L’archipel est connu pour sa vulnérabilité au changement climatique et sa fragilité face à l’élévation du niveau de la mer et à l’érosion côtière. A cela s’ajoute  le problème de la gestion des déchets de toutes sortes   sur les côtes, les terrains agricoles, les sabkhas, etc.

Estimée à 7.000 tonnes par an, la production des déchets plastiques dans les îles Kerkennah a généré une catastrophe écologique, affectant les écosystèmes terrestre et maritime.

Dans ce cadre, le Fonds mondial pour la nature (WWF Afrique du Nord) et l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (Ciheam Montpellier) ont signé une convention de partenariat pour préserver les zones humides à Kerkennah.  Le Ciheam Montpellier et le WWF NA poursuivent un objectif commun d’appui à la dépollution des îles Kerkennah des déchets plastiques, et ce, dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie «Kerkennah Plastic Free» élaborée par le projet Devlok, financé par la Délégation de l’Union européenne en Tunisie d’une part, et par la fondation Mava, d’autre part.

Dans ce contexte, nous avons contacté M. Wassim Chaabane, expert en environnement et en gestion des déchets et consultant indépendant basé en Allemagne qui nous a expliqué que la gestion des déchets sur les îles Kerkennah est une opération complexe.

Cela est dû à des difficultés logistiques en rapport, notamment avec l’absence des terrains nécessaires pour mettre en place l’infrastructure de traitement et de recyclage.

L’archipel est connu pour sa vulnérabilité au changement climatique et sa fragilité face à l’élévation du niveau de la mer et à l’érosion côtière. A cela s’ajoute le problème de la gestion des déchets de toutes sortes   sur les côtes, les terrains agricoles, les sabkhas, etc.

Le nombre des visiteurs de l’île augmente considérablement en liaison avec la saison, d’où la quantité de déchets générée notamment pendant l’été. M. Chaâbane a ajouté que  les déchets collectés dans l’île sont enfouis depuis longtemps dans cinq décharges anarchiques, suite à la fermeture de la décharge contrôlée construite depuis 2010.

De plus, le système national de collecte des matériaux d’emballage  recyclables (Ecolef) ne fonctionne pas convenablement à Kerkennah. Environ 14 tonnes d’emballages, composés notamment de polyethylène terephthalate (PET) et polyèthylène haute densité du plastique (Pehd) ont été collectées en 2018 par le système et les autres sociétés. Il est aussi important de mentionner que la municipalité, malgré les efforts fournis, manque de moyens de collecte et de nettoyage. Cela rend l’opération inefficace, surtout sur les plages non sablonneuses qui caractérisent la plupart des côtes de Kerkennah et qui nécessite des moyens humains importants. Par conséquent, les déchets représentent un sérieux fléau menaçant l’île et son écosystème marin.

Notre expert a révélé que  plusieurs  recherches ont été  effectuées sur la répartition des déchets solides sur les côtes de Kerkennah. Ces recherches  montrent que le plastique représente la fraction dominante, il est présent principalement par les bouteilles en plastique, les bouchons et les sacs à bretelles. Il est aussi à souligner la forte présence des déchets de la pêche, surtout les filets et nasses en plastique.  Aujourd’hui, un nombre d’équipements de pêche en plastique, comme les filets et les nasses, sont abandonnés par les pêcheurs sur la plage, causant ainsi une pollution marine, une dégradation esthétique des plages et un impact conséquent sur la faune et la flore.  Les nasses en plastique représentent le moyen de pêche le moins cher et le plus résistant. Elles sont toujours disponibles sur le marché et  prennent de plus en plus la place des nasses traditionnelles. Les nasses en plastique sont aujourd’hui souvent fabriquées par les pêcheurs eux -mêmes et sont abandonnées sur les côtes après un certain temps d’utilisation. Conséquence : le plastique se dégrade en particules fines et cause la mort de plusieurs spécimens de mammifères marins et de poissons.

L’impact négatif sur le tourisme

Ce type de pollution pourrait avoir un impact de taille sur le tourisme et sur l’image de l’île. D’autre part, elle peut, particulièrement à travers le plastique, engendrer la contamination de la chaîne alimentaire. De son côté, Mme Khouloud Charfi chargée du projet Eau douce au WWF, a mis l’accent sur les stratégies de projet. Plusieurs stratégies ont été évoquées par notre interlocutrice. Le but de ces stratégies est donc de construire un partenariat fort pour les zones humides méditerranéennes. Les partenaires devraient également contribuer au renforcement du réseau, en assurant ainsi la durabilité pour la période post-Mava.

Par ailleurs, des activités ont été  prévues visant à développer les interactions entre les membres du partenariat de la région méditerranéenne et identifier les opportunités de collaboration, d’échange de connaissances et d’apprentissage croisés.  Dans le cadre de cette stratégie, ,toutes les données collectées seront téléchargées et disponibles dans les bases de données nationales.  Mme Charfi a souligné également que tous les partenaires amélioreront également les bases de données, avec de nouvelles fonctionnalités (une carte interactive et une nouvelle fonctionnalité Ecosystem Services). La nouvelle structure ES permettra aux partenaires de télécharger les données collectées lors des visites sur le terrain. Du coup, les informations collectées seront diffusées à l’échelle méditerranéenne pour mettre en évidence l’adaptation des zones humides au changement climatique et les besoins de protection et de préservation des îles méditerranéennes de la pollution. De surcroît, les partenaires travaillent en étroite collaboration avec MedWet pour capitaliser les informations et diffuser le même message à l’échelle méditerranéenne. Suite aux actions engagées au cours de la 1ère phase, des actions de plaidoyer pour promouvoir la protection des zones humides insulaires méditerranéennes à l’échelle nationale et méditerranéenne seront mises en œuvre.

Vers une gestion durable

La gestion des déchets à Kerkennah connaît une amélioration considérable grâce aux efforts des autorités  (particulièrement à travers l’amélioration des moyens logistiques), des associations locales, des citoyens et des bailleurs de fonds. Notons que plusieurs initiatives ont été lancées sur l’île, dont les projets Plast’île et Devlok, la création d’initiatives privées, ainsi que d’autres projets locaux de développement qui travaillent sur différents thèmes.

Wassim Chaâbane, expert en environnement et en gestion des déchets, a déclaré que la décharge contrôlée à Kerkennah est en phase de réouverture. Cela permettra de résoudre plusieurs problèmes liés à la collecte et au traitement des déchets ménagers.

Dans le but d’assurer une pérennité dans la gestion efficace et efficiente des déchets solides à Kerkennah, le développement d’une stratégie locale de gestion des déchets à l’île s’impose afin d’identifier les orientations stratégiques et de tracer les actions nécessaires et prioritaires, en se basant sur une approche participative.

Comment améliorer le système actuel ?

Tout d’abord, et parmi les urgences, il est crucial d’assurer l’infrastructure de traitement et d’enfouissement des déchets générés dans l’île. Cela permettra de réduire les « points noirs ». Suite à l’ouverture de la décharge contrôlée, la réhabilitation des terrains d’enfouissement actuels reste une action nécessaire pour éliminer la pollution existante.  Notre expert a ajouté que vu la situation alarmante sur les côtes et plages à Kerkennah, l’opération de nettoyage manuelle doit être renforcée durant toute l’année pour couvrir toutes les zones de l’île et éviter le transfert des déchets vers le milieu marin. Les visiteurs de l’île pourraient aussi y participer à travers une contribution symbolique pour financer les opérations de gestion des déchets qu’ils génèrent sur l’île. D’autres actions peuvent être prises en considération pour appuyer ces mesures, telles que le développement d’un système de consigne pour le recouvrement des bouteilles en plastique et des canettes, en collaboration avec le secteur privé, qui pourrait représenter une solution.  Pour finir, il est recommandé que les solutions d’ordre organisationnel, financier et technique soient basées sur des chiffres et des données scientifiquement prouvés et un cadre réglementaire adéquat, tout en assurant la participation de tous les acteurs concernés, y compris la société civile kerkennienne, a conclu M. Chaâbane.

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