nombre de voyageurs estimés à 1,8 million en 2019. «Nous allons nous entretenir prochainement avec M. Hichem Ben Ahmed dans le but de débattre des éventuelles pistes d’interventions auxquelles nous contribuerons, dont le projet relatif à la ligne du métro de Sfax», a-t-il ajouté.

Financement des hôpitaux
Le secteur de la santé connaît, selon l’ambassadeur, d’importantes difficultés structurelles auxquelles il convient de remédier. L’AFD s’engage à intervenir dans plusieurs projets de réaménagement au CHU La Rabta, au financement des hôpitaux de Gafsa et de Sidi Bouzid ainsi qu’à la digitalisation des services hospitaliers.
Quant au secteur numérique, la France a déjà instauré un projet baptisé JET ( jeunesse/ entreprise/ technologie) en faveur des startup et des incubateurs tunisiens, réservant ainsi une enveloppe de 50 millions d’euros à cet effet. Par ailleurs, la labélisation du Hub Tunisien en communauté french tech reconnaissant ainsi la performance de l’écosystème tunisien a ouvert, ainsi, la voie à l’instauration de trois projets de taille.
Le centre Elife assurera des formations en faveur des jeunes diplômés en guise de faciliter leur insertion dans le marché de l’emploi. Un montant de l’ordre de trois millions d’euros a été consacré à cet effet. Une école numérique ou « Station T» sera créée au profit des jeunes incubateurs. Le troisième projet envisagé par l’AFD consiste en le renforcement de l’accès à l’emploi. Il sera destiné aux 20 mille chômeurs issus des quartiers défavorisés avec une discrimination positive tournée vers les femmes. L’ambassadeur a annoncé, aussi, l’ouverture en septembre 2019 de l’Université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée (Uftam).

Compteurs intelligents à Sfax
Enfin, pour ce qui est du secteur de l’énergie, la France affirme son soutien pour la stratégie tunisienne en matière de diversification du mix énergétique. Cette stratégie ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 30% de l’électricité produite d’ici 2030 ce qui n’est pas moindre. L’AFD continuera de soutenir, financièrement, les institutions concernées dont la Steg. Cette dernière bénéficiera du financement de l’implantation de 400 mille compteurs intelligents à Sfax.
L’AFD aspire à contribuer au financement de la centrale éolienne de Tbagga ainsi qu’à celui de la centrale du pompage et du turbinage de Oued Melah. La lutte contre les changements climatiques interpelle la Tunisie comme la France. L’AFD appuiera les solutions suggérées par les institutions publiques en les dotant d’une aide de cinq millions d’euros. «Nous avons des enjeux communs auxquels nous sommes dans le devoir de les réussir grâce à quatre principes-clefs : la co-construction, l’équité, la réciprocité et l’impact transversal», a-t-il renchéri. Et d’ajouter qu’une rencontre méditerranéenne cruciale se tiendra les 11 et 12 juin au cours de laquelle les grands objectifs communs à la Méditerranée, à l’Europe et à l’Afrique seront fixés.
M.Poivre d’Arvor n’a pas manqué d’évoquer la question relative à l’accord de libre-échange commercial approfondi (Aleca), lequel suscite moult convergences et litiges. Cet accord constituera, à son sens, une panoplie de nouvelles opportunités pour la jeunesse et pour le marché de l’emploi. Il n’a pas manqué aussi de souligner l’apport considérable du «groupe d’impulsion», notamment des différents partenaires tunisiens, à proposer des solutions économiques et développementales pertinentes. L’ambassadeur n’a pas raté l’occasion pour inciter les parties concernées à œuvrer pour la modernisation de l’agriculture et soutenir la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée.

 

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