L’affaire remonte à plusieurs années et témoigne d’un lourd dossier de corruption qui frappe le secteur de l’agriculture et le stockage des semences. En décembre dernier, le choc était grand lorsqu’une délégation parlementaire avait découvert d’importantes quantités de semences avariées stockées à Goubellat, à Béja. Aujourd’hui, le dossier est entre les mains de la justice, de hauts responsables seraient impliqués.


En décembre dernioer, des membres de la commission de l’agriculture de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) s’étaient rendus à la délégation de Goubellat, dans le gouvernorat de Béja, pour inspecter plus de 17 mille quintaux de semences sélectionnées laissées à l’air libre, et détruites en raison de l’absence des conditions adéquates de stockage. En effet, pour ces députés, la surprise était grande et le constat était désolant, de grandes quantités de semences laissées à l’abandon alors que le pays continuait d’importer d’énormes quantités de céréales chaque année.

L’affaire remonte à plus de trois ans, ces quantités de semences étaient stockées d’une manière inappropriée, livrées à l’abandon et à tous les risques. Laissées à l’air libre pendant trois ans, elles ont été malheureusement ravagées par l’humidité en raison d’un mauvais stockage. Du gâchis jusque-là inexpliqué, alors que l’affaire a été saisie par la justice, le parquet avait ordonné une enquête judiciaire.

L’affaire a connu un nouveau rebondissement. Le porte-parole du tribunal de première instance de Baja, Riadh Ben Bakri, a déclaré, avant-hier, que six anciens et actuels fonctionnaires de l’Etat sont désormais interdits de voyage dans le cadre du dossier des semences avariées découvertes à Béja.

Le tribunal s’est prononcé sur l’affaire, lundi dernier, et le dossier a été transféré au pôle judiciaire économique et financier. Ben Bakri rappelle que cette affaire s’inscrit dans le contexte de la découverte des semences avariées dans la ville de Goubellat, dans le gouvernorat de Béja.

Mais selon Mohsen Dali, responsable de l’unité d’information et de communication et substitut du procureur de la République au tribunal de première instance de Tunis, dix responsables, dont un ancien ministre, sont accusés dans cette affaire. «Ils sont soumis à l’enquête pour soupçons de corruption financière et négligence en ce qui concerne le stockage de ces quantités de semences», a-t-il expliqué.

Qui sont les responsables ?

Cette information a créé la polémique en Tunisie, tout le monde commence à s’interroger sur l’identité de ces responsables qui seraient impliqués dans cette affaire de corruption. Sur sa page Facebook, le président de la commission parlementaire de lutte contre la corruption, Badreddine Gammoudi, a publié un exemplaire de cette décision de justice dévoilant la liste des personnes qui seraient concernées. Nous avons essayé de joindre le député en question pour s’assurer des informations qu’il détient, mais il était injoignable.

En tout cas, selon la liste publiée par Gammoudi, on cite notamment l’ancien ministre de l’Agriculture Samir Taïeb, et d’autres anciens et actuels responsables et fonctionnaires audit ministère ainsi qu’à la Coopérative centrale des semences et des plants sélectionnés (Ccsps).

En effet, selon le document publié par Gammoudi, la liste des responsables concernés par l’interdiction de voyage dans le cadre de l’affaire des semences périmées concerne Samir Taïeb, Najoua Khlifi, Rafik Hasnaoui, Adel Jouili, Hamdi Jerbi, Chokri Bouzidi et Taoufik Saïdi. 

2,5 millions de dinars de pertes !

La valeur des semences, qui ont été empilées à l’air libre pendant plus de trois saisons agricoles sans être exploitées, est estimée à 2,5 millions de dinars. Qui paiera le prix de ce gâchis alors que le pays continue d’importer les céréales et notamment le blé ? Cette affaire relève-t-elle d’un sabotage de la production nationale au profit des lobbies de l’importation de ces produits ? En tout cas, jusqu’à présent, l’affaire reste entourée de mystères, alors qu’elle a été saisie par la justice pour en déterminer les circonstances.

Rappelons dans ce sens que, selon le président de la commission de l’agriculture, Moëz Hajj Rhouma, ces semences étaient sous la direction de la Coopérative centrale des semences et des plants sélectionnés (Ccsps). Toujours selon Hajj Rhouma, «le directeur général qui dirigeait cette entreprise au moment du stockage des semences a été transféré à un nouveau poste».

Selon l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), la Tunisie avait importé 2.210 mille tonnes de céréales durant les huit premiers mois de 2020, d’une valeur de 1494,5 millions de dinars. Ainsi, la quantité totale importée, durant cette année, dépasse les 2.350 mille tonnes.

Ces quantités importées devraient répondre à la demande du pays jusqu’au mois de février 2021, après la Tunisie sera obligée de recourir encore à l’importation, mais dans ces conditions économiques, la situation sera difficile.

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