Il semblerait qu’en attendant qu’arrive le fameux vaccin, les autorités aient décidé de prendre le problème à bras-le-corps. C’est, en tout cas, ce que semble promettre la stratégie vaccinale lancée par le ministère de la Santé. Il faut avouer que celle-ci, à condition bien sûr qu’elle soit correctement mise en place et efficacement appliquée, est rassurante et bien pensée.


Le Pr Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur, nous a aidés à y voir plus clair dans le fouillis d’informations et de désinformations qui nous assaillent.

Partant de l’hypothèse que la vaccination générale de la population n’est pas possible immédiatement, la stratégie vaccinale vise, en premier lieu, à déterminer les personnes prioritaires à la vaccination en fonction des enjeux de la santé publique, et de l’arrivée progressive des doses de vaccin. Les données de la surveillance épidémiologique montrent que l’âge est le facteur le plus fortement associé au risque d’hospitalisation ou de décès. C’est donc cette tranche de la population qui sera la première concernée. Egalement concernés, les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, de maladie rénale chronique, de diabète sucré, d’obésité, ou ayant subi une greffe d’organe.

Partant du principe qu’il faut maintenir à tout prix les activités sanitaires et autres activités essentielles, seront également concernés par cette première étape les professionnels des services de santé, ainsi que ceux des services essentiels.

Pour récapituler, seront donc vaccinés en priorité

– Les personnes dont l’âge est égal ou supérieur à 60 ans

– Les personnes de moins de 60 ans, mais ayant des maladies chroniques bien définies

– Le personnel de la santé

– Le personnel des services essentiels

– Puis, l’ensemble de la population qui le souhaite, le vaccin étant gratuit et non obligatoire, mis à part les moins de 18 ans et les femmes enceintes.

– Seront également vaccinées les personnes en situation irrégulières, migrants africains ou autres, contactées avec l’aide d’associations qui s’en préoccupent.

Cette opération de ciblage a commencé avec la mise en place de la plateforme d’inscription lancée, il y a quelques jours, et dont le site est en cours d’amélioration, nous dit-on.

Où sera-t-on vacciné ?

Des sites facilement accessibles et sécurisés seront ouverts. Selon la taille de la population, on pourra compter un à trois sites régionaux, et un site par délégation. Ces sites, identifiés avec le concours des autorités locales, seront situés à proximité des dépôts de vaccins de la circonscription. D’une surface minimale de 100 m2, ils seront structurés en zone d’accueil, zone de vaccination, et zone de repos post-vaccination. Dans certains cas, comme les maisons de retraite, ou le milieu carcéral, le vaccin sera fait sur place, ainsi que dans les hôpitaux ou les casernes.

Par ailleurs, des équipes mobiles seront déployées pour atteindre les zones géographiquement inaccessibles, ou les personnes à mobilité réduite. La liste de ces centres régionaux devrait être prête au début de la semaine.

Qui nous vaccinera ?

La Tunisie a une grande expérience en matière de campagnes de vaccination, ce qui est rassurant pour le déroulement des opérations. On fait déjà un million de vaccins par an, et ce, depuis de longues années. La sécurité des lieux de stockage du vaccin, de son acheminement et des sites de vaccination sera assurée par l’armée et le ministère de l’Intérieur. Les craintes sur les problèmes de conservation du vaccin à très basse température semblent ne pas avoir lieu d’être, selon le Pr Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur, puisque ce vaccin survit durant 5 jours à moins 4 degrés, ce qui devrait permettre la dissémination et la vaccination. La campagne de vaccination en elle-même mobilisera des représentants du secteur de la santé, public et privé, ainsi que des volontaires de la société civile, scouts et Croissant-Rouge.

Etudiants en médecine ou médecins retraités sont appelés à participer à cette campagne nationale. Chaque site de vaccination est coordonné par un médecin chef ayant une expérience certaine dans ce domaine. Les équipes sont composées d’un médecin chef, d’un médecin des urgences, d’un hygiéniste et de 12 vaccinateurs chacune, outre les surveillants, agents d’inscription, etc.

Cette étape de la stratégie est en cours de finalisation par les structures régionales de santé.

Il est évident qu’une formation spécifique est assurée pour les participants à cette stratégie sous tous ses aspects.

On estime que par heure et par agent, dix personnes seront vaccinées.

Quel vaccin nous

sera administré ?

Un comité de veille scientifique a fait une évaluation des vaccins disponibles.

Cette phase-là est peut-être le maillon faible de la stratégie, car on ne sait pas quand exactement les vaccins arriveront : fin février nous dit-on, après nous avoir dit fin avril. On ne sait pas non plus exactement quels vaccins seront disponibles et en quelle quantité. On a parlé de discussions pour le vaccin russe, de promesses de partage avec l’Algérie, promesses diplomatiquement remises en question. D’autres accords seraient en négociations. Mais quand on voit que l’Algérie et le Maroc vaccinent, on se demande pourquoi on en est encore au stade des discussions et des promesses. Mais bon, soyons positifs : le vaccin, ou les vaccins, quels qu’ils soient, arriveront.

Le Pr Hechmi Louzir, que le public appelle aujourd’hui Monsieur vaccin, nous donne des précisions, nous éclaire sur les différents types de vaccins qui seront mis à notre disposition, et essaie de définir un calendrier. Et s’il reconnaît que nous sommes en retard, il n’en demeure pas moins optimiste.

«Il n’y aura pas un, mais plusieurs vaccins et plusieurs initiatives». La Tunisie s’est engagée auprès de la Banque mondiale pour un financement de 100 millions de dollars pour cette campagne.  Il y a, en premier lieu, une commande de 2 millions de doses effectuées auprès du laboratoire Pfizer, dont la livraison se fera progressivement dès le début du mois de mars, et s’étalera sur deux ou trois mois si Pfizer respecte ses délais. Il y a, par la suite, une commande de 4,3 millions de doses qui se fera à travers l’initiative Covax. Covax achète pour un certain nombre de pays, selon certains critères bien définis : ces achats groupés lui permettent de négocier les meilleurs coûts avec les laboratoires. Parallèlement, cette initiative Covax subventionne une partie de nos achats. Mais là, on n’a pas encore de visibilité quant à la date ni quant au type de vaccin.

Il y a également une commande de 2,4 millions de doses à travers l’Initiative africaine. Cette Initiative négocie certaines quantités avec les laboratoires, puis les propose aux pays africains au prorata de leur population. Notre commande se répartit ainsi : 450.000 doses Pfizer, 80.000 Astra Zenica, et 1 million Johnson and Johnson, laboratoire non encore autorisé pour le moment.

Nous avons également déposé un dossier auprès du laboratoire russe qui fabrique le vaccin Spoutnik. Une fois accepté ce dossier, on discutera des conditions et des délais. Il est fort possible que ce vaccin arrive avant les autres. Car si nous n’avons pas de problème sur le moyen terme, nous en avons sur le court terme. Nous voulons obtenir une quantité maximale dans les délais les plus courts possibles, et démarrer rapidement la vaccination. C’est sur cela que portent les négociations.

En ce qui concerne la supposée commande auprès de l’Algérie, ce n’est qu’une déclaration courtoise de bonnes intentions qui n’a pas été suivie de réelles discussions à ce jour. Alors, nous allons le répéter : soyons positifs, le vaccin arrive, et il semble que tout soit prêt pour l’accueillir.

Quant aux questions sur l’efficacité du vaccin, son immunité sur les virus mutants, sa prétendue influence sur notre ADN, nous en parlerons en un deuxième temps.

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2 Commentaires

  1. Stambouli Mustapha dhafer

    31/01/2021 à 14:39

    Vous avez vu juste.
    Nous somme le dernier pays arable à programmer le début de la vaccination.
    Sans commentaire.
    Mustapha Stambouli

    Répondre

  2. Abidi

    31/01/2021 à 16:01

    Un comité de veille scientifique a fait une évaluation des vaccins disponibles.cela veut dire quoi et sur quelle base ce comité tranchera sur le meilleur des vaccins, est ce que la Tunisie a été partenaire des recherches ou de l’élaboration de ces vaccins et selon quels critères pouvez vous évaluer des vaccins livrés clé en main

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