Une étude sur l’émigration a été élaborée, récemment, par le Magazine L’Economiste maghrébin et le cabinet Advi pour la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté. L’objectif est d’analyser le flux migratoire, en l’occurrence les profils des migrants et leurs motivations. L’étude propose certaines recommandations à même de remédier à ce phénomène et d’opter pour une émigration équilibrée et apaisée.
Pour les personnes très qualifiées comme pour celles qui le sont moins, l’étude s’est intéressée aux catégories professionnelles qui constituent un foyer d’émigration. La fuite des cerveaux concerne principalement les ingénieurs, les médecins et les enseignants universitaires.

Mobilité professionnelle
Quant à la mobilité professionnelle des personnes issues de la formation professionnelle, ainsi que des études supérieures courtes, l’étude s’est intéressée aux ouvriers agricoles et aux travailleurs dans les branches de la mécanique et de la soudure. La démarche adoptée est qualitative. Elle est basée sur des focus groupes et entretiens individuels avec les organismes et structures concernés.
Fait marquant de ces dernières années : dans tous les domaines, le phénomène migratoire concerne de plus en plus les juniors autant que les séniors. Pour la migration des compétences, certains motifs de départ sont communs aux trois catégories professionnelles. Il ressort en premier lieu le contexte politique, social et culturel dégradé par lequel passe la Tunisie qui empêche les gens de se projeter dans le futur et rendre dans certaines sphères les demandes d’octroi de nationalité étrangère de plus en plus convoitées.
La glissade du dinar couplée à une remise en cause du système éducatif tunisien incite les cadres à adopter des stratégies d’immigration familiale afin de scolariser leurs enfants dans des universités étrangères. En outre, la faiblesse des rémunérations a été également largement évoquée.

Démotivation des cadres
Conjuguée avec le renchérissement du coût de la vie, cela aboutit à une dégradation du niveau de vie perçue comme non appropriée au niveau des études et au statut social. La question de la reconnaissance dans le milieu du travail est apparue aussi comme un motif de démotivation des cadres incitant à leur départ vers des environnements professionnels jugés plus respectueux et valorisants.
D’autres motifs de départ sont spécifiques aux professions. Les cas de délabrement, de mauvaise gouvernance et d’insécurité dans les hôpitaux sont édifiants. La difficulté rencontrée par les enseignants pour évoluer dans leur carrière académique, ainsi qu’une dégradation de leur statut social ne l’est pas moins. Quant aux ingénieurs, ils évoquent une faiblesse de leadership des chefs d’entreprise qui met à mal la relation employeur-employé.
En ce qui concerne les personnes issues des cercles de la formation professionnelle, l’étude a permis de dégager une méconnaissance du potentiel de ce cursus. Le marché de l’emploi ne répond pas assez à leurs besoins et les opportunités de développement d’une expertise restent peu développées, surtout en ce qui concerne les métiers de la soudure, la construction métallique, la maintenance mécanique et électronique, sans oublier le manque de coordination au niveau régional dans les secteurs privés comme publics, et en termes de placement à l’international.
Certaines recommandations quant au rôle de l’Etat, des entreprises et de la société civile ont été mises en avant afin de s’orienter vers une migration moins déstabilisatrice, plus apaisée.

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire