A l’heure où la pandémie du Covid-19 atteint un stade critique dans notre pays, et malgré le protocole sanitaire, ainsi que les mesures mises en place, des enseignants s’estiment, aujourd’hui, mal informés sur le sort des élèves, sur le contenu éducatif qui leur convient le mieux, sur le déroulement de l’année scolaire 2020-2021… et sur les complications que peut engendrer cette situation inhabituelle sur l’avenir de nos élèves. Ainsi la question la plus importante qui se pose dans ce contexte particulier est la suivante : qu’est-ce qui est en jeu, l’avancée dans le programme, l’école ou les élèves ?

Malgré le protocole sanitaire mis en place, les mesures strictes annoncées et un deuxième confinement pour ralentir la propagation du coronavirus, l’épidémie continue toujours de se propager et de faire du mal à nos élèves, en les empêchant de bénéficier d’une éducation de qualité, un droit fondamental qui doit être protégé à tout prix.

Face à cette situation de péril, la sonnette d’alarme a été tirée à maintes reprises par le corps éducatif pour mettre terme à cette situation, qui a fait basculer du jour au lendemain la vie des élèves et celle des enseignants , mais les solutions tardent encore à venir !

On ne sait pas ce qui se prépare

Intidhar K., professeure de mathématiques dans un collège, indique qu’il est vrai que l’ampleur de cette crise sanitaire et la meilleure façon de la gérer restent la priorité des priorités pour nos décideurs. Mais de l’autre côté, tout le monde sera perdant si on n’arrive pas à assurer un apprentissage de qualité à nos enfants, capable de sauver cette année scolaire et universitaire particulière, étant donné que cette crise sanitaire liée au Covid-19 a fait subir aux systèmes éducatifs et universitaires un choc sans précédent.

«Il faut le dire, l’enjeu, c’est notre patrie, c’est nos enfants, c’est notre avenir ! Comment peut-on continuer à assurer notre mission à l’heure où la crise du coronavirus a encore compliqué l’exercice de notre métier ? Au vrai sens du mot, on ne sait pas ce qui se prépare et ce qui nous attend demain. Pour l’instant, on gère au jour le jour et on ne sait pas comment faire pour tenir !

Dans ce contexte exceptionnel, on se serait attendu à plus de sérieux de la part des autorités concernées qui doivent nous fournir une vision plus claire et plus détaillée de la façon dont les choses doivent fonctionner, alors que ce n’est plus le cas. Chaque enseignant essaie de résoudre individuellement, et à sa propre façon, ce problème et réfléchit tout seul à la façon de gérer son cours pour parvenir à finir au mieux le programme qui lui a été donné par le département, la faculté ou l’université et, donc, parvenir à des objectifs afin de préparer les élèves pour la prochaine classe. Mais ce chemin n’est aussi facile qu’il paraît… Il faut admettre que les prochaines années scolaires devront tenir compte du paramètre “pandémie” pour pouvoir absorber, sur un ou deux ans —et même plus—, le chaos des apprentissages…Nos décideurs ont-ils préparé les plans de bataille pour de tels scénarios ? J’en doute, étant donné qu’ils ne savent pas encore comment faire pour bien achever cette année scolaire et comment assurer la protection des élèves, ainsi que des étudiants dans les établissements scolaires et universitaires. Ainsi, ce sont toujours les élèves qui seront les plus touchés», explique Mme Intidhar, dans une déclaration accordée à La Presse.

Une crise qui frappe l’école publique

Hasna O., professeure de sciences naturelles dans un lycée, précise que les récentes décisions annoncées par le ministère de l’Education ne sont pas suffisantes, car la fusion des 2e et 3e trimestres ou la suppression des vacances mi-trimestrielles ne vont que compliquer davantage la situation, déjà fragile. Pour cette enseignante, au-delà de ce protocole sanitaire, le problème d’apprentissage représente le grand souci des enseignants.

«A lui seul, le système d’enseignement par alternance, adopté depuis le début de cette année scolaire, dans le cadre du protocole sanitaire —qui consiste en un jour d’études sur deux pour chaque groupe, soit trois jours par semaine—, nous met dans une situation délicate et inconfortable à l’égard des élèves… C’est une connaissance qu’on essaie d’injecter d’une manière ou d’une autre à l’heure où nous sommes sûrs et conscients que le débit de l’apprentissage et de l’assimilation n’est pas le même d’un groupe à un autre et d’un élève à un autre. Donc, ce que nous sommes en train de faire, aujourd’hui, n’a rien à voir avec ce que nous faisons d’habitude, c’est beaucoup moins approfondi par rapport à ce que nous faisions auparavant…», regrette-t-elle.

Mme Hasna ajoute qu’avec l’actuelle politique suivie par le gouvernement, il existe une disparité des mesures entre les secteurs public et privé, chose qu’on a constaté depuis le début de l’année scolaire. «Il faut appliquer le même régime à tout le monde et les structures privées ne doivent pas échapper à l’Etat, ce qui n’est pas le cas, puisque dans le secteur privé, les enfants vont à l’école tous les jours et les programmes sont respectés, alors que, dans le secteur public, la situation est loin d’être parfaite. La plupart des enseignants sont encore bloqués et n’arrivent pas à achever les derniers chapitres du premier trimestre. Ainsi, cette crise sanitaire continue de frapper l’enseignement public, qui ne cesse de perdre du terrain face à l’éducation privée. D’où l’urgence d’élaborer un calendrier scolaire réaménagé, qui s’adapte à la situation actuelle, mais surtout qui doit être appliqué et respecté par tout le monde sans exception, car avec la propagation du coronavirus dans notre pays, l’année scolaire actuelle pourrait connaître de nouveaux décalages et les enseignants n’ont aucune information sur la manière dont le programme sera adapté à cette année particulière», nous explique-t-elle.

Les élèves fuient l’école…

Béchir B., professeur d’informatique dans un collège, a, pour sa part, tiré la sonnette d’alarme sur les répercussions de cette situation sur les élèves. Le constat est sans appel, cette crise sanitaire va aggraver les inégalités, en empêchant les enfants vulnérables de bénéficier d’une éducation de qualité, ce qui va approfondir la discrimination et l’inégalité des chances entre les enfants. Toutefois, il est important de souligner aussi que beaucoup d’élevés fuient, aujourd’hui, l’école, faute de clarté sur les règles sanitaires, de contrôle parental, du manque de plus en plus de rigueur dans les établissements scolaires…

«Le taux d’absentéisme est plus important dans les collèges et les lycées… On comprend que l’adolescence est une période critique et la plus délicate des transitions, mais c’est leur avenir qui est en jeu. Il n’est plus possible que la situation continue de la sorte. Le décrochage scolaire va devenir l’autre épidémie, et cette crise du coronavirus va renforcer les inégalités scolaires.

De sérieuses inquiétudes se posent sur comment va se passer cette année pour les élèves et les étudiants, qui avaient déjà du mal l’année dernière et que doit-on faire pour minimiser ce fléau qui ne cesse de prendre d’ampleur dans notre pays pendant ces dernières années, et les chiffres officiels le confirment déjà. On se demande qui va assumer la responsabilité de cette situation qui va détruire toute une génération», nous précise-t-il.

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