Dimanche 7 février, une grande dame du cinéma tunisien et arabe nous a quittés. Son hypersensibilité qui l’accablait parfois était la source de son inspiration et de sa créativité si fémininement particulière.    

La nouvelle du décès de Moufida Tlatli a secoué le monde du cinéma   à travers la Toile, mais c’est peu dire… Car on sent que l’émotion a dépassé la froideur communicante de la Toile …Oui, ceux qui l’ont connue de loin ou de près en parlent avec une profonde fibre… Une femme qui, au début, avait une vie de chef monteuse, mais après son premier film « Les silences du palais » en 1994, cette vie s’est transformée en destin, porté et assumé avec beaucoup de courage et dans ce silence majestueux, dont Vigny disait « Seul le silence est grand , tout le reste est faiblesse ». Retirée depuis des années de la vie publique avec élégance, le dernier silence de Moufida Tlatli était d’une grande beauté, digne d’une génération de femmes tunisiennes, comme on n’en fait plus hélas !

Moufida Tlatli, l’un des fleurons du cinéma tunisien est partie dans une grande dignité.  Oui, son hypersensibilité qui l’accablait parfois était la source de son inspiration et de sa créativité si fémininement particulière. Picasso disait «Dieu nous donne le don et le fouet avec ! ».

Moufida Tlatli avec Kalthoum Bornaz et Kahena Attia étaient les trois premières femmes à poursuivre des études de cinéma à l’Idhec (l’Institut des hautes études cinématographiques) à Paris, avant de rentrer en Tunisie et de faire leurs premiers pas à l’établissement de la télévision tunisienne. Moufida Tlatli, comme ses deux collègues, fera carrière dans le cinéma et deviendra chef monteuse sur des films comme « Sejnène » et « Aziza » de Abdellatif Ben Ammar, « L’Ombre de la terre » et « Majnoun Leyla » de Taïeb Louhichi, « Asfour stah » de Ferid Boughdir,  elle a collaboré avec des réalisateurs comme Michel Khleifi et Merzak Allouache. Produit en 1994 «Les silences du palais » raflera plusieurs prix sur la scène internationale dont le Tanit d’or au JCC 1994.

Ce fruit d’une rencontre entre Ahmed Attia et Moufida Tlatli sera le film de la révélation de Hend Sabri qui déclarera sur sa page « La femme qui a changé ma vie est partie aujourd’hui… La femme qui m’a découverte et a vu ce que personne d’autre ne pouvait voir, est partie aujourd’hui et a tourné une page que je n’étais pas prête à plier. Moufa… La femme, la mère, la voix résonnante, le sentiment délicat qui la fatiguait et lui faisait créer des chefs-d’œuvre cinématographiques en même temps. Un sentiment que j’ai beaucoup recherché, et je n’ai rien vu de tel avant ou après. Une étreinte chaleureuse m’a contenue, alors que j’étais une enfant effrayée d’un nouveau monde. Une étreinte touchant le cœur, comme en témoignent tous ceux qui l’ont approchée ou ont travaillé avec elle. Un sourire qui cachait une tristesse profonde et mystérieuse malgré la rougeur qui ne quittait pas ses lèvres ». Son deuxième long-métrage «La Saison des hommes » sera sélectionné au festival de Cannes 2000 dans la section Un Certain regard. Ça sera son chant du Cygne.

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Charger plus par Salem Trabelsi
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