«Des dos d’âne, en guise de ralentisseurs, sont placés intentionnellement sur la route des enquêteurs, ne laissant pas l’ombre d’un doute sur les sombres tentatives de laisser traîner l’affaire de l’assassinat du martyr Chokri Belaïd, mais nous ne baisserons pas les bras », ont martelé les membres du collectif de défense lors d’une conférence de presse tenue hier à Tunis.


Le collectif de défense du martyr Chokri Belaïd ne lâche pas du lest autour de l’affaire de l’assassinat de ce dernier. Hier, de nouveaux éléments ont été mis au jour lors d’une conférence de presse organisée à Tunis en présence, notamment, du bâtonnier de l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat), Brahim Bouderbala. Les membres du collectif n’ont pas hésité à accuser l’ancien ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, d’avoir menti en déclarant que le transport des documents confisqués dans le cadre de cette affaire chez  Mustapha Khedher  au siège dudit ministère a été ordonné après consultation avec le représentant du ministère public.

Le bâtonnier Brahim Bouderbala n’a pas mâché ses mots et a parlé d’une page sombre dans l’histoire du pays. L’enquête n’a pas été menée avec le sérieux qui s’impose dans le but de ne pas toucher aux commanditaires mais l’Onat est déterminé à faire toute la lumière sur cet assassinat et sur les deux affaires en rapport  avec la chambre noire relevant du ministère de l’Intérieur et l’organisation secrète imputée à Ennahdha.

Crime d’Etat

Les membres du collectif n’ont pas manqué de pointer du doigt l’ancien procureur de la République Bechi Akrmi et l’ont accusé d’avoir exercé des pressions sur le juge d’instruction du bureau 12 dans le cadre de cette affaire sur ordre du parti Ennahdha, selon leurs dires. Même mort, Chokri Belaïd fait peur, comme en témoigne l’incroyable  militarisation de l’avenue Habib-Bourguiba lors de la commémoration du 8e anniversaire de l’assassinat du martyr, qui fut accompagnée par l’agression de certains avocats, ont-ils fait savoir. «C’est un crime d’Etat», a lancé à cet effet Anouar Basti, membre du collectif.  

La lenteur des procédures, le mystère qui entoure toujours le vol de l’ordinateur d’Ahmed Rouissi, l’absence d’acte d’accusation à l’égard de Amer Belaizi qui aurait reconnu avoir jeté dans la mer les revolvers utilisés dans l’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed  Brahmi, les circonstances qui ont accompagné la  mort de l’épouse d’un terroriste, la dénommée Mehrzia Ben Saâd, en 2012 lors d’un assaut des forces sécuritaires à Daouar Hicher et la non-audition des agents qui ont mené l’assaut, sont des éléments  qui laissent planer le doute  autour des vrais commanditaires de l’assassinat du martyr Chokri Belaïd.

Chambre noire et organisation secrète

Des correspondances entre les hauts cadres sécuritaires issus de la Direction générale de la sûreté nationale,  la Direction des archives, l’Unité nationale de lutte contre les crimes de terrorisme, El-Gorgeni, ont été présentées par les membres du collectif, prouvant le transport d’une partie des documents saisis chez le principal accusé  dans cette affaire, en l’occurrence Mustapha Khedher, au local du ministère de l’Intérieur. Dans l’un de ces documents classés top secret, il est mentionné qu’ils étaient conservés d’une manière illégale.

A cet effet, les membres du collectif ont confirmé que le  représentant du ministère public n’a jamais ordonné le transfert de l’archive saisie au ministère de l’Intérieur sous un aucun prétexte. L’anicien ministre de l’Intérieur Hichem Fourati Fourati a donc menti à ce propos ainsi que certains hauts cadres sécuritaires dont Wahid Toujani, ancien directeur général de la sûreté nationale, et Atef Omrani, ancien directeur général des services spécialisés, selon leurs dires.

Les membres du collectif ont évoqué à la fin de la conférence la question de  la présumée organisation secrète en lien avec le parti Ennahdha, arguant surtout de l’appartenance de l’accusé principal Mustapaha Khedher (ancien militaire impliqué dans l’affaire du complot de Baraket Essahel) ainsi que d’autres personnes impliquées dans l’affaire de l’assassinat au parti Ennahdha. Les documents saisis chez ce dernier sont tous classés top secret ou confidentiel. Une enquête a été ouverte à cet effet le 31 décembre 2020.

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