• Si la situation de la compagnie nationale s’est nettement détériorée durant les dernières années, c’est parce qu’il s’agit d’un cumul de laisser-aller inexplicable, de mauvaise gestion, de laxisme et d’absence de volonté politique pour ouvrir un dossier pesant, celui de la réforme d’un acteur historique de l’économie nationale qui, à un certain moment, semblait être livré à son sort ou à la privatisation

• Fallait-il attendre huit ans après la révolution pour lancer les réformes ? La question est loin d’être résolue, mais mieux vaut tard que jamais, l’actuel gouvernement a décidé de prendre les choses en main et de se lancer dans cette opération coup de poing

Le Conseil ministériel tenu avant-hier au palais du gouvernement à la Kasbah sous la présidence de Youssef Chahed a adopté un programme, tant attendu, relatif à la réforme structurelle de Tunisair et a mis en place des mesures exceptionnelles pour assurer la réussite de la saison touristique, dont notamment des aides financières, pour réparer et entretenir les avions, la location de nouveaux engins pour assurer la saison touristique et le retour des Tunisiens à l’étranger et la mise en place d’un programme dédié aux vols internes.

S’agissant des réformes structurelles, il a été décidé de restructurer la compagnie en impliquant toutes les parties concernées dont les représentants syndicaux, outre des décisions à dimension économique et sociale, le licenciement de 1.200 employés en tête de liste. Ce plan de restructuration prévoit également une augmentation du capital de la compagnie et la reconversion des dettes de Tunisair auprès de nombreuses entreprises publiques en une contribution à leurs capitaux. Tunisair compte ainsi sur un apport de l’Etat qui devra servir à assurer le recouvrement des factures impayées et à équilibrer ses finances.

Si la situation de la compagnie nationale s’est nettement détériorée durant les dernières années, c’est parce qu’il s’agit d’un cumul de laisser-aller inexplicable, de mauvaise gestion, de laxisme et d’absence de volonté politique pour ouvrir un dossier pesant, celui de la réforme d’un acteur historique de l’économie nationale qui, à un certain moment, semblait être livré à son sort ou à la privatisation. Fallait-il attendre huit ans après la révolution pour lancer ces réformes ? La question est loin d’être résolue, mais mieux vaut tard que jamais, l’actuel gouvernement a décidé de prendre les choses en main et de se lancer dans cette opération qui s’annonce périlleuse.

En tout cas, la compagnie devra dépasser cette phase sombre de son histoire à l’issue des récentes décisions prises par le Conseil ministériel conduit par le chef du gouvernement Youssef Chahed, des décisions jugées « historiques » par le président-directeur général de Tunisair, Ilyes Mnakbi. En effet, dans des déclarations médiatiques, le premier responsable de la compagnie s’est félicité de ces mesures qui, d’après ses dires, assureront « une meilleure flexibilité de gestion ». Mnakbi faisait allusion, certainement, aux garanties financières décidées par l’Etat s’élevant à 48 millions de dinars, une somme qui sera consacrée à réparer les engins en panne et à entretenir la flotte souffrant déjà d’usure.

Licenciement massif et coûteux

La commission technique, dont la création a été décidée par la présidence du gouvernement, entamera, prochainement, l’étude d’un des plus importants axes de ces réformes structurelles : le licenciement d’un grand nombre de personnel inefficace et indésirable. En effet, la compagnie prévoit le licenciement de près de 1.200 employés qui constituent un fardeau pour ses équilibres financiers l’opération n’est pas simple, certes, compte tenu de son caractère social. Mais pour Ilyes Mnakbi, ce dossier devra impliquer la partie syndicale qui a accepté que la sélection de ces employés soit faite uniquement par l’administration.

Ce programme de licenciement des agents inefficaces de Tunisair ne date pas d’aujourd’hui. Le PDG de la compagnie a lui-même fait ce constat désolant portant sur ce fardeau financier  dont souffre le transporteur national. En effet, il y a un an, Mnakbi avait accusé une mauvaise gestion et un recrutement « abusif » d’agents après la révolution. « 1.200 employés ont été recrutés après la révolution. Ces travailleurs ne servent, actuellement à rien, ils sont payés à ne rien faire. Selon les normes internationales, en moyenne un avion nécessite entre 80 et 100 employés, Tunisair en a 165 », avait-il dénoncé.

Une flotte à rénover

Si les employés inactifs de Tunisair constituent un exemple frappant de la mauvaise gestion de la compagnie, sa flotte usée témoigne également d’un manque de programmes de développement et de planification accru. En effet, la flotte de Tunisair souffre d’énormes manquements, ce qui explique la détérioration de ses services. D’ailleurs, la compagnie a été toujours critiquée et même dénigrée en raison des retards accusés par les  vols. D’ailleurs, le PDG a reconnu ce triste constat, affirmant que la flotte actuelle de la compagnie ne pourrait pas répondre à la demande, notamment en haute saison.

Sur son site officiel, Tunisair fait savoir que sa flotte se compose de 29 appareils en exploitation, dont 22 Airbus et 7 Boeing, mais un nombre important de ces engins tombe fréquemment en panne, et n’est pas à même de faire face à une importante demande qui bat son plein, notamment pendant l’été, en pleine saison touristique, et durant le retour des Tunisiens à l’étranger.

C’est dans ce sens que le ministre du Transport, Hichem Ben Ahmed, a annoncé que le plan de restructuration prévoit l’acquisition de cinq nouveaux appareils à partir de l’année 2020 et la location d’avions supplémentaires durant cette saison estivale, afin de surmonter le problème des retards et répondre à la demande qui s’annonce importante pour cette saison. Tunisair avait renforcé, l’été dernier, sa flotte en affrétant, cinq avions afin de faire face au pic d’activité de l’été et elle s’apprête à faire de même pour cette saison estivale.

En dépit de ces innombrables problèmes dont elle souffre, la compagnie nationale a réalisé des chiffres « historiques » en 2018. Ali Miaoui, directeur général adjoint commercial de Tunisair, a déclaré que durant l’année 2018, la compagnie a réalisé des revenus historiques sans précédent depuis sa création en 1948, atteignant 1,5 milliard de dinars.

Une augmentation de 300 mille passagers a également été enregistrée durant la même année par rapport à 2017, avec un total de 3,8 millions de passagers.

Mais il serait utile de rappeler que la compagnie a perdu 800 millions de dinars de bénéfices entre 1948 et 2010, en raison de l’augmentation de la masse salariale de 220 à 340 millions de dinars

Khalil JELASSI    

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