A la place Mohamed-Ali, Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Ugtt, consulte à longueur de journée. Il reçoit et examine avec toutes les bonnes volontés et les personnalités désireuses de faire sortir le pays de la crise actuelle. L’objectif est bien de baliser la voie à une rencontre-débat Kaïs Saïed-Mechichi en vue de dégager la solution-miracle que tous les Tunisiens qui croient encore en les vertus du dialogue attendent

Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Ugtt, revient à la charge et entame, cette fois, des concertations avec «les bonnes volontés de la Tunisie» et «les personnalités nationales dans lesquelles les Tunisiens ont encore confiance» avec pour objectif principal la résolution de la crise du «serment constitutionnel» opposant Kaïs Saïed, le Président de la République, à Hichem Mechichi, Chef du gouvernement, dans le sens que le blocage actuel (les nouveaux ministres n’ayant pas prêté serment du fait que le Chef de l’Etat refuse toujours d’accueillir ceux — au nombre de quatre — sur qui pèsent des soupçons de conflit d’intérêts et de corruption comme signifié au palais de Carthage par l’Instance nationale de lutte contre la corruption) ne peut plus durer et que la marche normale de l’action gouvernementale impose une solution urgente.

Et cette solution urgente est claire comme de l’eau de roche dans l’esprit de Sami Tahri, secrétaire général adjoint et porte-parole officiel de l’Ugtt : c’est bien Mechichi qui possède la solution en question. Il lui est demandé de choisir entre les deux options suivantes : révoquer les ministres objet des soupçons évoqués par le Chef de l’Etat sur la base du rapport que lui a remis l’Instance de lutte contre la corruption ou annoncer sa propre démission, ce qui aura pour conséquence de faire tomber le gouvernement actuel dans sa totalité (avec les 11 nouveaux ministres concernés par le remaniement considéré par le Chef de l’Etat comme anticonstitutionnel et aussi les autres ministres que Mechichi a jugé bon de conserver dans son équipe gouvernementale) et ouvrir la voie ainsi à la formation d’un nouveau gouvernement dont le chef sera chargé par le Président de la République comme le stipule l’article 89 de la Constitution.

Il se trouve que toute cette approche de résolution de la crise actuelle ne peut être concrétisée qu’à condition qu’elle soit avalisée par les participants aux concertations tous azimuts que l’Ugtt a entamées mercredi 17 février, «concertations ayant pour objectif de sortir le pays de la crise et focalisées sur la situation dans le pays et la crise institutionnelle entre les trois pouvoirs en particulier» comme le souligne Issam Chebbi, secrétaire général du parti Al Joumhouri (parti non représenté au Parlement), à l’issue de sa rencontre, hier, avec le S.G. de l’Ugtt, d’autres responsables de partis et de personnalités politiques ayant répondu à l’appel de Noureddine Taboubi pour voir ensemble comment amener Hichem Mechichi à rencontrer Kaïs Saïed pour examiner les meilleurs moyens de faire sortir le pays de la crise dans laquelle il s’enlise de jour en jour.

Et les déclarations fournies aux médias par ces personnalités à l’issue de ce round de concertations de varier d’une part entre ceux qui appellent à un dialogue Mechichi-Saïed qui serait la résultante d’une mission de bons offices confiée à Noureddine Taboubi, l’homme qui a le privilège, selon certaines sources, d’avoir l’oreille aussi  bien du Chef de l’Etat que du Chef du gouvernement, et ceux qui se rangent d’autre part du côté du Président de la République et exhortent Hichem Mechichi, à l’instar de Zouheir Maghzaoui, secrétaire général et député d’Achaâb, «à reconnaître que son gouvernement n’est plus en mesure de continuer», considérant qu’il «est indispensable de chercher une alternative dans les plus brefs délais», une déclaration, on ne peut plus claire et précise : Mechichi doit tirer sa révérence et ouvrir la voie à la formation d’un nouveau gouvernement sous la haute bienveillance de Kaïs Saïed».

Haykel Mekki, député d’Achaâb et membre du bloc démocratique, va encore plus loin pour justifier l’appel au départ du Chef du gouvernement en soulignant: «Hichem Mechichi s’est jeté dans les bras de certaines parties au lieu d’être le Premier ministre de Kaïs Saïed. Il est devenu l’exécutant de Rached Ghannouchi qui est un grand manipulateur».

Qui pousse Mechichi à démissionner ?

Reste maintenant la position d’Ennahdha qui, faut-il le souligner, n’a pas encore pris part aux concertations menées par l’Ugtt, non pas pour réactiver l’initiative du dialogue national avortée mais bien pour trouver une solution urgente à la crise gouvernementale.

La position officielle du parti de Montplaisir consiste à soutenir, selon le dernier communiqué officiel de son bureau exécutif, le remaniement ministériel opéré par Hichem Mechichi de considérer que le refus par Kaïs Saïed d’inviter  les nouveaux ministres à prêter serment est anticonstitutionnel. Sauf que certains de ses responsables n’hésitent pas à jeter de l’huile sur le feu.

Ainsi, Abdelkarim Harouni, président du Conseil de la choura, considère-t-il que «Kaïs Saïed est sous l’influence de son entourage à Carthage», ajoutant que «la situation actuelle est l’œuvre de gens qui ont perdu les grandes batailles et veulent pousser vers de petits barouds pour perturber la Tunisie».

Quant à Féthi Ayadi, député et porte-parole d’Ennahdha, il accuse Kaïs Saïed de pousser Hichem Mechichi à démissionner». Il va encore plus loin en soulignant : «Certaines parties veulent destituer le Parlement en cherchant un chef de gouvernement qui les aide à accomplir leur mission et à mettre fin à l’expérience démocratique en Tunisie».

A. DERMECH

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