Mettre en place des points de vente «du producteur au consommateur» est une expérience qui n’a jamais réussi.


Comme il est de tradition, à l’approche du mois de Ramadan, les chiffres commencent à tomber. Une peur bleue s’empare des différentes parties prenantes, censées être responsables de préparer le mois saint, en mettant à la disposition des consommateurs tout ce dont ils auraient besoin pour se remplir la panse.

Triste pour un pays qui a connu des pénuries qui ont quelque peu perturbé la situation. Au lendemain de l’Indépendance !

Mais des décades après, avec une administration rodée, des infrastructures bien en place (mais qui pèchent par leur lenteur et leur manque total de pouvoir d’adaptation), des consommateurs avertis et des lois en vigueur pour certains avant-gardistes, ce n’est pas bien drôle.

Mais ce sont toujours les mêmes reflexes et les mêmes rengaines : on nous  annonce des chiffres qui résonnent dans les tympans et qui, en fin de compte, ne signifient plus rien pour le consommateur. Pour lui, l’essentiel, c’est ce qu’il découvrira sur le terrain. Alors qu’il peine pour boucler les fins de mois, il est quotidiennement sous la pression  de cette valse des prix qui n’en finit pas.

Les chambres frigorifiques,  créées à l’époque de feu Azouz Lasram pour mettre un terme à ces pénuries chroniques et encourager la production, sont devenues, pour leur majorité, les outils de travail des lobbies qui mettent la main sur tout ce qui surgit de terre. Ils l’écouleront à leur guise, se débarrassant, à des prix incroyables des fruits qui pourraient finir n’importe où, sauf sur la table d’un consommateur qu’on respecte.

Des légumes qui sont achetés  pour une bouchée de pain chez le producteur, mais qui coûteront les yeux de la tête, pour un consommateur qui ne sait plus où donner de la tête.

Des produits importés ou qui ont été raflés sur les marchés parallèles en plein essor, en dépit de toutes les précautions que l’on prend, continuent d’occuper le terrain. Ne parlons pas des produits importés en très grandes quantités et impropres à la consommation.

Le plus ridicule dans tout cela, c’est que l’on se suffit de prévenir que les légumes qui viennent d’Egypte sont dangereux, parce qu’on ignore avec… quelle eau ils ont été irrigués ! Silence de la part de celui ou ceux qui les ont importés.

Personne ne parle des produits qui viennent de Turquie et qui sont véritablement  dangereux avec des additifs qui donnent la chair de poule. Passons.

Ce qui nous intéresse dans cette attention empressée réservée au mois saint, c’est bien ce qui se passe réellement sur le marché.

Lorsqu’une botte minuscule d’oignon frôle les trois dinars, que les petits pois s’accrochent à trois ou trois  dinars cinq cents, que les piments ou les tomates jouent au yoyo, que l’ail a repris son accession vertigineuse, que l’huile végétale observe, en l’absence de l’huile subventionnée, des augmentations importantes successives et qui se rapprochent de plus en plus du prix de l’huile d’olive, il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas rond.

Des chiffres et des rapports

Et les chiffres qui fusent et les avis «d’experts» qui  se laissent aller à des envolées lyriques qui n’agissent d’aucune manière sur la situation qui règne sur le terrain ni sur les prix qui s’envolent.

Le problème, encore une fois, c’est que ces responsables, que ce soit au niveau du ministère concerné ou de l’Utap et du Synagri, tiennent le même discours : ils ont présenté des rapports et ont l’intention de faire ceci ou cela… Bref, de la paperasse et des discours inutiles. C’est de la théorie qui ne mène nulle part, en l’absence de ligne directrice et de feuille de route réellement concrète, applicable et qui dure.

Le fait de promettre que pour le mois de Ramadan, on se prépare à mettre en place des points de vente « du producteur au consommateur » est une expérience qui n’a jamais réussi. Tout se termine après le départ des responsables et des représentants des organes de presse. Les lobbies reprennent tout en main, profitant de la publicité gratuite qu’on leur a fait, et les prix ne sont pas bien loin de ce qu’on trouve sur le marché.

Des chaînes de distribution

Qui empêche ces organismes veillant sur les intérêts des agriculteurs, qui n’arrêtent pas de se lamenter parce que ne trouvant pas leur compte, de lancer une chaîne de coopératives formées par les producteurs eux-mêmes,  implantées dans tous les gouvernorats et qui seront directement en phase avec la situation du marché ?

Etant entendu que ces « points de vente » occasionnels n’ont pas duré, qu’ils finissent par fermer, il fallait non pas « présenter des rapports», mais bien de trouver d’autres solutions qui couperaient l’herbe sous les pieds des lobbies qui ramassent  tout.

Revoir les paramètres

Il n’y a qu’à se rendre aux marchés de gros (et même les marchés des villes et cités),  pour se rendre compte du manège qui se déroule en toute impunité. Ces organismes veillant sur les intérêts des agriculteurs devraient commencer par protéger leurs affiliés, en exigeant l’application des lois en vigueur. Autrement, ce sera la loi de la jungle et de celle du plus fort qui rafle la mise.

Ces chiffres que l’on a donnés, il faudrait absolument les revoir, tout en changeant de paramètres, à l’effet de préciser quelles quantités auraient la chance d’atterrir dans les marchés de gros pour qu’il y ait véritablement une offre et de la demande, et celles qui iront grossir les magots stockés dans des conditions déplorables, dans les chambres frigorifiques régulières ou enfouies dans les agglomérations en toute irrégularité .

Nous enregistrons tous les jours des quantités énormes de produits mal stockés n’importe où, qui ne sont plus bons pour la consommation. Ces produits détruits constituent, qu’on le veuille ou non, une perte.

Les autorités locales

Si la majorité des producteurs sont pris en charge autour des marchés de gros et que de toutes petites quantités sont offertes pour approvisionner les marchés locaux, pour faire monter les prix, il y aura forcément des manipulations qui dérèglent toute la chaîne.

Les autorités locales ont un rôle important à jouer en mettant de l’ordre autour des points de vente régulièrement installés. Actuellement, avec la foire qui règne partout, les trafiquants de tout bord ont de beaux jours devant eux.

Pour terminer, trêve de rapports et de discours, qui n’ont servi à rien et pour une prise de décision ferme et irrévocable d’aller sur le terrain pour résoudre des problèmes qui n’ont que trop duré.

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