Kairouan occupe une place privilégiée dans le cœur des Tunisiens après La Mecque et Médine. Héritière du premier campement en Ifriqiya des conquérants musulmans, elle fut capitale royale puis ville sainte. En outre, Okba Ibn Nafaâ, le conquérant du Maghreb, qui fonda Kairouan en 670, a été tellement inspiré par les prédispositions stratégiques de cette ville sainte qu’il pria Dieu de la bénir et de la préserver jusqu’à la fin des temps.

D’ailleurs, Kairouan fut, à son heure de gloire, une capitale du savoir vers laquelle se tournaient les savants du Maghreb et du Machreq qui désiraient se perfectionner dans divers domaines, dont la philosophie, la poésie, la médecine et les mathématiques.

Et de nos jours, Kairouan aux multiples facettes, cité de découvertes et de talents créatifs, ville passerelle entre l’Orient et l’Occident, séduit toujours ses visiteurs grâce à son histoire regorgeant de valeurs patriotiques et culturelles, ses vieux souks, ses anciennes demeures, son artisanat, sa pâtisserie, ses bassins, ses musées et ses lieux de culte. En fait, Kairouan fait partie des villes qu’on aime dès la première rencontre.

Le célèbre artiste Paul Klee l’a évoquée dans ses carnets de voyage et a peint ses souks, sa médina ainsi que le célèbre café «Arrak» édifié en 1914.

La majestueuse Mosquée Okba

Kairouan doit essentiellement sa réputation à ses beaux monuments historiques, dont la Mosquée Okba, le plus importante pour l’histoire de l’architecture aghlabide.

Elle n’étale pas uniquement le type de mosquée africain, mais elle représente le plus grand musée de chapiteaux byzantins et romains. Et le visiteur ne peut qu’admirer les plus complètes collections de céramiques à reflets métalliques ornant le dessus du «mihrab».

Quant à la chaire en bois sculptée, la plus ancienne du monde arabo-musulman, elle reflète tout le genre du savoir-faire de l’artisan sculpteur.

Avec ses splendides portes en cèdre du Liban, la salle de prière est envoûtante avec ses 17 nefs, ses 8 travées et une forêt de colonnes de marbre.

Quant à la couverture de marbre, elle est faite en bois peint et sculpté, et a fait l’objet de plusieurs réfections à travers les âges.

Mosquée Ibn Khayroun : la plus ancienne façade sculptée et décorée de l’art islamique

Parmi les autres monuments qu’on peut admirer à Kairouan, on peut citer la Mosquée Ibn Khayroun ou des trois portes qui est l’un des plus anciens témoignages de l’architecture de la cité aghlabide. En effet, elle possède la plus ancienne façade sculptée et décorée de l’art islamique qui nous soit parvenue et constitue un inventaire du répertoire décoratif kairouanais à l’époque aghlabide : l’utilisation de la pierre tendre sculptée a conféré à l’aspect général une aura de majesté. La façade est de composition axiale symétrique avec trois portes dont la plus grande est placée au milieu. Encadrée de panneaux à motifs floraux et géométriques composés de feuillets à cinq ou trois lobes ouverts ou repliés, elle est surmontée d’une écriture koufique attribuant la fondation à Mohamed Ibn Khayroun (252H, 866 J.-C.). La mosquée est d’une superficie modeste. Elle est composée de trois nefs parallèles au mur de la qibla. Chacune des deux colonnes, supportant le plafond, est surmontée d’arcs en plein cintre outrepassé.

A l’angle nord-est se dresse un minaret qui fut ajouté à l’époque hafside, comme le prouve la dernière ligne de l’inscription écrite en caractères coufiques et le minbar, joyau de l’art ifriqiyen, date du milieu du IIIe /H. IXe siècle J.-C. et constitue la plus ancienne chaire à prêcher musulmane qui nous soit parvenue. Elle est faite de plus de 300 panneaux en bois de teck indien. La richesse de l’ornementation, dans laquelle se combinent les influences byzantines et mésopotamiennes, dénote la maturité de l’art kairouanais. La maqsoura fut édifiée par le Ziride Al Mu’izz au début du XIe siècle. Elle permet aux princes et gouverneurs d’effectuer la prière à l’écart des autres fidèles.

Faite de bois de cèdre, elle se distingue par sa belle frise épigraphique, écrite en coufique fleuri. Les panneaux se trouvant au-dessous de cette frise furent complètement restaurés à l’époque ottomane (1075H./1665J.-C.).

Les bassins des Aghlabides, une architecture unique

Outre les beaux monuments qu’on peut visiter, tels la mosquée du Barbier, Bir Barrouta, la zaouia de Sidi Amor Abada, la mosquée Ezzitouna, on a toujours un grand plaisir à admirer les bassins des Aghlabides construits entre 860 et 862, couvrant une superficie de 11.000 m2 et qui fascinent par leur architecture unique et leur grande dimension.

Alliant utilité et esthétique, ces deux ouvrages sont reliés par un conduit et servaient de réservoir et de bassin de décantation. D’autre part, ils s’inscrivent dans de puissantes enceintes polygonales renforcées de contreforts cylindriques pour contenir la poussée de l’eau. Ce sont des ouvrages maçonnés de moellons recouverts d’une épaisse couche d’enduit pour assurer l’étanchéité. Et au centre du grand bassin, on constate l’existence d’un pôle carré qui supportait une plateforme d’agrément et qui servait également à annuler les mouvements de l’eau occasionnés par le vent.

Par ailleurs, parmi les lieux qui ne sont pas tellement médiatisés touristiquement, mais qui valent le détour, on pourrait citer le mausolée de Sidi Sahnoun, le plus grand jurisconsulte malékite dans le Maghreb, qui a connu d’importants travaux de rénovation qui ont mis en exergue l’importance de la surélévation du mausolée et l’édification d’une coupole sur trompes selon le modèle kairouanais.

A part cela, la capitale aghlabide compte beaucoup de monuments. A l’entrée nord et sud de la ville, on citerait notamment le monument du Tapis, situé à l’entrée nord de Kairouan et qui met en relief la perfection géométrique des dessins et des motifs décoratifs du tapis Alloucha aux tons doux et naturels.

Avec ses 12 mètres de hauteur, ce monument en céramique offre un accueil privilégié pour des visiteurs attentionnés.

Outre le monument de la Terre du côté de la route de Sousse, le monument du Coran bleu au centre-ville, la cascade d’eau du monument des Poètes inauguré par Nizar Kabbani, l’Astrolabe située en face de la mosquée du Barbier, on peut admirer le grand couscoussier en cuivre, juste à l’entrée sud de la ville.

L’artisanat à Kairouan :

authenticité et modernité

Le gouvernorat de Kairouan occupe la première place à l’échelle nationale en matière de fabrication de tapis, mergoum, une activité qui emploie 7.000 artisans sur un total de 15.000 professionnels dans le tissage, et 13.000 artisans dans différentes spécialités, dont la menuiserie, la pâtisserie, le cuivre, la broderie, l’ébénisterie, la bijouterie et le cuir.

Ainsi, le tapis de référence en Tunisie, et qui est toujours aussi demandé par les visiteurs, est le classique de Kairouan qui doit beaucoup à l’influence turque de la période beylicale, puisqu’il aurait été introduit à Kairouan en 1830 par Kamila, la fille du gouverneur turc.

Entre la «Alloucha» (tapis de haute laine d’agneau aux coloris discrets et naturels), les polychromes aux couleurs plus variées et le mergoum, on n’a que l’embarras du choix face à la multitude de ces variétés dont la qualité finale s’évalue à la densité des points au mètre carré, du serrage des lignes transversales et à la perfection géométrique des motifs décoratifs.

Le cuivre, toujours recherché par les visiteurs

Tous ceux qui visitent Kairouan pensent toujours à se régaler d’un bon keftagi, d’un bol de lablabi et d’acheter les fameux makroudhs et des articles en cuivre.

En effet, la ville est réputée pour l’artisanat du cuivre et pour le savoir-faire de ses artisans dont l’émulation a contribué à la dynamisation de la créativité afin de répondre aux exigences de la modernité, tout en respectant l’authenticité du patrimoine.

Notons que les principales branches de l’artisanat du cuivre sont la chaudronnerie, la dinanderie, l’étamage et l’utilisation du métal rouge dans la fabrication de bijoux. Et malgré l’invasion de l’acier inoxydable, du verre, de l’aluminium, de la poterie et de la porcelaine, beaucoup de futures mariées font tout pour acheter un trousseau en cuivre qui comprend généralement un couscoussier, des casseroles, des plateaux, des faitouts et des chaudrons.

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