«Awled El Ghoul» est le nouveau feuilleton programmé pour le mois de Ramadan. Un feuilleton inspiré d’un drame familial. Sur le tournage, nous avons eu cet entretien avec son réalisateur Mourad Bechikh.

Avec «Awled El Ghoul» vous reprenez les feuilletons, même si vous avez vécu de mauvaises expériences avec les producteurs autrefois ?

Je ne me suis pas éloigné des feuilletons, mais il y a des opportunités à saisir. Il m’est arrivé de refuser des projets. Je ne suis pas du genre à courir pour être présent sur la place. Il me faut un grand projet.

Et qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Il y a quelque chose d’éternel dans ce sujet. Depuis l’Antiquité, le drame familial est une constante du récit humain. Les oppositions à l’intérieur d’une même famille sont toujours très aiguës. Les enjeux sont immédiats et clairs, ce qui en fait des drames exemplaires. Le schéma d’une famille et ses relations internes ou externes sont reconnaissables par le public. Dans toutes les familles, il y a des drames et des secrets. Dévoiler les squelettes cachés dans les armoires permet au public d’avoir un écho de son propre vécu.

On constate que le sujet du père est de plus en plus traité par le cinéma tunisien, notamment avec «Weldi» de Mohamed Ben Attia et «Fatwa» de Mahmoud Ben Mahmoud et même par la télévision… Pourquoi selon vous ?

Contrairement à beaucoup qui disent que c’est une fausse révolution …Moi je crois que c’est une vraie révolution. Ce qui en fait une révolution, c’est que pour la première fois on a fait tomber l’image du père de son piédestal. C’est le seul pays arabe où ça a marché ! En cassant cette image que représentait Bourguiba et qu’a voulu représenter en moins bien Ben Ali, on a ouvert des portes dans le domaine politique et social et on interroge cette image du père de l’omniscient qui gouverne et oriente. On l’interroge aussi du point de vue narratif et c’est ça qui est intéressant. C’est une vague qui arrive de loin et dont on voit la crête en ce moment.

Quels sont vos choix pour la réalisation de ce scénario ?

Ce qui m’a interpellé dans ce scénario c’est cette éternelle question de la famille, du père et du drame familial et, à ce niveau, j’ai trouvé des motifs de rêver. Un bon scénario est un scénario qui inspire, qui me donne à imaginer des trajectoires. Mais une mise en forme définitive n’existe pas. C’est un éternel devenir. Quand on essaie les dialogues avec les acteurs, certains traits se dessinent, sur le décor, les trajectoires se confirment et au beau milieu de la prise quand l’acteur devient le personnage cela consolide cette trajectoire. C’est l’une des opérations les plus exaltantes… Ce que j’imagine se nourrit de la réalité du terrain. Ce voyage qu’on entreprend de l’écriture au montage est l’essence même de mon travail.

Dans vos feuilletons, vous essayez de vous démarquer sur le plan de la réalisation. Allez-vous poursuivre dans le même style dans «Awled El Ghoul» ?

Aucune des séries que j’ai réalisées ne ressemble aux autres. Chaque récit exige son tempo et son image. Le résultat n’est pas dicté par mon approche stylistique seulement, mais d’une manière organique par la nature du récit. Et puis il y a le désir de faire quelque chose de différent.

Allez-vous faire du cinéma avec la télé ?

Je ne sais pas faire de la télévision comme en faisait autrefois. Dès le premier projet que j’ai réalisé, mes orientations étaient cinématographiques et elles continuent à l’être. La qualité et la nature de l’image, l’approche de la représentation sont fondamentales pour que la touche cinématographique existe. C’est un montage avec un style différent, mais c’est surtout des acteurs choisis pour leurs capacités d’interprétation plus proche du cinéma que de la télévision classique. Le casting est fondamental dans ce sens. Je tire mon chapeau bien bas aux acteurs qui travaillent avec moi. Si j’arrive à obtenir un rendu cinématographique, c’est grâce à ces acteurs, mais ce travail exceptionnel des acteurs ne saurait être mis en valeur sans une image qui les soutienne et sans une bande-son qui ne les trahisse. A l’image, il y a Mohamed Maghraoui, au son nous avons un jeune qui fait de plus en plus ses preuves, Ahmed Maalaoui, au montage Anas Saadi, et au décor il y a Ghazi Temimi . C’est l’intervention de chacun de ces professionnels qui fait l’orchestre.   

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