Quatre mois après avoir été officiellement nommé Chef de gouvernement, Hichem Mechichi revient devant le Parlement avec un remaniement qui concerne 11 ministères, mais également une restructuration de certains départements.


Dans un contexte de climat politique tendu et de grogne sociale sans précédent depuis la révolution de 2011, l’Assemblée des représentant du peuple a été hier le centre de l’agenda politique de la journée. Le Chef du gouvernement jouait en effet son avenir politique en allant chercher un vote de confiance pour un remaniement ministériel concocté à la Kasbah avec la participation active de ce qui est communément appelé la « ceinture politique ». En l’occurrence, le parti islamiste d’Ennahdha et son satellite (la coalition Al-Karama) ainsi que le parti Qalb Tounès présidé par Nabil Karoui, toujours emprisonné et  sur le coup d’une procédure  judiciaire.

« J’ai dû passer par quatre barrages policiers pour arriver jusqu’ici », s’écrie, excédé, Marouene Felfel, député du bloc parlementaire de Tahya Tounès, au début de la séance plénière dans une ambiance électrique. « Nous ne pouvons pas voter alors que nous sommes encerclés par la police », martèle le député. Puis les interventions se succèdent pour dénoncer ce qu’ils considèrent être « un siège de l’institution parlementaire ». Pendant ce temps-là, le Chef du gouvernement, impassible, attend son tour pour monter à la tribune.

Marouene Felfel et les députés de l’opposition font référence au gigantesque dispositif de sécurité déployé aux alentours du palais du Bardo, pour empêcher toute manifestation. La veille, pas moins de 38 organisations de la société civile avaient pourtant appelé à manifester de manière pacifique devant le bâtiment législatif.

Au moment des interventions des députés, le Parlement avait des allures de bunker. Dans une tentative d’apaisement, le président du Parlement, Rached Ghannouchi, appelle à ce que les jeunes accusés de vandalisme lors des évènements de la semaine passée soient condamnés à des peines alternatives sans devoir passer par la case prison.

Dans son allocution d’ouverture, le Chef du gouvernement n’a pas hésité à tacler le Président de la République, en parlant de populisme rampant en Tunisie. Toutefois, il réaffirme son respect des institutions. Parmi les promesses du Chef du gouvernement, la révision de l’ensemble des procédures qui entravent l’investissement. Il promet également un meilleur accès aux incitatifs fiscaux pour les investisseurs.

Iyadh Elloumi du parti Qalb Tounès a de son côté tenu à défendre les choix du Chef du gouvernement. Répondant aux critiques qui pèsent sur certains ministres, il rappelle que Sofiane Ben Tounès, proposé à l’Energie et aux Mines, a effectivement fait partie des fondateurs de Qalb Tounès, mais qu’il s’est retiré par la suite. Selon lui, le ministre proposé est actuellement indépendant de son parti. Le député en profite également pour plaider en faveur de Nabil Karoui, toujours derrière les barreaux. Il demande au futur ministre de la Justice de faire « un coup de karcher » dans la police judiciaire.

La séance plénière a été l’occasion pour les députés surtout de faire un procès au Président de la République, ou, au contraire, de défendre ses choix. Mais l’essentiel a été oublié, la Tunisie est à la veille d’une crise institutionnelle dont l’issue est incertaine.

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