Forte de son parcours exceptionnel de danseuse professionnelle dans les plus grands ballets et compagnies de danse internationale, d’un sens aiguisé pour l’analyse du terrain et d’une pratique de la réalité de la danse en Tunisie, la chorégraphe Malek Sebai s’est vue fraichement nommée à la tête de la direction artistique du Ballet de l’Opéra de Tunis. Une mission qui lui va comme un gant pour une femme ouverte, déterminée, pointilleuse, discrète et dynamique. Entretien.

Le ballet de l’Opéra de Tunis, quelle expertise et quel constat en faites-vous ?

Cette compagnie représente, à elle seule, un «échantillon» de ce que sont la danse et sa pratique en Tunisie. Les danseurs du Ballet sont très représentatifs de la scène de la danse en Tunisie. A la fois, interprètes, performeurs et chorégraphes, ils forment un ensemble hétérogène qui, à première vue, pourrait constituer un handicap pour la constitution d’un «Ballet»; cependant à y regarder plus attentivement, cette diversité peut s’avérer très riche, et surtout pleine d’enseignement sur l’histoire de la danse dans notre pays depuis quelques décennies, ses enjeux, ses forces et ses faiblesses. Il vaut mieux, donc, partir de l’existant et l’existant aujourd’hui c’est le ballet avec tout son historique.

De manière générale, et à quelques rares exceptions, les danseurs tunisiens qui pratiquent en Tunisie sont issus du hip-hop, se sont formés à la danse par la performance et/ou en tant qu’interprètes dans des pièces chorégraphiques. Souvent, ils ont fait leur apprentissage auprès de la génération des chorégraphes qui les ont précédés. Ils sont entrés dans la danse par la pratique et non par l’académisme ; je cite comme exemple assez parlant le regretté Nejib Khalfallah qui est issu du Tae-Kwon-do, un art martial ancestral. Cette formation empirique est une donnée avec laquelle il faut composer ; c’est en soi une richesse mais à terme, elle peut limiter les champs des possibles et les horizons créatifs et techniques. Pour résumer, nous sommes face à une pratique qui existe sans être vraiment structurée et qui mérite qu’on s’y attarde.

Pour revenir à mon implication dans le ballet de l’Opéra de Tunis (BOT), la direction du Théâtre de l’Opéra, en la personne de Monsieur Sofiane Feki ainsi que son équipe, m’avait initialement proposé de mettre en place le volet formation qui m’interpelle particulièrement, ayant suivi pour ma part un parcours des plus académiques, dans de grandes écoles de danse et ayant fait ma carrière de danseuse dans des théâtres nationaux en Europe, en ex-URSS et aux Etats-Unis.

Suite à la magnifique expérience et au projet du Goethe Institut de Tunis et de la Palucca Hochshle fur Tanz à Dresde que j’ai mené pendant trois ans, je me suis dit qu’il fallait travailler à la formation, certes, mais le fait de commencer à interroger l’existant, le Ballet, le travail des danseurs, leur histoire avec le métier, pourrait éclairer le chemin d’un profil de formation en accord avec l’histoire du métier dans notre pays.

D’autre part, ayant été moi-même danseuse interprète dans des compagnies de ballet, je suis très sensible à la vie et au quotidien d’un danseur. Je connais, pour l’avoir vécu dans ma chair, les bonheurs et les douleurs de ce métier. J’ai côtoyé tellement de monde et d’artistes et de professeurs, que j’ai toujours eu envie de partager cette expérience avec des danseurs tunisiens. Et c’est donc avec bonheur que j’ai accepté cette mission et cette responsabilité, lorsque finalement M. Sofiane Feki me l’a également proposé.

La question qui se pose maintenant: comment faire en sorte que cette compagnie puisse goûter à quelque chose de la danse en tant que pratique régulière comme elle peut se pratiquer dans les compagnies de ce type. Et, à partir de là, commencer à interroger un possible profil d’une école de danse qui pourrait servir une esthétique, un courant…

Quelle stratégie comptez-vous explorer ?

Je voudrais, par exemple, que le ballet travaille tout au long de l’année, qu’il n’y ait pas de longs moments de rupture dans l’emploi du temps. Contrairement à l’Europe où certains artistes sont intermittents et peuvent toujours, en dehors des répétitions et des spectacles, prendre au moins des cours quotidiens, ici quand un danseur ne travaille pas, il est chez lui, et cette dynamique de travail continu qui est indispensable est interrompue. Ce qui est préjudiciable. Car comme pour toute pratique physique, il faut un travail régulier, les représentations publiques et la scène sont indispensables pour que le danseur se sente un artiste à part entière.

Mais je reconnais que cela est difficile à mettre en place. La danse coûte cher et surtout dans des structures comme celle du ballet. C’est un véritable investissement que de faire travailler les gens tous les jours. C’est pour cela qu’il y a de moins en moins de compagnie de ce genre dans le monde avec des danseurs qui ont un salaire, qui prennent des cours et qui font du travail de répertoire ; tout ce qu’il faut pour que la danse devienne un métier implique un lourd équilibre financier. Pour le Ballet de l’Opéra, nous avons tendance à vouloir travailler avec des danseurs professionnels destinés à cette carrière. Ma mission est de voir à quel point cela est possible.

A quel point cela est-il possible ?

Aujourd’hui, une bonne partie des danseurs de l’opéra compte aussi des chorégraphes. Il faut voir si ces danseurs ont la possibilité d’être à la fois interprètes sous la tutelle de cette structure qui les emploie, et s’il est possible qu’elle réponde à leur besoin/désir d’être auteur. Cela est assez inhabituel, certes. Mais l’histoire de ces danseurs avec le métier est un paramètre essentiel à intégrer…

Il est très intéressant, cependant, de chercher une vision, sans l’imposer ; l’idée est de tracer de petites routes et qu’elles soient cohérentes. S’il y a cohérence, au bout du chemin, il y a toujours quelque chose de positif qui peut aboutir.

Au stade où est arrivé le ballet après trois ans d’existence, je m’interroge sur ce que j’arriverai à construire avec eux, les danseurs. C’est un peu comme un laboratoire d’expérimentation dans lequel il faut faire très attention parce qu’on travaille avec des individus qui ont une histoire, un passé et surtout un passé avec la danse. L’objectif sera d’essayer de comprendre, avec eux, comment faire évoluer le métier de manière générale et la fonction d’un danseur au Ballet de l’Opéra de Tunis.

Bien sûr, sans une machine solide qui est celle de l’administration, tout cela peut rester un vœu pieux. Mais de même que la nouvelle direction générale m’a fait confiance, j’ai entièrement confiance en elle. Je tenterai aussi de travailler, bien sûr, en coordination avec le pôle danse qui existe depuis la création de la Cité de la culture, devenue aujourd’hui «Théâtre de l’Opéra de Tunis», et, pourquoi, pas d’imaginer des transversalités avec les différents départements : la Troupe nationale des arts populaires, le Centre chorégraphique et, pourquoi pas aussi, avec les autres entités de l’institution.

Entre mon expérience de danseuse professionnelle, ce que je sais du terrain tunisien depuis que je suis revenue et ce que je commence à comprendre des besoins, envies et visions des gens du métier, je me sens prête à affronter cette nouvelle aventure. Structurer quelque chose avec de l’existant. C’est un challenge que je trouve extrêmement intéressant.

Comment vivez-vous cette expérience, cette mission ne vous éloigne pas de la création ?

J’ai quitté Tunis à l’âge de 12 ans parce que je voulais, un jour, avoir suffisamment d’expérience dans la danse pour pouvoir en faire quelque chose dans mon pays. J’ai eu cette chance d’être dans de très grandes et de très bonnes écoles de danse avec des formations très pointues, des formations de l’élite… J’ai intégré plusieurs compagnies, j’ai rencontré beaucoup de chorégraphes, j’ai beaucoup dansé, pris un grand nombre de cours avec des enseignants remarquables, et paradoxalement, ma véritable ambition était de revenir dans mon pays et avec amour féroce, je voulais partager sur ma terre ces merveilleuses choses que j’avais rencontrées.

Depuis que je suis rentrée en Tunisie en 1998, après avoir mis fin à ma carrière d’interprète, j’ai beaucoup bataillé pour la formation, j’ai enseigné, j’ai travaillé dans le privé, j’ai mis en place des projets avec la société civile (Association «Hayyou’Raqs). J’ai participé à d’innombrables réunions avec les représentants de l’Etat et des institutions publiques, j’ai siégé dans toutes sortes de commissions. Le métier de danseuse que j’avais avant, je le confrontais avec le terrain tunisien, cela était parfois très difficile, très douloureux, très chaotique, parfois très beau, plein d’espoir avec des projets magnifiques, j’ai réalisé de très belles rencontres et de magnifiques opportunités, et parfois seules les désillusions étaient au rendez-vous.

Maintenant, je peux, en effet, prétendre connaître bien le terrain, j’ai eu la chance d’avoir reçu une 2e formation, celle du terrain. La Tunisie impose cet apprentissage : le métier autrement. Et aujourd’hui, je me sens prête pour assumer la fonction de «directrice artistique du Ballet de l’Opéra». C’est une très belle opportunité qui m’est offerte, j’espère être à la hauteur, dans tous les cas, ce que je peux dire, c’est que cette institution possède une infrastructure qui permet de penser à de beaux projets.

Malgré quelques acquis, ce que le milieu de la danse a pu mettre en place… La danse reste le parent pauvre, l’enfant mal aimé

On vit aujourd’hui une période politique très intense et complexe, ce chaos, qui existe et persiste, met beaucoup de choses en danger, j’ose espérer que la danse et toutes les pratiques artistiques ainsi que la culture, de manière générale, pourront préserver les arts et donner la part belle aux artistes, aux penseurs.

Concernant les politiques mises en place pour la danse, j’ai vécu de très près l’histoire du Centre national de la danse dans les années 90. Il y a eu ce projet pour Borj Baccouche, mis en place par Leila L. Sebai qui a tenté de structurer le métier et qui était très innovant par rapport à la place qu’il donnait à la formation. Le ministère de tutelle a joué le jeu, au départ, puis a fini par jeter l’éponge. Avec le temps qui est passé, il serait intéressant d’analyser les raisons de ce désintérêt pour un projet qui avait toutes les chances de pouvoir réussir.

Je persiste à croire que sans formation de base qualifiante, d’université où l’on pense la danse, cet art sera toujours le laissé-pour-compte. D’ailleurs, c’est la seule pratique artistique en Tunisie qui n’a pas de représentation au niveau universitaire par exemple. C’est une pratique qui a été jetée en pâture pour amuser la galerie au pire ou, dans le meilleur des cas, visible par un public d’initiés très restreint.   Mais je suis une personne positive et je crois dur comme fer que les choses vont s’organiser malgré le fait que beaucoup de gens du métier soient épuisés. La jeune génération va prendre le relais, si nous, les plus anciens, construisons de bonnes bases. C’est pourquoi je souhaite aussi réfléchir à la reconversion des danseurs du ballet qui pourront, je l’espère, devenir enseignants à leur tour avec des connaissances solides, techniques et pédagogiques.

En tant que chorégraphe, la question de la coopération et du financement étranger, à quel point est-elle un moteur pour la danse et à quel point cela pourrait être un frein peut-être même à la créativité ?

Quand je suis rentrée en Tunisie en 1998, le principal bailleur de fonds, en l’absence de financements de l’Etat tunisien, pour les chorégraphes était l’IFT (Institut français de Tunisie).

Mais on ne peut pas passer sous silence le réseau DBM-Danse Bassin Méditerranéen qui est un réseau né avec le processus de Barcelone 1996-1998 qui voulait que la Méditerranée soit une entité géopolitique avec des échanges commerciaux et culturels. Il y a eu un groupe d’acteurs culturels, dont Zeyneb Farhat, qui ont créé ce réseau. Un réseau qui a cherché à faire émerger la pratique chorégraphique dans le bassin méditerranéen en créant principalement des liens entre le sud de l’Europe et le nord de l’Afrique ; deux espaces géographiques qui, même s’ils partagent bon nombre de problématiques, restent du point de vue de la tradition et des financements, très différents. C’était assez complexe comme articulation, mais cela a permis quelque chose d’assez extraordinaire en son temps : chacun des pays qui ont fait partie des projets du DBM avait déjà des chorégraphes affirmés, mais avec ce réseau, la jeune chorégraphie du monde arabe, que je relie à cette période-là, a littéralement explosé. Cependant, autant ce réseau a permis une belle dynamique, autant il a aussi phagocyté la création des jeunes auteurs arabes par le caractère superficiel de l’entreprise ; «fabriquer» sur commande des pièces ne pouvait pas à long terme être garant d’un élan créatif pérenne. Pourtant, pour ma part, c’est bien grâce à ce réseau et à des personnes merveilleuses que j’ai eu la chance de rencontrer, que j’ai fait mes premiers pas de chorégraphe, ma relation avec les projets du réseau était au final ambiguë et parfois contradictoire, j’en veux pour preuve raconter une anecdote : 

à l’époque, en 1998 à peine rentrée de NY en Tunisie je crée avec Sondos Belhassen une pièce intitulée «pièce en un tableau de 19 mn», pour la première édition du festival Danser Dans la Méditerranée Arabe (DAMA) et là je prends la douche froide de ma vie. Le public tunisien était enchanté, mais les experts du BDM, qui avait organisé ce festival, m’ont lancé des remarques du genre «Comment toi, Tunisienne, tu fais une pièce où on ne trouve rien de tunisien, il n’y a pas de propos identitaire…». A ce moment-là, je me suis dit que c’était mal parti. C’est comme s’ils me disaient : la danse en Méditerranée, si ce n’est pas identifié comme tel, eh bien ça sert à rien. C’est là que je me suis rendu compte du piège. Pour être financé, il n’y avait que l’Europe, mais cette Europe avait des agendas très précis. D’un autre côté nos dirigeants ne déboursaient pas un millime pour la création chorégraphique.

Aujourd’hui de l’eau a coulé sous les ponts… Depuis 2010, l’aide à la création pour la danse est réapparue, il y a un Fonds d’aide à la création littéraire et artistique au sein du ministère de la Culture. On peut dire que les financements de la coopération, les fonds étrangers, permettent à de très belles choses d’exister, mais cela n’est pas suffisant. Car s’il n’y a pas une prise en charge sur le territoire tunisien lui-même par des pouvoirs publics et par une politique culturelle, les créations restent des œuvres désespérées dans le sens où elles ne répondent pas nécessairement aux attentes des programmations à l’étranger et, en même temps, elles ne sont pas diffusées sur le territoire tunisien. Du coup, le chorégraphe va jouer sa pièce une fois ou deux et après disparaître. Et l’art vivant, s’il n’est pas tous les jours nourri, s’il n’est pas tous les jours sur scène et s’il n’y a pas un public qui vient à sa rencontre, ce n’est plus de l’art vivant…

A l’époque du DBM, j’ai été beaucoup programmée, parce qu’il y avait le réseau et qu’il y avait des festivals pour la danse en Méditerranée, des espaces créés sur mesure. Cela a permis de belles rencontres ; mais était-ce suffisant ?

L’œuvre a besoin de prise en charge de diffusion et de médiation. Et plus on va essaimer, plus on va créer du public. Ce qui est aberrant aussi, c’est que l’Etat finance des œuvres, parfois même avec des sommes très conséquentes sans assurer leur diffusion (à part dans quelques festivals d’été), sans se soucier d’un retour sur investissement, d’un point de vue culturel au moins. Un travail de médiation culturelle pour la danse aujourd’hui est indispensable. Où est le public de la danse ? Je crois savoir que l’un des projets du Théâtre de l’Opéra est un travail de sensibilisation du public, et j’espère que tous les espaces dédiés à la culture poursuivront leurs élans dans ce sens et surtout seront soutenus dans leur démarche. Les financements, certes, mais pour créer une réelle plus-value artistique par la diffusion de cet art que l’on appelle vivant et qui ne peut le rester sans le public. Il faut diffuser partout ; du théâtre de l’Opéra en passant par les scènes de quartier dans les Maisons de culture. L’art doit vivre avec et pour tous les publics ! Le financement trouvera alors tout son sens.

Vous ne mettez pas votre métier de danseuse et de chorégraphe en suspens puisque vous avez, depuis l’été, entamé une nouvelle création. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est une longue histoire qui a commencé avec Arte qui m’a invitée à parler pour une émission «invitation au voyage pour parler de Habiba M’sika et on a tourné dans le Théâtre municipal et en parlant de ce personnage, je me suis dit : Quelle personne ! Quelle histoire ! Quelle poésie ! Je suis sortie de ce tournage complètement bouleversée. Et puis, après la diffusion de l’émission, j’ai reçu un coup de fil de mon ami et chorégraphe Radhouane El Meddeb qui me disait qu’il fallait faire quelque chose de cette rencontre avec ce personnage. J’ai dit oui, mais à condition de le faire ensemble. Et du coup, on a beaucoup travaillé sur quelle piste faut-il prendre car ce n’est pas facile de travailler sur un personnage qui a existé et il ne s’agit surtout pas d’en faire la biographie. De son côté, Radhouane a pris le parti de me raconter moi, qui suis si proche de son histoire pour tout un tas de raisons, et moi je continue à me nourrir de l’histoire de Habiba Msika. Nous sommes en plein travail de recherche ; comment présenter à la fois cette histoire tout en restant accrochés, pour ma part au personnage et pour Radhouane de s’en détacher pour revenir à des choses plus universelles. Il veut partir de mon histoire avec la danse, la Tunisie, etc. et moi de celle de Hbiba, cette icône tragique. C’est une écriture à quatre mains. Une écriture qui se construit avec des propositions, des visions desquelles nous discutons beaucoup. C’est une très belle aventure artistique en compagnie de Sélim Arjoun, qui fait un travail d’écriture musicale et d’arrangement magnifique et très sensible. La musique est un élément constitutif de la création.

Pour le moment, il y a des financements qui commencent à arriver du côté français ; pour la Tunisie, nous avons déposé un premier dossier qui a été refusé et nous allons déposer à nouveau un dossier lors du prochain appel du Fonds pour l’aide à la création littéraire et artistique au ministère de la Culture.

Quelle vision avez-vous pour l’avenir?

Aujourd’hui, après la révolution, avec toutes les ouvertures existantes, on ne peut plus arrêter ce mouvement. Maintenant oui c’est possible, sauf qu’il faut savoir quel chemin va prendre la politique générale qui va permettre en place une politique culturelle avec plus de puissance et de force. Aujourd’hui, on peut se projeter, on peut espérer, mais on est extrêmement restreints dans les possibilités d’action.

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