Ce qui s’est passé hier et avant-hier en Tunisie est kafkaïen. Au banc des accusés hier à l’ARP, tout le monde y est passé. Le Président de la République, le président de l’ARP et le Chef du gouvernement. Tous les départements régaliens (Affaires étrangères, Justice, Intérieur, Défense…) étaient sous le feu nourri des députés. Le tout retransmis en direct par la chaîne nationale. On déballe tout. On lave notre linge sale et on jette le bébé avec l’eau du bain. Les appels à manifester à peine voilés fusent de partout. Les premiers à répondre à l’appel de la rue, ce sont les jeunes des quartiers défavorisés.

Le gendre du président du Parlement ne les a-t-il pas offensés et blessés dans leur amour-propre ? Le sang du jeune Heykel Rachdi n’a-t-il pas coulé lors d’une manifestation pacifique ? Quand il y a effusion de sang, c’est la fin de la légitimité des institutions. C’est d’ailleurs le message qui a été clamé haut et fort devant le Parlement hier. Mais il ne faut pas oublier que toute contestation populaire se nourrit de la dissension politique et de ses effets sociaux ravageurs. Comment voulez-vous que les gens n’investissent pas la rue pour exprimer leur colère face aux défaillances du système alors qu’ils côtoient quotidiennement  l’échec à tous les niveaux. Mais raser le problème, c’est le renvoyer ailleurs, ou pire, ne pas l’envisager.

Cela se passe malheureusement au moment où s’ouvrent les lucarnes de l’espoir partout dans le monde avec le début des campagnes de vaccination contre le Covid-19 et des belles promesses d’une reprise économique vertueuse. Alors que notre pays sombre dans une nouvelle crise, la plus grave depuis les élections présidentielle et législatives. Elle augure la chute des plus prestigieuses institutions républicaines et ouvre la voie à l’inconnu. Avait-on besoin de cette crise ? Qui en tire les ficelles ? Qui en tire profit ? Qui veut faire échouer le processus démocratique ? Les réponses à ces questions sont certes importantes pour comprendre ce qui se trame dans le pays. Mais il s’agit d’un pays aux épaules frêles et qui traîne un boulet financier insupportable. Un pays qui n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. Car même l’initiative du Dialogue national a été torpillée de partout. Le bateau Tunisie a pris de l’eau et risque de couler.

Les Tunisiens savent cette vérité douloureuse. Et c’est pour cela qu’ils se réveilleront aujourd’hui avec un mal de crâne généralisé. Ils ne savent plus à quel saint se vouer pour conjurer le mauvais sort qui  s’est abattu sur le pays depuis dix ans. Et pour cause, les factions politiques qui n’ont pas cessé de croiser le fer au détriment des vrais soucis du peuple, de porter vers le bas  le discours politique et le cantonner dans un angle purement négateur. C’est pour cela que ce qui s’est passé ces deux derniers jours est un vrai séisme politique dont les répliques se feront bientôt ressentir. Croisons les doigts et espérons que les jours à venir seront porteurs de solutions qui nous feront vite oublier les trous d’air. Pour l’instant, on retiendra qu’hier était un jour difficile dans l’histoire du pays.

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