«L’appréciation des performances de la Tunisie, comparativement à ses concurrents, présente l’avantage d’identifier aussi bien les atouts que les insuffisances de l’économie tunisienne et d’éclairer le décideur sur les mesures de politique économique à préconiser en vue de consolider le compétitivité du pays», indique-t-on dans la récente édition de La Tribune de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (Itceq).
L’approche préconisée par l’Institut repose sur la méthode de «scoring» qui consiste à classer la Tunisie par rapport à 27 pays concurrents, et ce , en fonction des performances réalisées par chaque pays au niveau d’une soixantaine d’indicateurs regroupés en neuf facteurs, citons: la croissance et le dynamisme économique, la stabilité du cadre macroéconomique, le système bancaire et le marché boursier, la compétitivité interne, la compétitivité externe, l’intégration et l’attractivité territoriale, l’infrastructure technologique , l’innovation et l’économie de croissance, les ressources humaines.
En terme de compétitivité globale, la Tunisie accuse un retard depuis 2016 pour se positionner au 21e rang et se situer dans le groupe de pays à faibles performances. Selon l’analyse de l’Itceq, la position défavorable de la Tunisie en termes de compétitivité est due aux faibles performances au niveau du facteur «stabilité macroéconomique» conférant à la Tunisie le 27e rang en 2016 alors qu’elle occupait le 9e rang en 2010.

Positions tardives
Cette détérioration est due également aux contreperformances enregistrées au niveau des facteurs «croissance et dynamique économique» se traduisant par un recul significatif au cours des deux dernières années et aux faiblesses structurelles qui caractérisent le pays et qui se réfèrent au «système bancaire et marché boursier» et à «la compétitivité interne» plaçant la Tunisie dans des positions tardives depuis 2007.
À ceux-ci, s’ajoutent les avancées considérables réalisées par quelques pays concurrents qui n’ont fait qu’affaiblir les chances de la Tunisie pour améliorer son classement.
Par ailleurs, «le recul du classement de la Tunisie est la conséquence des contre performances enregistrées en matière d’infrastructure technologique suivie par l’innovation et l’économie de la connaissance», précise Sonia Mahfoudh, directrice centrale de la compétitivité.
D’après M.Mahfoudh, l’analyse a permis d’identifier les domaines qui ont affiché des signes de faiblesse et qui sont à l’origine de ce retard. Il s’agit essentiellement des équilibres macroéconomiques dont les conséquences sont l’aggravation des déficits courant et budgétaire, la baisse des réserves en devises et la contraction du taux d’épargne, du manque de profondeur du système financier avec un niveau de prêts non productifs relativement élevé, bien qu’il soit en baisse.

Lourdeurs des procédures
D’un autre côté, l’expert précise que la faiblesse de la croissance et du dynamisme économique suite au fléchissement de nombreux secteurs productifs et au ralentissement de l’effort d’investissement, le manque de concurrence sur le marché interne du fait des lourdeurs administratives et de la réglementation en vigueur, ainsi que la non diversification des produits exportés par marché, et à moindre degré, par produit en plus de la lourdeur des procédures douanières se traduisant par des pertes de parts de marchés sur l’UE, sont à l’origine de ce retard.
L’analyse de Mme Mahfoudh fait ressortir, également, que le manque d’attractivité des IDE conjugué à un cadre réglementaire relativement rigide, et ce, en plus d’un climat d’affaire peu propice, est un autre signe de faiblesse.
«Contourner ces insuffisances reste tributaire de la capacité du pays à engager et à mettre en œuvre des réformes politiques profondes et rigoureuses, susceptibles de promouvoir la croissance, de rétablir les équilibres macroéconomiques et d’assurer un climat de confiance avec les partenaires socio-économiques, autant d’éléments essentiels pour améliorer la compétitivité du pays et le hisser à des positions meilleures».
Pour remédier à ces multiples faiblesses, l’Itceq propose des solutions susceptibles de se sortir de ce marasme. Ainsi, pour faire face au déficit courant et budgétaire, il recommande de réduire les barrières à l’exportation afin de tirer profit de la baisse du dinar, diversifier les sources de financement de la sécurité sociale et d’étudier l’utilité des programmes publics, y compris les projets d’infrastructures pour prioriser les dépenses publiques.

Application des règles prudentielles
Pour développer le système bancaire, l’Institut propose la consolidation de ses ressources financières et ses capacités de gestion et d’analyse des risques, la modernisation du cadre réglementaire et le renforcement du contrôle de l’application des règles prudentielles de la BCT.
D’autre propositions sont formulées et sont relatives à la dynamisation du marché financier, qui consistent en l’ouverture du secteur aux sociétés étrangères d’intermédiation, le développement de nouveaux produits et services financiers et la promotion de l’introduction en bourse des entreprises en leur accordant plus d’avantages fiscaux.
Les propositions concernent, en outre, l’expansion de l’activité économique du pays à travers l’accélération de la mise en œuvre de projets d’infrastructure et de développement des zones industrielles/clusters, l’orientation de l’investissement vers des activités à haute valeur ajoutée et à fort contenu de savoir telles que les technologies de l’information, la santé et les services financiers.
Il s’agit, aussi, de libérer le potentiel du secteur privé pour la réalisation de nouveaux projets ou l’extension de projets déjà existants, favoriser le partenariat public-privé dans certains domaines tels que le transport, la logistique, l’énergie et le secteur financier.
Peu favorable, le climat des affaires nécessite d’après l’Itceq, la consolidation de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, l’allègement des formalités administratives…Idem pour les IDE, peu enthousiastes, exigeant une amélioration de la gestion des infrastructures portuaires, l’élaboration des plans de restructuration des entreprises publiques et l’activation de la révision du taux de change.
Ces propositions ne peuvent être réalisées, sans simplifier davantage le système fiscal, renforcer le dispositif de contrôle fiscal, rétablir l’équité et la justice fiscale..et mieux gérer la fraude fiscale.

 

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